Nord- Pas-de-Calais : Où en est l'esprit d'entreprendre?

Nord- Pas-de-Calais : Où en est l'esprit d'entreprendre?

L'esprit d'entreprendre ne connaît pas la crise en région. Le Nord - Pas-de-Calais s'inscrit comme le leader de la création d'entreprises sur le premier semestre de l'année. Les grands noms de l'économie impriment le tempo d'une tendance que les PME-PMI ne démentent pas. Leur botte secrète:l'innovation. Pas moins de 260 initiatives ont émergé pour un montant de 25M€. Moteur du développement de l'entreprise, l'innovation ouvre aussi des horizons internationaux. Supplément réalisé par Thomas Baume, Géry Bertrande et Ségolène Mahias

Le Nord - Pas-de-Calais retrouve des couleurs. L'entrepreneuriat s'enracine dans la région. Critère numéro1: la création d'entreprises. Au 1ersemestre 2010, le Nord-Pas-de-Calais enregistre la plus importante croissance de France de la période: 14.544 nouvelles entreprises, soit une hausse de 28,2%, dont 9.688dans le Nord (+31,2%) et 4.856dans le Pas-de-Calais (+22,6%).




Région attractive La région cultive aussi son attractivité. Les résultats d'une enquête 2009 Ifop/Nord - Pas-de-Calais La Créativallée montre que l'attractivité de la région est reconnue, bien que souffrant encore de la comparaison avec les autres régions françaises. Les prescripteurs, comme en 2007, jugent très majoritairement la région attractive (82% dont 14% «très attractive»). En revanche, auprès des dirigeants, la région doit encore faire des efforts: 51% estiment le Nord - Pas-de-Calais attractif. En terme d'image, 56% des dirigeants hors région ont une image positive du Nord - Pas-de-Calais.

Des locomotives Les entreprises régionales, elles, jouissent d'une notoriété limitée auprès des dirigeants français. La Redoute est l'entreprise la plus connue, suivie d'Auchan, Les 3 Suisses, Décathlon... La VAD est toujours considérée comme le secteur économique prédominant, au détriment d'autres filières d'excellence comme les TIC, le ferroviaire, la santé. D'autres secteurs d'activité régionaux tirent leur épingle du jeu. «La filière des centres relations clients est une filière dynamique qui représente 17.500emplois et 220entreprises dans le Nord- Pas-de-Calais, lance Luc Doublet. Elle va continuer à embaucher et pèsera de plus en plus dans l'économierégionale», estime l'influent patron de l'entreprise de drapeaux Doublet.

La crise La crise n'a pas épargné la région, dont les entreprises ont bénéficié de nombreux soutiens. Le Nord - Pas-de-Calais figure même en tête des régions les plus aidées. Oséo a joué à plein son rôle. «Nous avons accompagné 5.600entreprises en 2009 contre 4.400 en 2008, soit une hausse de 20%, précise le directeur régional, François-Xavier Willot. Plus de 400 sociétés ont aussi bénéficié de 230M€ d'avances sur trésorerie sur des marchés publics ou de grands donneurs d'ordre.»

25M€ pour l'innovation Outre ces avances sur trésorerie, on décompte près de 200projets d'investissements également soutenus avec la mise en place de 110M€ de crédits; 63 de ces projets représentent 12M€ de besoins immatériels. «Nous sommes surtout là pour les accompagner dans leur développement à l'international et pour les aider à innover», précise François-Xavier Willot. Il y a eu plus de 260interventions concernant des projets innovants. Elles se traduisent par plus de 25M€ d'avances remboursables ou de subventions en partenariat avec la Région, LMCU ou encore le conseil général du Pas-de-Calais et les fonds Feder.

