Dans le Morbihan, si une entreprise veut un bon débit internet, elle a plutôt intérêt aujourd'hui à être implantée dans une zone d'activité à la campagne. Stéphane Lelièvre, lui, s'arrache les cheveux. Le dirigeant pilote une PME d'électricité d'une centaine de personnes zone de Kerniol au nord de Vannes. «Mes salariés sont obligés de télécharger des plans depuis leur domicile avec une clef USB», déplore-t-il «Pour grappiller un peu plus de fluidité, nous devons payer à France Télécom - Orange un supplément. Ce qui nous amène à une facture de 800euros par mois: des tarifs de très-haut débit pour un degré de performance ridicule. Nous sommes même en train de nous demander si nous n'allons pas installer une antenne chez notre voisin d'en face...» Le conseil général du Morbihan ne conteste pas de tels dysfonctionnements. Pour les zones éloignées du centre-ville de Vannes, le débit est aujourd'hui relativement faible. «Mais France Télécom va procéder à un déploiement sur fonds propres de 2012 à 2015 qui permettra d'acheminer la fibre optique jusqu'à chaque abonné, comme à Paris», explique Yves Bleunven, vice-président du conseil général.
La fibre pour 800 entreprises
Jusqu'à maintenant, la politique du conseil général était de résorber les zones blanches à travers l'installation de 79 nouveaux points de distribution de l'internet via les lignes téléphoniques (technologie ADSL). Une démarche qui a vu le jour à travers un partenariat public privé avec France Télécom - Orange. Alors que cela n'était pas obligatoirement de sa compétence, le département a choisi d'investir douze millions d'euros sur dix ans à travers le dispositif Morbihan haut débit. Et de tourner le dos au cuivre, faisant le choix de la fibre optique pour treize zones d'activités qui concentrent 800 entreprises et 11.000emplois. Mais le conseil général explique qu'il ne peut intervenir directement, faute de subventions, sur les communautés d'agglomération de Vannes, Lorient ou Cap Atlantique (qui concerne trois communes morbihannaises, Pénestin, Camoël et Férel). Du coup, alors que c'est pourtant le cas pour de nombreux villages, tous les secteurs des principales villes morbihannaises ne sont pas encore connectés à la fibre optique. En matière de débit, le problème vient souvent des 2% irréductibles qui manquent pour atteindre 100% de performance. Et qui font parfois exploser le prix d'une simple prise ADSL à 18.000euros, dans certains cas extrêmes. Même si la moyenne est plutôt à 2.000euros en Bretagne.
Le parc du Golfe rame
Heureusement car les PME ne disposent pas toujours des moyens de Méaban, entreprise qui fait partie des heureux élus qui vont bénéficier de la fibre optique. «Décréter que le haut-débit ne concerne que les grandes entreprises, c'est mal connaître son tissu», observe pourtant Yves Bleunven. «On a parfois des TPE, des cabinets de conseil, des architectes qui ont besoin de débits puissants.» Des petites structures comme l'architecte naval Finot-Concq à Vannes, voisin de Multiplast au parc du Golfe. «Nous aimerions bien avoir un peu plus de débitcar nous réalisons beaucoup de transmissions par le web», remarque le gérant de cette entité de quatre personnes, Pascal Conq. «Nous sommes à quatre kilomètres et demi d'une des deux plaques ADSL de Vannes», explique David de Prémorel ingénieur chez Finot-Conq. «Rien de dramatique ni qui soit un frein au bon fonctionnement de l'entreprise. On arrive malgré tout à faire des sauvegardes de notre serveur sur un serveur distant. Même si ça prend toute la nuit.» En parallèle, certains facteurs urbains compliquent la donne, en particulier sur le littoral. Ou comme à Ploeren, par exemple, où les formes diffuses d'étalement de l'habitat ne facilitent pas la mise en place des fourreaux destinés à la fibre optique.
Accès à Internet Si le département récolte les fruits d'une politique innovante en matière de haut-débit, le chef-lieu Vannes n'est curieusement pas aussi bien loti.