Dominique Sailer, vous avez repris fin 2015 l'atelier de confection Baizet, qui emploie 105 salariés à Vendrennes. Quel est son savoir-faire ?
Baizet fabrique des vêtements de luxe : robes, jupes, tops ou encore des pantalons. L'atelier livre les grandes maisons de couture prestigieuses, que je ne peux citer, pour des raisons de confidentialité.
En quoi se distingue-t-il des autres ateliers de confections que vous détenez en Vendée ?
Mes deux autres entreprises, les établissements Auvinet, qui emploient 105 personnes à Saint-Martin-des-Tilleuls et AM Façons à Tiffauges, qui en emploie 48, se positionnent sur le même créneau. Mais Baizet reste plus industriel et moins polyvalent. Ici, par exemple, ils ne font pas de pièces à manches, comme les vestes, les manteaux, etc.
Que représente aujourd'hui le groupe que vous dirigez ? Et comment se porte-t-il ?
Environ 250 personnes, pour 13 millions d'euros de chiffre d'affaires, Baizet inclus. Mes deux premières sociétés enregistrent 5 % de croissance depuis cinq ans. Toutes font des profits.
Qu'est-ce qui a motivé ce rachat de l'atelier ?
Malheureusement Olivier Baizet, son dirigeant, nous a quittés au mois de juillet et il m'avait demandé de reprendre l'entreprise peu avant son décès. Il souhaitait qu'elle reste familiale et vendéenne. Mais aussi qu'il y ait une synergie avec mes sociétés, distantes de 20 km. Lui et moi avions des clients communs, complémentaires . Via ce rapprochement, nous livrons aujourd'hui tous les grands couturiers de la place de Paris, sans exception. En termes de synergies, le personnel d'Auvinet pourrait aussi former celui de Baizet à plus de polyvalence. Et Baizet peut lui apporter beaucoup en terme d'organisation. Évidemment, le fait d'avoir trois sociétés permettra de négocier à meilleurs prix l'achat de fils, le transport... Les charges vont diminuer car on va regrouper la paie, la comptabilité...
Vous dites aussi que ce regroupement était nécessaire, pour la pérennité des trois entreprises... Pouvez-vous détailler ?
Tout à fait, je pense qu'il y a une nécessité de concentration. Les entreprises qui n'auront pas une taille critique, de 150 à 200 salariés, vont être plus ou moins menacées à moyen terme. Olivier Baizet l'avait bien compris. Nos clients ont besoin d'avoir moins d'interlocuteurs en face d'eux. Et d'un interlocuteur capable de produire en interne. Ils veulent une traçabilité, une transparence parce qu'il y a eu trop d'abus, avec des sous-traitants qui faisaient produire à l'étranger, sans informer leur client, avec le risque que les produits soient de moins bonne qualité ou copiés. Enfin, il faut proposer des capacités de production suffisantes pour produire rapidement. Il faut savoir que la fréquence des collections est passée de quatre à six, voire à huit collections aujourd'hui. On dispose d'un mois seulement pour lancer une nouvelle collection, avec des clients dont la demande tombe quasiment en même temps. Si vous n'avez pas ces capacités, vous êtes mort.
Un mot sur vous. Quel a été votre parcours? A la base, vous venez du secteur du textile?
...(Sourire). Au départ pas du tout ! Je ne viens pas tout à fait de la profession. Par le passé, j’ai notamment travaillé pour le plus grand groupe de vins et spiritueux au monde, chez International Distillers & Vintners. Pour l’anecdote, c'est moi qui ai lancé la boisson Malibu en France, par exemple.J’ai aussi occupé les fonctions de directeur général des éditions Dargaud, puis de directeur de division dans l’industrie pharmaceutique pour le laboratoire Smithkline Beecham.
Après cela, j’ai eu envie de me mettre à mon compte. Ma femme avait commencé sa carrière chez un grand couturier Jean-Louis Scherrer, à Paris, comme assistante. Au fil du temps, elle m’a donné le goût des belles choses et de la haute couture. D'où ce virage vers le textile.
Quel sera votre premier chantier à la tête de Baizet ?
D'abord rajeunir l'effectif. Au moment de la reprise, Baizet avait une moyenne d'âge qui s'élevait à 48 ans, contre respectivement 38 et 41 ans chez AM Façons et Auvinet, aujourd'hui les deux plus jeunes sociétés de France dans ce secteur d'activité. Sachant qu'il faut trois ans pour former quelqu'un.
Combien se vendent vos pièces ? Avez-vous un exemple de réalisation de grand luxe sortie de vos usines ?
Les modèles les moins chers se retrouvent à 2.500 euros en prix boutique, A titre d'exemple, on a récemment reçu un croquis d'une belle veste d'homme du XVIIIe siècle à adapter pour une femme. Elle devait comporter plusieurs tissus, comme de la soie, du tulle, de la mousseline, beaucoup de dentelles, de galons avec du fil en or... 45 heures de travail ont été nécessaires à sa confection. Nous avons livré trois exemplaires à une marque française. Prix de vente en boutique : 35.000 euros pièce. Nos livraisons vont d'une à mille pièces, avec une moyenne de 60 pièces. Très peu de façonniers peuvent travailler comme ça dans le très grand luxe. On doit être une trentaine maxi à pouvoir le faire en France.
Hors du luxe point de salut pour le textile ?
C'est mon analyse. À condition de fournir de plus en plus vite et d'aller encore plus loin dans la difficulté des modèles, souvent sur de petites quantités. Chez nous, on peut travailler du tweed avec des matières plastiques ou du fer à l'intérieur... Peu pourront le faire. Je ne suis pas optimiste pour l'ensemble de la profession.
Quid des possibilités de diversifications ?
Pourquoi pas, mais pas forcément dans le textile. Demain, il faudra se poser la question d'aller sur des métiers de traverse, toujours dans le luxe : fabriquer des gants, des chaussures, des chapeaux. Certains ont opté pour la maroquinerie. C'est un tremplin pour continuer à travailler dans ce secteur. Il y a une demande.
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Baizet
(Vendrennes) Président : Dominique Sailer
105 salariés
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