L'innovation comme moteur

L'innovation est le fer de lance économique de la région. Et Pierre de Saintignon, vice-président du conseil régional, de marteler depuis l'année dernière: «Le Nord-Pas-de-Calais ne manque pas de moyens pour financer l'innovation mais bien de projets.» Comme le signale une étude récente de l'Insee, l'innovation dans le Nord - Pas-de-Calais doit encore gagner du poids. Avec 26.400actifs travaillant pour la conception et la recherche, le Nord- Pas-de-Calais se place au 4erang des régions de France. Mais ce résultat représente seulement 1,8% de ses emplois, elle occupe en réalité le 13erang national, bien loin derrière l'Île-de-France (4,9%), mais aussi les régions Midi-Pyrénées (3,7%), Rhône-Alpes (3,2%) ou encore Alsace (2,5%). Établie sur l'année 2006, cette mauvaise performance s'explique principalement par la faiblesse du nombre d'ingénieurs dans les secteurs de l'électricité et de l'électronique, ainsi que dans les domaines de la mécanique et du travail des métaux. La part de la recherche publique dans le total des emplois consacrés à l'innovation (11%) est largement en deçà de la moyenne nationale (14,5%). En revanche, l'informatique obtient la palme des secteurs les plus innovants de la région avec 7.800emplois.

Très peu de femmes
Les professions de l'innovation se concentrent à hauteur de 40% sur la métropole lilloise, alors que celles-ci ne représentent que 25% des emplois de la région. À part pour l'axe Roubaix-Tourcoing, Valenciennes et Dunkerque, les emplois dédiés à la conception-recherche souffrent d'une importante sous-représentation sur l'ensemble du territoire. À noter enfin que les fonctions propres à l'innovation concernent surtout les jeunes actifs (60% ont moins de 40ans) et les hommes (83%).

Entreprises innovantes Paradoxalement, alors que plus de 95% des entreprises régionales ont, au cours des deux dernières années, conduit au moins un type d'innovation seules 53% d'entre-elles se déclarent effectivement innovantes, selon une étude de la CRCI publiée fin 2009. «Cette différence peut s'expliquer en partie par une définition souvent trop restrictive de l'innovation qui porterait exclusivement sur des considérations technologiques.» Or, l'innovation concerne tous les champs de l'entreprise: produits, process, management, export, développement durable, communication, etc.

Stratégique L'innovation s'inscrit dans une stratégie globale de l'entreprise. Ainsi, 6 entreprises innovantes sur dix ont fait évoluer à la fois leur offre, leur commercialisation et leur organisation; 3 entreprises sur 10 ont cumulé deux de ces innovations et seule 1 sur 10 n'a réalisé qu'un seul type d'innovation, selon la CRCI. Près de 90% des entreprises ont fait évoluer leur organisation au cours des deux dernières années. Ces évolutions concernent en premier lieu le système informatique puis la gestion des ressources humaines. Les industriels accordent une place importante à l'optimisation du processus de production tandis que dans les services aux entreprises, les dirigeants cherchent davantage à nouer des partenariats avec l'extérieur.

Une question d'organisation

En moyenne, 8 entreprises sur 10 ont fait évoluer leur offre soit par une amélioration de leurs produits et services existants (innovation incrémentale), soit par la création de nouveaux produits ou services (innovation radicale). Cette proportion est légèrement en retrait dans la construction où elle n'atteint que 70%. Les entreprises régionales sont plus en retrait sur l'innovation commerciale. Ce qui témoigne, selon l'analyse de la CRCI, d'une focalisation sur des considérations technologiques plutôt que sur la culture client. Quand elles font évoluer leur approche client, cela se fait essentiellement dans le domaine du marketing ou de la communication plutôt que par une diversification du canal de vente (e-commerce) ou dans le suivi des commandes et la traçabilité.

Motivations et bénéfices durables
L'innovation dans l'entreprise peut être impulsée par trois grandes motivations: la recherche d'une plus grande performance, la nécessité de s'adapter au marché, la contrainte réglementaire. L'innovation apparaît comme un processus permanent et indispensable à la survie de l'entreprise. Dans un contexte économique morose, l'innovation apparaît comme un levier fort pour assurer la pérennité des entreprises. Une entreprise régionale sur deux considère ainsi qu'innover lui a permis de maintenir son activité et donc ses emplois. De plus, 8% des entreprises estiment qu'elles ont accru leurs recrutements grâce à leurs innovations. L'innovation est également considérée par une entreprise sur deux comme un moyen d'accroître sa visibilité et son image. Pour près de 40% des dirigeants, l'innovation a assuré le développement de leur entreprise soit en termes de chiffre d'affaires, de rentabilité ou de diversification sur de nouveaux marchés. Pour une entreprise sur dix, l'innovation a permis de se développer à l'international. Plus que jamais, l'innovation est l'une des clés de sortie de crise. Les entrepreneurs du Nord - Pas-de-Calais le prouvent au quotidien.