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Industrie

Cathelain veut rendre les vis et les boulons intelligents

Par Elodie Soury-Lavergne, le 24 janvier 2019

Entreprise nordiste centenaire, Cathelain est sur la voie de l'industrie 4.0. Ce fabricant de visserie-boulonnerie vient de mettre au point le C-Bolt, une innovation technologique capable de rendre les vis, boulons et tiges filetées intelligents. L'objectif : faire basculer les industriels vers la maintenance prédictive.

Grâce au C-Bolt, la société nordiste Cathelain veut connecter les vis, boulons et tiges filetées.
Grâce au C-Bolt, la société nordiste Cathelain veut connecter les vis, boulons et tiges filetées. — Photo : Cathelain

Né il y a 115 ans, le fabricant nordiste de visserie-boulonnerie Cathelain est en pleine métamorphose. Sous l’impulsion de son dirigeant Christophe Cathelain, arrière-petit-fils du fondateur, l’entreprise emprunte la voie de l’industrie 4.0. Elle vient de mettre au point le C-Bolt, une technologie capable de connecter une vis, un boulon, ou encore une tige filetée. L’idée est que ces différents éléments puissent lancer une alerte, lorsqu’ils sont exposés à des conditions anormales d’utilisation, mettant en péril l’ensemble dans lequel ils se trouvent.

Un effet start-up

Cette innovation est actuellement à l’essai chez deux clients-clés de Cathelain, dans le domaine de la pétrochimie et du nucléaire. Les tests prendront fin durant l’été 2019, et la commercialisation du C-Bolt pourra alors être lancée.

« Nous sommes sur un marché à fort potentiel », souligne Christophe Cathelain, qui a déjà de nombreuses demandes pour ce produit. Il prévient toutefois : « C’est une innovation qui aura un effet start-up, c’est-à-dire tout ou rien ». Cathelain affiche un chiffre d’affaires 2018 de 10 M€, avec près de 90 salariés, contre 9,2 M€ en 2017. « En 2019, l’entreprise maintiendra ce rythme de croissance sans le C-Bolt », annonce le dirigeant.

Le C-Bolt, né d’un partenariat

C’est par une simple question, soulevée en interne par un chargé d’affaires, que l’aventure du C-Bolt a démarré. « Il y a trois ans et demi, l’un de nos salariés a demandé pourquoi une vis ne pourrait pas devenir intelligente. C’était une suggestion intéressante ; personne n’y avait encore pensé », rapporte le dirigeant. Pour donner corps à cette idée, Cathelain s’est associée à deux autres sociétés, l’une spécialisée dans l’utilisation de la fibre optique pour connecter les objets et l’autre, dans les micro-forages. « Le défi, c’était de réussir à forer une pièce pour la connecter, sans toutefois affaiblir sa résistance », résume le dirigeant.

Avec le C-Bolt, les industriels pourront passer de la maintenance préventive à de la maintenance prédictive. « Cela évitera le gâchis lié au remplacement d’une pièce qui n’a pas besoin de l’être. Cela permettra aussi de repérer une pièce qui s’abîmerait plus vite que prévu ou encore de limiter les interventions humaines pour de la maintenance dans des milieux à risques », détaille le dirigeant. Pour commercialiser le C-Bolt, Christophe Cathelain va lancer une nouvelle société. « Nous avons obtenu l’exclusivité dans le monde de l’application de cette technologie fibre optique à la visserie-boulonnerie », se réjouit le dirigeant.

Un habitué du repositionnement

Ce n’est pas la première fois que Christophe Cathelain fait le pari de métamorphoser sa société pour lui donner un nouvel élan, en mode « tout ou rien ». En 2008, l’entreprise familiale réalisait de grandes séries et peinait à être rentable. À cette époque, des actionnaires non-familiaux la quittent et Christophe Cathelain en profite pour reprendre 75 % du capital et entamer de grands changements. Deux directeurs prennent à ses côtés 20 % du capital, les 5 % restants étant détenus par deux partenaires allemands. « Il fallait redonner de la valeur ajoutée à notre activité », rapporte-t-il.

Christophe Cathelain fait alors le pari de repositionner l’entreprise sur la visserie-boulonnerie haut de gamme. « Nous nous sommes tournés vers la petite-série et le sur mesure, avec des délais de réalisation très courts. Dans ce domaine, il y avait une demande et moins de concurrence », indique-t-il. Du jour au lendemain, Cathelain a ainsi augmenté ses prix de 40 %. « C’était quitte ou double. J’avais exposé la situation aux salariés et je pouvais compter sur leur soutien. Nous avons perdu certains clients historiques, qui prenaient des produits plutôt standards, voire bas de gamme », explique le dirigeant. Mais à présent, Cathelain est en croissance et de nouveau rentable.

Une diversification des activités

Chaque année depuis dix ans, l’entreprise réinvestit 6 % de son chiffre d’affaires. Une enveloppe qui lui a d’abord permis de rénover les locaux et qui est à présent consacrée au renouvellement du parc machines. Grâce à ce nouveau positionnement, Cathelain est assuré de poursuivre sa croissance ces prochaines années, même si le C-Bolt ne devait pas rencontrer le succès escompté. D’autant que Christophe Cathelain a aussi lancé la holding Canopée en 2017, pour diversifier les activités. Celle-ci a permis la création en mai 2017 d’une filiale réalisant du traitement de surface de pièces, pour le compte de Cathelain et d’autres industriels. Enfin, en décembre 2017, Canopée a racheté la société d’usinage PMP sur le littoral. « L’objectif est de doubler l’activité de ces sociétés ces deux prochaines années », annonce le dirigeant.

Grâce au C-Bolt, la société nordiste Cathelain veut connecter les vis, boulons et tiges filetées.
Grâce au C-Bolt, la société nordiste Cathelain veut connecter les vis, boulons et tiges filetées. — Photo : Cathelain

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