Comment analysez-vous l'échec de la reprise de Ford par HZ Holding et son partenaire Johann Hay? Vous sembliez sceptique depuis le début. Était-ce écrit d'avance? Je ne souhaite pas m'exprimer trop longuement sur le sujet car l'affaire n'est pas terminée. Ce qui compte c'est de sauver les emplois et ce que je pense, je le dirai plus tard. J'aurais préféré que Christine Lagarde ait raison. Comprenez que je ne veuille pas avoir de phrase dure avec des gens qui sont encore mes partenaires. Le côté positif, c'est que Ford est revenu dans le jeu et que sa capacité d'investissement atteint un niveau que, visiblement, les premiers repreneurs n'avaient pas. Des petits projets ont été enclenchés pour une somme de 37 à 40M€. Cela permettrait de sauver 150 à 200 emplois. (1) Le compte n'y est pas, mais Ford et l'État n'ont pas dans l'esprit de sauver les 1.400 emplois.
Toujours à Blanquefort, un autre projet industriel a aussi du plomb dans l'aile, celui de First solar. Le groupe américain remet en cause son projet de création d'usine en raison des nouvelles conditions de rachat de l'énergie photovoltaïque. L'État devait-il continuer à subventionner ce qui s'apparente à une bulle?
En 2009, la France produisait 9,4Gwh, contre 36,2Gwh en Allemagne. Au-delà de tous les arguments politiques que vous voulez, il y a une réalité, c'est qu'on est nul en France en matière d'énergies renouvelables. Au moment où une filière était en train d'émerger, le gouvernement l'a cassée. L'ambition de l'État était peut-être de passer de dernier à avant-dernier, mais ce n'est pas mon ambition. Tous les industriels s'accordent à dire que l'État ne peut pas changer les règles du jeu tous les trois mois. Aucune industrie au monde ne peut fonctionner comme cela.
Le projet est-il définitivement enterré?
Cela me paraît extrêmement compliqué d'avoir une visibilité. L'État renvoie à un appel d'offres, qui, s'il ne prend pas de retard, sera lancé en juillet. First solar prendra sa décision à ce moment-là. S'ils obtiennent un peu de visibilité, il se peut que la machine reparte. Mais la probabilité est faible.
Le départ de First solar remet-il en cause les ambitions de l'Ecoparc de Blanquefort?
Cette zone d'activités reposait sur trois piliers: le photovoltaïque, l'éolien et l'écoconstruction. L'éolien monte en puissance avec la fabrication de pales par EADS Astrium. Notre objectif est désormais de développer la filière éco-construction. Tout cela ne remet pas en cause le positionnent global de l'Ecoparc, mais maintenant l'éolien est le projet principal. En ce qui concerne le photovoltaïque, nous nous concentrons sur des projets de plus petite envergure, comme Solarezo, qui vient de s'implanter avec six salariés. First solar représentait tout de même le plus gros investissement industriel étranger en France en 2009. Sur une opération pareille, il n'y a pas de plan B.Quand l'État tue l'industrie française, je n'ai pas de planB.
Toutes les zones d'activités n'affichent pas des résultats identiques. Comment expliquez-vous que le Bioparc peine à se remplir (2), quand l'Aéroparc attire les entreprises?
C'est une bonne question à laquelle je n'ai pas de réponse précise. Je ne m'explique pas le relatif stand-by du Bioparc. Pourtant, nous avons un vrai savoir-faire sur ce type de projets dans l'agglomération: ce qu'a réalisé Daniel Birot à Unitec a bien fonctionné et le pôle santé est fort. L'Aéroparc se remplit bien, avec les arrivées de Steris ou Catherineau, la pépinière affiche complet et la filière drones est porteuse... L'enjeu est désormais de compléter l'offre de foncier disponible et de trouver une articulation avec le projet Aérocampus de Latresne.
La Cub a adopté le 25mars son Schéma métropolitain de développement économique. Quelle est sa vocation?
