Côtes-d'Armor
Pourquoi le patron breton Yann Guisnel a reçu Marine Le Pen
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Pourquoi le patron breton Yann Guisnel a reçu Marine Le Pen

Dirigeant des Transports Guisnel, à Dol-de-Bretagne, Yann Guisnel a reçu le 4 mai la candidate du Front national à la présidentielle. Un accueil et un coup de com' qu'il « assume », pour faire passer ses messages et « coup de gueule ». Sa porte reste ouverte à Emmanuel Macron.

« Lorsque son équipe m'a demandé il y a trois semaines de venir, je ne pouvais pas la recevoir car nous étions en pleins préparatifs des 60 ans de l'entreprise. Sur le principe, je n'étais pas opposé. Cette visite s'est finalement décidée il y a 24 heures et on m'a confirmé sa venue ce matin. Elle souhaitait visiter une entreprise de transport et connaître nos problématiques. Une délégation de chefs d'entreprise du Pays de Dol a également pu lui exprimer leurs inquiétudes. Nous avons parlé de la concurrence européenne déloyale des véhicules de 3,5 tonnes en France et le problème social inhérent, mais aussi du cabotage, des travailleurs détachés... En sept ans, j'ai perdu 234 clients dont une dizaine en Ille-et-Vilaine, qui ont déposé le bilan... Ce sont des emplois en moins. Aucun journaliste n'était venu me voir pour comprendre. C'est mon coup de gueule. »

J'assume !

« Je savais que cette visite n'allait pas se faire dans l'allégresse générale, mais j'assume ! J'ai eu le courage de répondre " oui, j'y vais "... avec tout ce que cela comportait. C'est à mon sens, un signe d'ouverture. Nous sommes pour un dialogue ouvert. Si monsieur Macron veut venir demain visiter mon entreprise, il peut ! Il sera le bienvenu. J'ai aussi reçu Jean-Yves Le Drian et j'ai déjà été reçu à Paris par des politiques de tous bords... Elle n'était pas là pour me convaincre, car c'est moi qui lui ai parlé. Elle découvrait le problème des 3,5 tonnes, mon combat depuis 15 ans ! Je travaille beaucoup avec la Suisse car là-bas chaque camion est systématiquement contrôlé ; mes concurrents n'y vont pas... Je lui ai dit que j'étais un Européen convaincu et qu'il ne fallait pas fermer nos frontières. Ce serait des contraintes supplémentaires pour nous. Avant même que les frontières ne soient supprimées, notre entreprise faisait déjà de l'export (Ndlr, 21 % de son chiffre d'affaires). »

Respecter la démocratie

« Objectivement, après sa visite, je ne savais toujours pas pour qui voter... Je n'ai regardé que 20 minutes du débat télévisé. Quant à l'impact sur l'image de l'entreprise, l'avenir le dira. À l'heure qu'il est, je ne regrette pas du tout cette visite. Il y a quand même un point à ne pas négliger : les quelques millions de personnes qui votent pour Marine Le Pen, pensent que c'est elle la solution. Il faut les respecter et respecter la démocratie et il faut que les autres comprennent qu'il y a un problème. Il faut se poser la question. Je l'ai reçue parce que c'est un politique qui est au deuxième tour de la présidentielle et qui semble s'intéresser au transport. Aucun candidat n'a parlé du transport pendant la campagne ! »

Sentiment du devoir accompli

« Personnellement, j'ai bien vécu cette visite. J'avais le sentiment d'être détendu, même si nous avons dû faire face à quelques semeurs de trouble dont un qui voulait crever les pneus de ma voiture... Quand Marine Le Pen est partie, j'avais le sentiment du devoir accompli en tant que professionnel du transport. J'ai dit ce que j'avais à dire non seulement à cette dame, mais aussi à tous les journalistes présents. J'ai fait passer le message. Les médias ont été particulièrement corrects. C'était elle qui les intéressait, en train de faire un tour en camion dans la cour de l'entreprise. »

Quel impact sur les salariés ?

« Je leur avais laissé la possibilité de rester ou non dans l'entreprise au moment de la visite, raconte-t-il. Certains ont souhaité quitter les lieux. Ils étaient libres. » S'il les déplore, Yann Guisnel respecte ces décisions individuelles. Amer, il a trouvé ces comportements parfois « lâches ». Le mot est lâché.

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