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LeanSpace lève 10 millions d’euros pour partir à la conquête des grands programmes spatiaux
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LeanSpace lève 10 millions d’euros pour partir à la conquête des grands programmes spatiaux

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La start-up strasbourgeoise Leanspace vient d’annoncer une levée de fonds de 10 millions d’euros. L’américain Qwaltec et ISAI Cap Venture, le fonds Corporate Venture de Capgemini, entrent au capital pour atteindre un objectif commun : remporter des appels d’offres pour les grands programmes spatiaux institutionnels.

Guillaume Tanier, PDG et co-fondateur de Leanspace — Photo : Dorian Mao

"L’entrée au capital d’ISAI Cap Venture et Qwaltec représente un véritable investissement stratégique pour notre développement", assène Guillaume Tanier, PDG et fondateur de la start-up strasbourgeoise Leanspace. Ces deux nouveaux partenaires entrent au capital de l’entreprise dans le cadre d’une levée de fonds en série A de 10 millions d’euros, annoncé lors du sommet Choose France mi-novembre.

Les investisseurs historiques aussi au tour de table

Fondée en 2020, Leanspace fournit une plateforme logicielle software pour assurer les opérations des satellites depuis la Terre. La start-up alsacienne emploie aujourd’hui 35 salariés et a réalisé "environ un million d’euros de chiffres d’affaires" l’an passé, indique le PDG, sans entrer dans les détails.

La levée de fonds de 10 millions d’euros est donc marquée par l’entrée au capital des deux nouveaux partenaires, ISAI Cap venture, le fonds Corporate Venture de Capgemini, et Qwaltec, une entreprise américaine du spatial et de la Défense, mais pas seulement. Les investisseurs historiques, spécialisés, ont également participé à l’opération comme les sociétés de capital-risque 42CAP et Karista, ainsi qu’Arnaud Guérin, cofondateur de la plateforme d’IA militaire Preligens.

La Caisse d’Epargne et Bpifrance, via le plan d’investissement stratégique France 2030, ont également réalisé des financements non dilutifs. Si le montant de l’investissement réalisé par chaque acteur reste confidentiel, ainsi que la nouvelle répartition du capital de Leanspace, les deux cofondateurs de la start-up "restent les actionnaires principaux", affirme le PDG.

22,1 milliards d’euros

Travaillant déjà avec plus de 20 opérateurs dans le monde avant sa levée de fonds, Leanspace cherchait à travailler en priorité avec des entreprises du Newspace, ces nouveaux acteurs du spatial capables de prendre des risques plus importants pour éprouver leur solution. Aujourd’hui, cette opération de financement symbolise "la maturité" de leur solution, à travers l’arrivée des deux nouveaux actionnaires. "Depuis un an, nous nous positionnons sur le marché institutionnel du spatial civil et militaire. La levée de fonds et le partenariat avec Qwaltec et ISAI cap Venture illustre cette transition et notre volonté de répondre aux grandes attentes des institutions dans le secteur du spatial", explique Guillaume Tanier.

L’espace, un terrain stratégique

Ces dernières années, l’espace est (re) devenue une question stratégique pour les États, avec des enjeux géopolitiques, commerciaux et de suprématie majeurs. "Ces trois dernières années, l’espace est vraiment devenu un terrain militaire ultra-stratégique, et encore davantage avec le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis. Par ailleurs, de nouveaux entrepreneurs sont apparus ces cinq dernières années dans l’industrie du spatial en Europe avec des nouveaux domaines émergents, comme la santé, l’imagerie satellite très haute définition, les communications, etc. En résumé, c’est l’industrie spatiale toute entière qui est en train de se transformer. Aujourd’hui, l’espace est en train de se démocratiser à l’échelle mondiale et si, du jour au lendemain, il n’y a plus de satellites, tout s’effondre", analyse le dirigeant.

Budget de l’ESA en augmentation de 32 %

Sans concurrent au niveau européen, Leanspace cherche avant tout à se positionner sur les programmes spatiaux de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui a d’ailleurs vu son budget augmenter de 32 % pour les trois prochaines années par rapport à la période 2022-2025, atteignant 22,1 milliards d’euros. Un investissement record pour l’ESA.

Mais la start-up lorgne aussi sur le marché américain, ou encore sur les programmes spatiaux en Asie du sud-est ou au Moyen-Orient. "Nous restons à l’affût de la moindre opportunité dans ces régions. C’est aussi ça la force d’être une start-up : cela nous permet d’être beaucoup plus agiles et réactifs que les mastodontes historiques", affirme le PDG.

"L’objectif est clairement de bousculer les acteurs établis, qui innovent peu, seulement au gré des contrats qu’ils obtiennent."

Les objectifs derrière cette opération de financement sont multiples. Le principal étant de maintenir une activité importante dans la recherche et développement afin de "renforcer les produits déjà proposés par Leanspace", tout en répondant aux besoins des clients actuels : "Notre solution sur mesure englobe près de vingt-cinq modules génériques qui concentrent toutes les solutions d’un centre de contrôle. À terme, nous souhaitons en proposer quarante différents", lance Guillaume Tanier.

L’autre aspect R & D se concentre sur la réponse "aux exigences des grands programmes spatiaux", poursuit-il : "Les institutions ont des attentes plus importantes que les programmes sur lesquels nous nous sommes positionnés jusqu’à maintenant. Je parle ici en termes de niveau de la sécurité, de résilience ou encore de certifications à obtenir".

Le budget des grands programmes spatiaux visés par Leanspace avoisinant au minimum les 200 à 300 millions d’euros, le montant perçu par la start-up en cas de victoire dans un appel d’offres doit aussi lui permettre de connaître une croissance importante. "C’est en tout cas ce que l’on espère dans les années à venir", affirme le PDG, sans donner davantage de perspectives.

"Ce n’est plus possible de faire comme il y a 30 ans"

L’autre objectif majeur de cette levée de fonds concerne le développement de la commercialisation, ce que le partenariat avec ISAI Cap Venture et Qwaltec doit permettre de favoriser pour les grands programmes spatiaux, mais Guillaume Tanier voit plus loin : "Nous souhaitons créer un véritable écosystème de partenaires qui utilisent les technologies du Newspace pour répondre aux appels d’offres des grands programmes spatiaux. Pour cela, il faut rendre nos technologies plus accessibles et utilisables par ces partenaires. L’objectif est clairement de bousculer les acteurs établis, qui innovent peu, seulement au gré des contrats qu’ils obtiennent. Ce n’est plus possible de faire du spatial comme il y a 30 ans, il faut continuer à innover en permanence pour répondre aux enjeux et à la demande".

Strasbourg # Aéronautique et spatial # Start-up # Levée de fonds