Les schémas servent surtout à créer une dynamique et des projets communs. Mais il ne sera ni notre Bible, ni notre Coran ni notre Talmud! Nous savons que pour passer à un million d'habitants à l'horizon 2030, il faudra créer 75.000 emplois. Le schéma permet de fixer des objectifs et d'identifier les filières. Par exemple, la filière tourisme, on en parle beaucoup mais elle n'est pas suffisamment professionnalisée. Entre le potentiel de la destination et la réalité, il y a un écart.
Le marketing territorial passe notamment par la création d'une marque. L'agence Bordeaux Gironde investissement (BGI) avait annoncé en 2009, avoir missionné l'agence TBWA. Qu'en est-il?
Il y a un problème de gouvernance. Le lancement d'une marque signifie ensuite un budget annuel d'un million d'euros pour assurer la promotion du territoire. La question en suspend est celle de la répartition de cette dépense entre les partenaires (3). Si on dépense ce million d'euros, il faut voir quelle est la gouvernance derrière. Il faut que tous les politiques soient autour de la table et que l'on soit bien d'accord sur les orientations. Or, au conseil d'administration de BGI, il est rare que tous les politiques soient autour de la table. Par ailleurs, nous étions au départ sur une dynamique économique, et nous sommes aujourd'hui sur un projet qui dépasse cette simple vision.
La nomination d'un président à la tête de BGI, Jean-Marie Chadronnier, en novembre2009, devait justement permettre de dépasser les enjeux politiques pour aller plus vite...
(silence)
Lorsque le projet de grand contournement a été enterré, en juin2008, les pouvoirs publics se voulaient rassurants en affirmant que le passage de la rocade à 2x3 voies réglerait une bonne partie du problème. Aujourd'hui, l'État et les collectivités se renvoient la balle sur la question du financement tandis que les automobilistes patientent dans les embouteillages...
Quand le grand contournement a été abandonné, j'étais un des rares à dire que je n'étais pas persuadé que ce soit une bonne idée. Tout le monde m'a tapé dessus. Je ne voyais pas où était le plan B.Mais je ne suis pas sûr qu'on mettait en balance une rocade à 2x3 voies et le grand contournement car on n'est pas tout à fait sur le même trafic. L'une des critiques émises contre le grand contournement autoroutier était de dire que cela n'allait pas soulager tant que ça la rocade. De mémoire 16% de report pour les poids lourds mais pas tant que cela pour la circulation automobile. À l'époque on nous parlait d'un grand contournement ferroviaire qui devait être la contrepartie, que l'on attend aujourd'hui.
Mais la saturation de la rocade est bel et bien réelle!
Il faut que les chefs d'entreprise et les automobilistes aussi, intègrent, même si je ne suis pas populaire en disant cela, qu'on est en train de basculer dans un nouveau mode de fonctionnement global. On ne peut avoir comme seule revendication un passage à 2x3 voies puis 4 puis 5 voies, cela ne marche plus comme ça. C'est l'un des sujets qui me heurte avec le Medef. Si c'est leur seule revendication elle est réductrice. Cela ne m'empêche pas de dire qu'il est important de progresser sur le sujet de la mise à 2x3 voies et sur le covoiturage et le transport collectif.
Devra-t-on attendre 2025 pour avoir une rocade à 2x3 voies?
La Cub délibérera en mai sur une convention de financement
pour la mise à 2x3 voies de l'échangeur nº10 à échangeur nº16 pour un montant de 34M€. Malgré tout, ces travaux restent une responsabilité de l'État. Celui-ci ne peut pas restreindre les marges de manoeuvre des collectivités et dire ensuite: «Je ne peux pas faire sans vous.»
(1) Ford a depuis annoncé que l'usine de Blanquefort pourrait fabriquer des boîtes automatiques 6 vitesses ce qui permettrait de sauver 950 emplois. (2) Pour le moment seul Somedics, a annoncé son installation sur le Bioparc. (3) Le conseil d'administration de BGI est composé de la Région, de la Cub, de la Mairie et de la CCI de Bordeaux
Avenir de Ford, projet quasi avorté de First Solar, Ecoparc, Bioparc, mise à 2x3 voies de la rocade, Vincent Feltesse, maire de Blanquefort et président de la Communauté urbaine de Bordeaux, répond aux questions du Journal des entreprises.Entretien réalisé par Yann Buanec et Orianne Esvan