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Télécoms

Rachetée par Exfo, Astellia s'ouvre un pont vers le Québec

Par Pierre Gicquel, le 12 décembre 2018

Le groupe québécois Exfo, leader mondial de l'analyse des réseaux de télécommunication, a acté le rachat de la pépite rennaise Astellia, ouvrant ainsi un nouveau pont entre deux territoires qui présentent des synergies en matière technologique.

Germain Lamonde (à gauche), président du québécois Exfo, en compagnie de Christian Queffélec, cofondateur du rennais Astellia.
Germain Lamonde (à gauche), président du québécois Exfo, en compagnie de Christian Queffélec, cofondateur du rennais Astellia. — Photo : Pierre Gicquel

D’un côté, Astellia (400 salariés, 50 M€ de CA), spécialiste rennais de l’analyse de la performance des réseaux mobiles, implanté en Europe, Moyen-Orient et Afrique (80 % de son activité réalisés à l’international). De l’autre, Exfo (2 000 salariés, 200 M€ de CA), acteur québécois avec un savoir-faire équivalent, en plus de la 5G et de l’analyse des réseaux câblés, et fort d’une implantation dans 25 pays, spécialement en Amérique et Asie. Les deux entreprises viennent d'acter leur rapprochement et s'ouvrent de nouvelles perspectives sur les deux territoires.

Des technologies complémentaires

« Nous nous étions rencontrés il y a longtemps, et nous avions entamé les discussions autour d’une éventuelle fusion dès 2010. Puis chacun a suivi d’autres pistes », se remémore Christian Queffélec, cofondateur d’Astellia. Ce n’est qu’en 2017 que le projet de rachat d’Astellia par Exfo ne sera officialisé. « Ce rapprochement est une question d’affinités entre deux sociétés dirigées par leur fondateur, avec des services et des technologies complémentaires. L’aspect culturel a été la cerise sur le gâteau », ajoute le dirigeant rennais.

Il aura donc fallu un an pour acter ce mariage franco-canadien, « Le temps de s’assurer de la pérennité d’Astellia, pour qu’elle ne soit pas délocalisée en Inde, sourit Chrisitan Queffélec. Il y avait aussi un volet à éluder par l’État, compte-tenu du secteur stratégique dans lequel nous évoluons. Le temps aussi de régler tous les aspects boursiers de cette OPA amicale. »

Un mariage de raison

Au total, Exfo aura déboursé près de 26 M€ pour racheter la pépite rennaise. Mi-octobre, à Saint-Jacques de la Lande, au sud de Rennes, Germain Lamonde, président fondateur d’Exfo, a fait le déplacement pour couper le ruban : « Ce mariage fait sens par le rapprochement technologique et stratégique, mais c'est aussi une histoire de séduction. D’après mes recherches sur internet, le Breton est contrasté, accueillant et râleur. Le Québécois est lui à l’extrême-centre, cherchant le consensus à tout prix. C’est une sorte de Français plus modeste, d’Anglais plus enjoué et d’Américain pacifique. Je pense que nous pouvons nous entendre ! »

Au-delà de l’image d’Épinal, l’entrepreneur canadien a évidemment des intentions stratégiques : « Notre complémentarité va nous permettre d’attaquer plus puissamment de nouveaux marchés. La virtualisation des réseaux exige des compétences qu’aucun n’avait seul. Nous sommes aujourd’hui cinquième mondial. En gagnant des parts de marché, nous visons la quatrième, puis la troisième place. »

Le siège d'Astellia à Rennes, désormais aux couleurs de son repreneur, le québécois Exfo.
Le siège d'Astellia à Rennes, désormais aux couleurs de son repreneur, le québécois Exfo. - Photo : Pierre Gicquel

Un renforcement de capital indispensable

S’il est un leader mondial du test optique et du test des débits en très haute vitesse, il a trouvé une belle dot technologique auprès d’Astellia : « Pour tester un réseau, nous lui envoyons des paquets d’informations, de l’ordre d’1 térabit par seconde. C'est une méthode dite active, alors qu'Astellia a développé des outils d'analyse passifs, qui observent le réseau sans y intervenir. Nous allons donc déployer la plateforme Astellia dans l’ensemble du groupe », explique Germain Lamonde.

La mariée ne sera pas dépouillée pour autant. « Notre organisation s’appuie sur des pôles d’excellence. Saint-Jacques restera un pôle important pour la mesure passive des réseaux », assure Germain Lamonde. De quoi rassurer les salariés bretons. Car il faut se rappeler qu’Astellia avait connu quelques difficultés en 2015. Après des pertes de 5 M€ sur le marché Asie-Pacifique, face à la concurrence des géants américain Netscout et japonais Anritsu, Astellia avait réduit sa voilure et diminué sa masse salariale de 50 personnes (sans plan social), avant de finalement renouer avec la croissance. L’avenir passait donc par un renforcement de capital.

L'analyse de la performance des réseaux de télécommunications par Exfo s'opère grâce au software comme au hardware, avec toute une gamme d'équipements d'analyse.
L'analyse de la performance des réseaux de télécommunications par Exfo s'opère grâce au software comme au hardware, avec toute une gamme d'équipements d'analyse. - Photo : Pierre Gicquel

Deux pieds en Bretagne

De son côté Exfo ne s’est pas arrêté uniquement chez Astellia lors de sa razzia bretonne. Peu après avoir annoncé son intention de rachat en 2017, elle avait aussi acquis pour près de 10 M€ une autre société installée à Lannion, le fournisseur d’équipements pour les tests de réseaux optiques Yenista Optics (5,2 M€ de CA en 2016). Une opération hautement stratégique pour le Canadien, qui grâce aux 20 brevets de Yenista sur des technologies exclusives, s’est ainsi ouvert près de 100 M€ de possibles parts de marchés dans le monde.

« Nous avons une vingtaine d’acquisitions à notre actif et nous n’en excluons pas de nouvelles, à condition d’y trouver des compétences technologiques. Le fait d’avoir un pied en Bretagne rend les choses plus faciles », laisse entendre Germain Lamonde.

Germain Lamonde (à gauche), président du québécois Exfo, en compagnie de Christian Queffélec, cofondateur du rennais Astellia.
Germain Lamonde (à gauche), président du québécois Exfo, en compagnie de Christian Queffélec, cofondateur du rennais Astellia. — Photo : Pierre Gicquel

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