Décrié par certains pour ses risques en matière de santé publique ou de piratage des données personnelles, le nouveau compteur intelligent Linky, développé par Enedis (ex-ErDF), s'annonce aussi comme l'un des moteurs de la relance industrielle française. « Ce nouveau marché nous a permis de repositionner l'un des sites industriels emblématiques des Côtes-d'Armor, précise Patrick Sevian, président de Sagemcom, l'un des cinq fabricants de Linky en France avec Groupe Cahors, Elster, Itron, Landis + Gyr et ZIV.
Un site robotisé
Aujourd'hui, 32 salariés de l'ancienne unité de fabrication de consommables d'impression fabriquent des compteurs de nouvelle génération. Avec eux, le site compte aujourd'hui 80 salariés, une centaine début 2017. Au coeur d'un univers ultra-robotisé, où la place à l'erreur humaine est quasiment impossible, Sagemcom fabrique également des compteurs de gaz Gazpar déployés par GrDF. « Nous avons investi 12 millions d'euros, 15 millions d'euros à terme, dans la modernisation et l'extension de 3.000 m² à 5.000 m² du site. Notre savoir-faire industriel réside dans la conception de machines outils uniques au monde ». Dirigé par Patrice Guégan, Sagemcom Dinan se projette déjà sur les futurs appels d'offres Linky. « Nous n'avons pas investi pour arrêter demain. Dinan dispose d'une expertise forte qu'il est possible d'exporter hors de nos frontières. »
Des heures de formation
Le groupe compte sur le soutien de son nouvel actionnaire pour réussir son pari. Repris en main, via un 3e LBO par Chatterhouse, l'entreprise peut compter sur un management ultra-stable depuis la cession par Safran en 2008. « Malgré tout ce que l'on a pu dire, Dinan est un site stratégique pour nous au même titre que notre usine de Tunisie, celle du Brésil ou de Chine. Il faut toutefois bien comprendre que la viabilité de l'outil costarmoricain résidait dans son potentiel de reconversion. C'est un enjeu que les salariés ont bien compris. » La trentaine de collaborateurs du site a ainsi été formée, pendant 18 mois, afin d'obtenir un certificat officiel d'opérateur polyvalent. « 24 % de la masse salariale de l'entreprise a été investie dans la formation. C'est unique en terme d'effort. L'idée était véritablement de construire des modules de formation en lien avec les partenaires locaux. Cette exigence nous amène aujourd'hui au niveau des standards de l'automobile et offre une véritable valeur ajoutée à nos salariés qui sont capables d'assembler un compteur par heure ». Patrick Sevian espère bien que ces arguments convaincront Enedis a lui faire confiance pour les prochains appels d'offres. « Nous regardons également la manière dont les choses se déroulent à l'étranger. Notre carnet de commande est plein jusqu'en 2020 mais rien ne nous interdit d'avoir de l'ambition pour Sagemcom et pour les Côtes-d'Armor. »