Pays de la Loire

Santé

Coronavirus : mobilisation générale pour fabriquer des visières en impression 3D

Par Jéromine Doux, le 31 mars 2020

De Saint-Nazaire aux Sables d’Olonne en passant par Nantes et La Roche-sur-Yon, les entrepreneurs s’organisent pour trouver imprimantes 3D et matériaux afin de se lancer dans la conception de visières de protection pour lutter contre la propagation du Covid-19. Tour d’horizon des initiatives dans la région.

L’industriel Armor a pour objectif de produire 1 000 visières par jour, en partenariat avec l'Université de Nantes, d’ici la semaine prochaine.
L’industriel Armor a pour objectif de produire 1 000 visières par jour, en partenariat avec l'Université de Nantes, d’ici la semaine prochaine. — Photo : Armor

Après les masques en tissus, ce sont des visières conçues grâce à des imprimantes 3D, qui voient le jour aux quatre coins de la Vendée et de la Loire-Atlantique. L’Université de Nantes, l’industriel Armor mais aussi des entrepreneurs, comme Stéphane Frimaudeau, le dirigeant de Cocktail Vision, entreprise spécialisée dans les écrans publicitaires à La Roche-sur-Yon, multiplient les appels sur les réseaux sociaux pour rassembler des imprimantes 3D ou proposer leurs services. Grâce à ces machines, il est possible de créer des visières que l’on maintient devant le visage avec un serre-tête, le tout en matière plastique, PLA ou PETG. Et ainsi se protéger de l’épidémie de coronavirus.

En Vendée, c’est la petite entreprise de découpe laser, BM3DLS, aux Sables d’Olonne, qui a lancé le mouvement. « Un ami dentiste m’a demandé si je pouvais lui fabriquer une protection grâce à l’impression 3D. Je lui ai fait un masque puis ça a fait boule de neige », raconte Marc Hermouët, son dirigeant, qui a vite été contacté par l’ordre des dentistes pour commander une vingtaine de visières. Problème : il faut une heure pour faire un masque. « J’ai rapidement eu besoin d’autres imprimantes. » Marc Hermouët a donc lancé un appel sur les réseaux sociaux. Et la demande a explosé. « De 20 visières, nous sommes passés à 100 puis ça s’est emballé », raconte le patron vendéen qui estime recevoir 200 appels par jour, des hôpitaux et des soignants de toute la France.

Publiée par Marc Hermouet sur Mardi 31 mars 2020

 

« Nos capacités sont passées à 35 000 protections par semaine »

Pour répondre à la demande, il s’est donc associé à deux autres entrepreneurs et à la société Iriso, à Bellevigny (Vendée), qui a imaginé un système pour produire en plus grosse quantité, grâce à des moules et des imprimantes 3D plus performantes. Grâce à cela, « nos capacités de production sont passées à 35 000 masques par semaine », assure-t-il. Marc Hermouët fabrique deux types de masques, l’un vendu à 3,60 €, l’autre à 10 €. « Nous ferons les comptes à la fin, il y aura peut-être un petit bénéfice mais ce n’est pas l’objectif », assure le dirigeant qui « profite déjà d’un joli coup de pub grâce à cette visière. »

En parallèle, le patron invite toutes les entreprises, les collectivités et les établissements scolaires à produire eux-mêmes des visières. La société de La Roche-sur-Yon, Cocktail Vision et sa filiale Gustav by Cocktail ont déjà répondu à l’appel. Elles ont lancé la fabrication de protections mais cherchent des imprimantes 3D pour augmenter la cadence. La Ville de La Roche-sur-Yon et l’association Ruptur cherchent également du matériel pour pouvoir fournir des visières aux soignants. « Nous avons identifié plusieurs sociétés qui détiennent des imprimantes 3D comme 3D New Print, TH Industrie, le Ludylab ou Tipco, qui travaille déjà avec ses salariés sur la conception de protections. L’idée est d’informer ces sociétés de l’initiative qui a été lancée pour qu’elles puissent aussi fabriquer des visières », précise Stéphanie Arnoux-Perrotin, directrice de Ruptur, association en faveur d’une économie vertueuse pour l’environnement.

