« L'idée m'est venue dans les années 80. Directeur technique chez Pubert, le constructeur de motobineuses, je leur propose de développer ce qui allait devenir le produit phare de General Transmissions : une petite boite de vitesse pour le matériel de jardinage, comme les tondeuses. Une offre qu'ils déclinent. Je choisis alors de voler de mes propres ailes.
« Mes débuts : une veille presse pourrie dans un garage ! »
Ma première idée a d'abord été de me lancer dans la fabrication de pièces à injection plastique, en créant Vendée Plastique, en 1988. Dans le même temps, je continuais à développer ma boîte de vitesse, en me disant qu'un jour ce serait sans doute un produit de la société. Partir de zéro, c'est d'abord récupérer une vieille presse pourrie pour 15.000 francs, que j'emprunte intégralement car je n'ai pas d'argent. Puis l'installer dans le garage de mes beaux-parents, à même la terre battue. Avant d'en ajouter d'autres, d'aussi mauvaise qualité, que je passe des nuits à réparer. Au bout de trois ans, alors que la PME employait une quinzaine de salariés, je cède mes parts et lance France Réducteurs qui donnera la marque General Transmission. Avec cette fois un peu d'argent. Mais ma boîte de vitesse n'est pas encore au point. Ma stratégie consistait à mettre le paquet sur la qualité, les produits de mes concurrents, des Italiens, n'étant pas fiables !
Grâce à mes connaissances en plasturgie, je savais aussi que certains plastiques pouvaient être utilisés à la place des métaux dans ces boîtes de vitesse, qui plus est, pour moins cher. Donc avec la possibilité de gagner en marge. Pour moi, cette compétence technique est l'une des premières qualités à avoir avec la créativité. En ce qui me concerne, de 25 à 35 ans, à raison de deux heures tous les soirs, j'ai dévoré des bouquins de maths, de physique-chimie, de thermodynamique... Je voulais devenir ingénieur par moi-même, en autodidacte.
« Au bord du gouffre »
Un anglais approximatif m'a permis de prospecter l'Europe jusqu'à obtenir des promesses de plusieurs constructeurs, dont un Britannique pour une grosse commande de 15.000 pièces, des Italiens, des Belges et un Français. De quoi constituer un compte d'exploitation qui tient la route. Et puis huit jours avant de créer l'entreprise, en janvier 1991, je reçois un fax d'Angleterre annulant la commande. Coup dur, car pour convaincre un constructeur, il faut environ un an d'essais ! On était quatre personnes à l'époque et on a pas mal ramé. Au bout de neuf mois, France Réducteurs était exsangue, sans argent dans les caisses. Il fallait absolument réussir, alors je prenais ma voiture, j'allais en Italie, en Belgique, voir les prospects. À 40 ans, j'avais un passé, j'avais conçu d'autres boîtes de vitesses. Ils voyaient que j'avais une expérience industrielle, que je maîtrisais la technique, la qualité, etc. Et puis, à force de draguer toute l'Europe, d'autres constructeurs ont dit "banco" pour des commandes. À la fin de la première année, on affichait 15 % de résultat d'exploitation. Puis l'activité décolle.
Après avoir senti le vent du boulet, l'entreprise grandit de quelques personnes à 50 puis 100 salariés. Aujourd'hui, on emploie près de 700 salariés, 135 aux Herbiers, d'autres au Mexique et en Chine. On réalise 40 millions d'euros de chiffre d'affaires dont 97 % à l'international. Mais tout n'a pas été simple non plus par la suite. J'ai travaillé de jour comme de nuit, dimanches inclus. Car être chef d'entreprise, en plus de faire tourner son entreprise, c'est régler problème sur problème. Et il faut se creuser la tête pour se demander ce qu'on va faire dans trois ou cinq ans pour maintenir son avance. »
General Transmissions
(Les Herbiers) Président : Robert Blanchard 4O M€ de CA 700 salariés 02 51 66 96 30
Robert Blanchard témoignera lors de la prochaine soirée Prestige du Centre des Jeunes dirigeants, le 9 octobre au Puy du Fou.