Les chiffres ne laissent aucune place au doute. Si l'Alsace fait bien partie des grands territoires exportateurs de France, elle le doit plus aux grands industriels qui y sont implantés qu'à son tissu de PME locales et familiales, pourtant très dense. Un simple coup d'oeil à notre Top 500 l'atteste. Les plus grandes entreprises industrielles implantées dans le Haut-Rhin sont aussi celles qui exportent le plus. Elles sont également, la plupart du temps, des filiales de groupes étrangers et, à ce titre, revendent directement à leur maison-mère la plus grande partie de leur production, ce qui explique des taux élevés d'export dans leur chiffre d'affaires. Il n'en reste pas moins que des Liebherr, Wrigley, Cryostar et autres Ricoh contribuent largement à la bonne tenue de notre balance commerciale, en affichant un minimum de 64% de leur chiffre d'affaires à l'export, pour Ricoh à Wettolsheim, et jusqu'à 97% pour l'entreprise de Hésingue, Cryostar. C'est loin d'être anodin car ces structures pèsent, au bas mot, 130 millions annuels, et jusqu'à près de 800 millions d'euros en 2010 pour Liebherr France, qui continue à parier sur Colmar pour son développement. Sans oublier le site mulhousien de PSA qui, s'il ne détaille pas sa part d'activité à l'export, pèse de toute évidence dans la balance du fait de son emplacement géographique stratégique pour le constructeur automobile.
Les champions de demain
Ces grandes entreprises mécaniques, chimiques, etc. restent donc le moteur de l'export en Alsace en général et dans le Haut-Rhin en particulier, mais c'est à double tranchant : lorsqu'elles s'enrhument, c'est toute la région qui tousse. L'Alsace ne peut, en effet, suffisamment compter sur une dynamique contracyclique de son tissu de PMI familiales pour compenser les éventuels reculs d'activité de ces locomotives, comme ce fut le cas en 2009 et 2010. D'abord parce qu'elles-mêmes ont souffert pendant la crise, ensuite parce qu'elles sont insuffisamment présentes à l'export. Et sur des bases de chiffres d'affaires qui n'atteignent pas non plus des sommets et ne pèsent pas forcément très lourd dans la balance commerciale alsacienne. En ce sens, les démarches initiées autour de l'innovation et de l'export par les collectivités et la Chambre de commerce et d'industrie de région sont méritoires. «Nous avons besoin des grands groupes, mais aussi de toutes ces petites entreprises, de 10 à 250 personnes, que nous accompagnons et qui seront peut-être les grandes entreprises de demain», affirme Didier Hoffmann, directeur régional export au sein de la CCI d'Alsace.
analyse Si l'Alsace s'est toujours positionnée parmi les régions les plus exportatrices, elle doit sa place avant tout aux géants industriels qu'elle accueille.