Plus d'un million de téléspectateurs potentiels, la future chaîne de télévision Haut-normande (LCN) couvrira pratiquement toute la région. En effet, la fréquence attribuée par le CSA à la chaîne normande disposera des relais émetteurs TNT de Rouen et de Neufchâtel-en-Bray qui couvrent la quasi-totalité de la région, hormis la zone duHavre pour des raisons techniques. À la tête du groupement d'entrepreneurs qui a mené le projet, Éric Terrier, patron de l'agence vidéo rouennaise Biplan voit ses efforts récompensés après plusieurs années d'acharnement et d'incertitudes. «Je m'intéresse au projet depuis 2005, époque où le CSA avait laissé entendre qu'une fréquence serait lancée sur notre région. Mais il a fallu être patient». Entre-temps, il a pu étudier tous les modes de financement existants, les différentes typologies de chaînes (pays, régions, métropoles, tout info...), ou encore, les modes de financements et les diverses tailles d'équipes. Un temps au cours duquel le paysage audiovisuel des télés locales a beaucoup évolué, avec un fort désengagement de la part des éditeurs de la presse quotidienne. Ce fut notamment le cas avec le groupe Hersant qui a détenu jusqu'à huit fréquences puis, s'est totalement désengagé de toutes ses chaînes dont celle de Caen, revendue à Normandie TV.
Trouver le modèle économique
Le changement d'environnement économique amène Éric Terrier à se repositionner et à trouver un modèle économique sans éditeur de presse. L'idée de faire participer les collectivités locales au projet fait alors son chemin. «Le Département de Seine-Maritime, la Région Haute-Normandie et la CREA n'ont pas hésité à nous suivre. Mais cela reste d'abord un projet privé accompagné par le public». Une aide de poids tout de même évalué à la moitié du budget de la future chaîne de télévision locale, la première année (soit 1million d'euros) et qui apparemment a pesé lourd dans la décision du CSA car l'engagement des collectivités se fait dans la durée et assure de fait une situation pérenne de trois à cinq ans. Un montage financier qui pose la question de l'indépendance éditoriale de LCN. Ce à quoi Éric Terrier apporte une réponse nuancée: «Nous serons libres de notre ligne éditoriale pour notre journal quotidien de 20 minutes mais il faut aussi avoir le respect des annonceurs et des partenaires. Notre relation avec les collectivités est encadrée par une convention d'objectifs et de moyens. Ainsi, il pourra être question d'emploi, des filières qui recrutent en région, de la promotion du patrimoine culturel et touristique, sur fond d'émissions à caractère de service public. Mais, pour garder notre crédibilité il faut laisser faire le travail des journalistes, ce qui nous permettra de capter de l'audience et donc de trouver des recettes publicitaires».
Des programmes 24h/24h
Le recrutement de l'équipe et l'installation dans les locaux sont prévus en mai2011 pour un lancement de la chaîne au mois de septembre suivant. Une équipe comprise entre 12 à 15 salariés dont la moitié de journalistes JRI (journaliste reporter d'images), capable d'écrire, de filmer et de réaliser eux-mêmes les montages de leurs films: «Un vrai gain en terme d'efficacité et de coût», assure le futur président de LCN. Faire vivre la proximité, c'est la volonté de LCN qui se veut avant tout une chaîne d'information locale. Ses émissions couvriront le spectre d'une mini-télé généraliste avec des émissions sur le sport, la culture, le théâtre, mais pas de direct pour les débuts car: «Trop cher. L'idée c'est de donner envie de bouger et de participer à la vie locale. Mais aussi d'être la chaîne des événements, capable d'adapter sa grille pour l'Armada, le festival Automne en Normandie...» Chaque jour, la chaîne proposera un magazine à la suite de journal de mi-journée et donnera une place importante au documentaire, premier métier d'Éric Terrier. «Nous allons faire vivre la production locale de documentaires et courts-métrages. La grande chance des télévisions locales c'est qu'elles peuvent diffuser 24h/24h et 7j/7j. C'est un service rendu à la population qui peut regarder les programmes à son rythme, grâce aux rediffusions». Et si on lui oppose son concurrent direct, France 3, Éric Terrier ne s'émeut pas: «Le nombre d'heures de France 3 en région diminue constamment et puis nous n'avons pas vocation à chercher l'audience à tout prix sur toutes les émissions, hormis le journal. Celui-ci aura beaucoup d'invités, sera vivant avec un ton enthousiaste et jeune. L'actualité c'est la vie, il n'y a pas que les mauvaises nouvelles. Il faut faire la promotion de ce qui fonctionne bien, mais sans faire «Télé bonheur». En tout cas, être moins sur les faits divers». Pour la nouvelle chaîne, le global média est une évidence assure son futur président qui complétera la chaîne premium par un site Internet et des accès téléphones mobiles: «De plus, il sera précisé dans les contrats de travail que chacun travaille pour tous les supports de la chaîne».
Des difficultés de la télé locale
Nombreuses sont les chaînes locales (une cinquantaine en France) a avoir subie des déboires ces dernières années: Télé Lyon et Orléans ont affiché des pertes record, TV7 Bordeaux a taillé dans les effectifs et Télé Alsace a mis la clé sous la porte. Pionnières des télévisions locales, Toulouse a connu un plan social drastique. Mais pour le président de LCN, cette époque est révolue: «Les cinq années à attendre la décision du CSA m'ont prouvé que des chaînes sont parties trop tôt et ont eu le tord de se baser sur le modèle France 3: il y a avait 36 salariés à Toulouse! Dans ces modèles historiques ils n'avaient pas intégré les JRI, une vraie source d'économie et de synergie: les JRI font tout de A à Z.Et puis, il y a ceux qui, soutenus par la PQR ou des industriels ont pensé qu'il fallait mettre le paquet dès le départ et que la pub rentrerait en peu de temps. Hors c'est faux, tout cela prend du temps. Il n'y avait pas non plus l'envie d'aller vers les collectivités. À LCN, nous avons fait la synthèse de tout ça!» Éric Terrier qui s'offre même le luxe de faire des propositions de collaboration à son ancien rival de Normandie TV: «S'il y a de bonnes conditions, des partenariats sont à envisager avec Normandie TV. Je suis favorable à l'entente mais pour que cela fonctionne, chacun doit accepter son territoire!» En attendant l'ouverture de sa chaîne, Éric Terrier et son équipe réalisent une augmentation de capital pour lever 200.000€ auprès des entrepreneurs locaux: Nous voulons trouver la richesse localement». Aussi séduisante que soit l'aventure, l'homme de télévision n'oublie jamais que ce qui lui permettra de conserver sa lucarne ouverte est sa propension à remplir les caisses.
La Chaîne Normande (LCN) a obtenu le 20 juillet dernier l'autorisation du CSA d'exploiter un canal sur la TNT à compter de la rentrée 2011. A l'origine de cette candidature, Eric Terrier, patron de l'agence Biplan et initiateur de DominoTV, s'est associé avec plusieurs partenaires publics et privés pour monter son projet. Il était en concurrence avec Normandie TV, chaîne déjà présente sur le câble et le satellite et pour laquelle son dirigeant souhaitait obtenir les fréquences Rouen-Neufchâtel afin de couvrir toute la Normandie. En tranchant en faveur de LCN, le CSA met aussi en avant sa préférence pour le modèle économique mixant privé-public proposé par Eric Terrier.
Sébastien Colle