Salaires : Comment les patrons girondins gèrent la crise

Salaires : Comment les patrons girondins gèrent la crise

Dans un contexte économique toujours tendu, le gel des salaires a été la règle dans de nombreuses PME en 2009 et 2010. Les augmentations salariales individuelles et/ou liées aux résultats sont désormais privilégiées.

Avenance à Bègles, Saft à Bordeaux, Temex à Pessac... Les conflits sociaux se multiplient en Gironde sur fond de revendications salariales. Entre des salariés qui se plaignent d'une stagnation de leur pouvoir d'achat et des entrepreneurs qui subissent de plein fouet les effets de la crise économique, les violons sont parfois difficiles à accorder.




Tendance à l'individualisation

Pour Bénédicte Convent, gérante du cabinet bordelais de conseil en ressources humaines Winch RH, «les augmentations générales s'étaient déjà réduites comme peau de chagrin depuis les 35h. Avec la crise économique, il n'y a plus ni peau ni chagrin. Les patrons essaient de maintenir l'existant». Parmi la soixantaine de PME que conseille Winch RH en Aquitaine et en Ile-de-France, quasiment aucune n'a accordé de hausse générale des salaires ces 2 dernières années. «La tendance est plutôt de développer les augmentations individuelles et les avantages du type intéressement ou mutuelle». Une situation qui conduit à un malaise grandissant dans les entreprises: «les arrêts maladie ont rarement été aussi importants», constate Bénédicte Convent.




Maîtriser la masse salariale

Chez Wato, un centre d'appels mérignacais (60 salariés), les salaires ont été gelés durant un an et demi. «Si nous voulons être toujours présents quand l'activité reprendra, il faut maîtriser la masse salariale. Le gel des salaires était le seul moyen de survie de l'entreprise». Le dirigeant a fait oeuvre de transparence pour se justifier auprès de ses salariés. «J'explique deux fois par an à mes collaborateurs la situation financière de la société. La maîtrise des coûts internes a été votée en NAO il y a 2 ans et j'ai précisé qu'un rattrapage aurait lieu dès que la crise serait terminée. Et malgré les pertes, j'ai accordé une augmentation lors des NAO de janvier afin d'encourager les salariés qui font des efforts».




Un changement de politique salariale

Même discours chez Soufil, (15 salariés) une PME pessacaise spécialisée dans la vente et la réparation de remorques. «En 2009, à cause de la crise, j'ai gelé les salaires, explique la gérante Muriel Souquet. Mais dès l'an dernier et encore cette année, j'ai à nouveau accorder des augmentations mais celles-ci ont été individuelles en fonction de l'implication du salarié dans son travail et de son niveau de salaire. Dans mon secteur, on recrute au smic. Pour les fidéliser les salariés qu'on a formés, il faut leur accorder régulièrement des coups de pouce. J'ai aussi mis en place l'an dernier un plan d'épargne retraite interentreprise. Même s'ils n'en ont pas les retombées immédiatement, c'est une façon de les récompenser.» La crise économique, quand elle n'a pas arrêté les hausses de salaires, a donc souvent modifié les politiques salariales des PME. Ainsi, l'agence de conseil en communication Territoires & Co (15 salariés) a mis en place un système d'intéressement il y a 2 ans. «En plus de suivre les augmentations légales, j'associe les salariés au bon fonctionnement de l'agence, déclare le gérant, Aymar de Blomac. Un objectif global a été défini par la société, qui donne lieu au versement d'un intéressement. Des augmentations individuelles, liées aux résultats, sont également versées. Je suis partisan de redistribuer les bénéfices en trois tiers: salariés, actionnaire et fonds de roulement ou investissement». Même touchées par la crise, d'autres entreprises girondines n'ont cependant pas renoncé à des revalorisations salariales. C'est le cas de GT location, (1.200 salariés) spécialiste du transport à Bassens. «Chaque année, nous accordons une augmentation collective qui équivaut à la hausse du coût de la vie, explique Michel Sarrat, le P-dg. Mais une partie de cette augmentation est individualisée en fonction des performances et de l'implication des salariés. Nous avons aussi un système d'intéressement. Notre philosophie a toujours été de faire partager la réussite de l'entreprise aux salariés. En 2009, nous aurions pu nous abriter derrière la crise et ne pas accorder d'augmentation mais nous avons fait un pari sur l'avenir. Des salariés fidèles c'est aussi important. Si on veut garder certaines catégories de personnel comme les conducteurs routiers, il faut les motiver et avoir une politique salariale attractive.»




Rester attractif et fidéliser

Rester attractif, une problématique à laquelle est confrontée Be Tomorrow (33 salariés), une PME bordelaise spécialisée dans les jeux vidéos. «Actuellement, le marché des informaticiens est en train de se tendre. Les SSII recommencent à embaucher et en terme de salaire, je ne peux pas m'aligner, expliquer Sylvie Clin, la directrice générale. Mais heureusement la rémunération n'est pas le seul élément qui compte. Il y a aussi les avantages accordés -intéressement, tickets restaurant, plan épargne salariale- et aussi beaucoup le cadre de travail.Si un salarié se sent bien dans son entreprise, il reste.»