L’Université de Nantes et Armor fournissent le CHU

Un peu partout, la production s’organise donc. Depuis samedi 28 mars, l’Université de Nantes, au travers de sa filiale de valorisation Capacités SAS, et l’industriel nantais Armor (2 000 salariés, 280 M€ de CA) via sa nouvelle activité de fabrication additive aux Sorinières, conçoivent, en partenariat, des visières de protection pour lutter contre la propagation du Covid-19. 300 visières ont été fournies au personnel soignant du CHU de Nantes ce mardi 31 mars. 500 de plus seront livrés jeudi 2 avril. Elles ont été fabriquées par les personnels de l’Université avec les moyens d’impression 3D installés dans la Halle 6 Ouest, sur l’Ile de Nantes.

Armor s'est doté d'une usine de fabrication additive de 1 200 m² aux Sorinières (44).
Armor s'est doté d'une usine de fabrication additive de 1 200 m² aux Sorinières (44). - Photo : (©Oioo.fr)

L’industriel Armor produit les serre-tête, sur lequel viennent s’appliquer une couverture transparente et un élastique de maintien. L’objectif est d’en produire 1 000 par jour d’ici la semaine prochaine, pour équiper les équipes médicales du CHU puis les pompiers, gendarmes, associations, commerçants, aides à la personne, etc.

Pour continuer la production, les équipes font appel au don, via la Fondation de l’Université de Nantes, pour soutenir les chercheurs du Laboratoire des Sciences du Numérique (LS2N), donner les moyens nécessaires à la fabrication, rendre accessibles ces travaux en open-source et recenser les besoins.

Toujours à Nantes, le fabricant de caméras embarquées miniatures Cambox (5 salariés) s’engage et apporte son aide auprès du personnel médical en fournissant gratuitement des écrans de protection fabriqués à l’aide de son parc de 30 imprimantes 3D. La PME nantaise Dulse, elle, est capable de produire 100 masques par jour. « Dans la communauté makers – des « fabricants » qui utilisent des technologies comme l’imprimante 3D et partagent des projets libres de droits – plusieurs se sont lancés dans la conception de visières au même moment », explique Yann Lebleu, président de Dulse. Seul souci : les matériaux utilisés ne sont pas spécialisés pour le domaine médical. Les fabricants de visières attendent donc l’aval de l’État et l’attribution de normes ISO pour distribuer plus largement leurs produits. « Nous sommes encore en phase de test », résume Yann Lebleu.

À Saint-Nazaire, 3 000 visières déjà livrées aux soignants

À Saint-Nazaire, les makers se sont mobilisés depuis plus d’une semaine. L’initiative citoyenne est née sous l’impulsion d’Alexandre Griere, maker à Saint-Nazaire, et de Nicolas Blouin, responsable du Centre de santé infirmiers à domicile A Vos Soins. Le but : réaliser et distribuer des visières en impression 3D aux soignants identifiés par Nicolas Blouin.

La coordination des makers se fait via le BlueLab, le fablab de Saint-Nazaire. Le mode d’emploi des visières en open-source est partagé en ligne.

Le réseau mobilise 90 makers autour de Saint-Nazaire qui, ensemble, ont réalisé ce mardi 31 mars plus de 3 000 visières de protection, en livraison ou déjà livrées aux soignants, grâce notamment à la participation de la jeune entreprise nazairienne Third qui fait travailler ses 20 imprimantes 3D sur la production de visières.

La mobilisation devient nationale quand le tutoriel créé par le maker nazairien est repris sur le site créé pour l’occasion. Il guide les professionnels qui voudraient se lancer dans la production. Un document ouvert rassemble le nom de plus de 200 professionnels prêts à se mobiliser sur la fabrication de visières.

L’industriel Armor a pour objectif de produire 1 000 visières par jour, en partenariat avec l'Université de Nantes, d’ici la semaine prochaine.
L’industriel Armor a pour objectif de produire 1 000 visières par jour, en partenariat avec l'Université de Nantes, d’ici la semaine prochaine. — Photo : Armor

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