Imaginez «la plus grande scène tournante au monde», une piste de 50 mètres de diamètre pour faire circuler 2.000 spectateurs autour de la scène... Ce futur « théâtre des géants », actuellement en construction au Puy du Fou, représente tout simplement « une prouesse technique » pour Jean-Marc Massé. Le patron de l'entreprise éponyme vient d'en achever la charpente métallique et la toiture. Un contrat de 1,7 million d'euros.
« L'édifice s'étend sur près de 6.000 m², avec une structure de 600 tonnes, dont l'essentiel soutenu par seulement quatre piliers », précise le dirigeant de Massé charpente métallique (MCS).
Ce chantier illustre un double virage stratégique de MCS, qui explique en partie que cette PME de 90 salariés, soit toujours à l'équilibre depuis 35 ans, malgré l'anémie du BTP. Un virage vers plus de technicité, « où la concurrence est moindre », et vers les gros donneurs d'ordre, souvent institutionnels.
Compenser l'essoufflement du bâtiment commercial
« Il y a deux ans et demi, je me suis rendu compte que notre principal marché, le bâtiment commercial déclinait, explique Jean-Marc Massé. Le maillage des centres commerciaux en France atteint un niveau important. Il était évident qu'il n'allait pas connaître le même essor que ces 25 dernières années. » Fort de ce constat, le Vendéen décide en 2013 de compenser cette baisse par de nouveaux clients « disposant de plans d'investissement ou de carnets de commandes à long terme ». Comprendre : la SNCF, la RATP, Aéroports de Paris ou encore Airbus.
RATP en 2013, Airbus en 2014
« Quand j'ai su que la SNCF et la RATP lançaient des programmes de rénovation des rails et des rames, je savais qu'il y avait une carte à jouer, car ils construisent pour cela des gares de maintenance », retrace le Vendéen. Son premier beau chantier, il le signe avec la RATP en 2013, à Sucy en Brie (94). En ce moment, il attaque celui de Rueil-Malmaison (92). Cette année, il a aussi livré une gare de maintenance SNCF à Noisy le Sec (93).
Bien aidé par les certifications
Chez Airbus, il y est entré, par la petite porte après un chantier technique en Loire-Atlantique, l'an dernier. « Chez eux, ils vous testent avec une affaire hyper-compliquée. Dans un atelier existant, il fallait faire différents niveaux de passerelles, en recouper d'autres pour loger des avions, travailler la nuit..., raconte le dirigeant. On a réussi le challenge. On vient d'obtenir un chantier de 800 m² à Bouguenais. »
Pour passer sous les fourches Caudines des grands ou de leurs contractants généraux (Bouygues, Vinci...), MCS a pu s'appuyer sur plusieurs certifications clés comme l'ISO 9001, « dont les institutionnels comme la SNCF et la RATP sont friands ». Et même depuis deux ans, sur la certification CE. « On fait partie des rares à l'avoir, souligne Jean-Marc Massé. Or c'est obligatoire depuis juillet 2014 pour attaquer les marchés publics... »
Bureau d'étude de 18 personnes
Véritable centre névralgique de l'entreprise, son bureau d'étude s'est progressivement étoffé depuis sa création, afin de répondre à la demande. Son effectif atteint 18 personnes aujourd'hui.
2 à 3 millions d'euros annuels, grâce aux nouveaux marchés
Pari réussi ? «Certes, les nouveaux marchés cumulés pèsent seulement de deux à trois millions d'euros annuels. Mais ça suffit pour l'instant à compenser la chute des chantiers commerciaux », répond Jean-Marc Massé.
Outre l'intérêt commercial, d'autres éléments déclencheurs l'ont aussi poussé dans cette voie. D'abord les nouvelles garanties, notamment de paiements, accordées aux sous-traitants.
Et puis un chantier emblématique : la piste d'hélicoptère du Samu de Nantes en 2007, « Pas le droit à l'erreur ! il fallait qu'elle puisse résister à deux crashs d'hélicoptère simultanés ! se rappelle Jean-Marc Massé. Après cela, on a alors pris conscience qu'on pouvait faire des ouvrages d'envergure. »