Frédéric Grimaud, comment qualifieriez-vous l'augmentation de capital souscrite cet été auprès du FSI?
Concrètement, nous n'y étions pas obligés. Le FSI nous accompagne mais il n'y a pas de sortie. Nos actionnaires historiques restent à bord et nous-mêmes nous y participons. L'augmentation de capital est de 40M€ avec une option supplémentaire pour des croissances externes. C'est une opération offensive qui apporte des moyens supplémentaires, qui permet de recomposer en interne le capital et qui s'inscrit dans le long terme. Cela va servir les desseins de nos deux activités de sélection génétique animale et de biopharmacie.
Pourquoi avoir sollicité le FSI plutôt que d'autres investisseurs?
Le FSI est un outil remarquable qui a pour objectif d'aider à la fondation de champions nationaux. En tant que deuxième opérateur mondial en génétique animale et en étant extrêmement innovant en biopharmacie, on rentrait dans leur cible. Ce n'est pas un investisseur à court terme avec un horizon de sortie de 3 à 5 ans. Pour nous c'est fondamental: on n'est pas en train de faire un coup. Nous sommes une entreprise indépendante qui souhaite inscrire cette indépendance dans le long terme. Le groupe a encore une histoire à raconter. On a fait un énorme chemin mais ce n'est pas fini.
Quelles sont les tendances de marché qui vous rendent optimiste pour l'avenir?
Nous sommes sur deux marchés porteurs avec des produits de base aux cycles courts. Une donnée pour expliciter ceci: le solde démographique quotidien mondial est de 200.000 personnes par jour. Cette croissance de la population doit être nourrie. Le régime alimentaire évolue vers des protéines animales, donc ça tire le marché. Le multi-espèces (volaille, poulet, cochon, lapin...) est très vertueuxtant sur les synergies en R & D, avec des programmes transversaux, que sur le réseau de distribution mondial qu'il offre. Au niveau santé, les politiques de soins demandent à être de plus en plus développées. Les demandes en molécules pharmaceutiques évoluent considérablement.
Justement, de quelle manière imaginez-vous poursuivre le développement d'un groupe qui a déjà multiplié par trois son chiffre d'affaires depuis 2005?
On sait qu'il y aura des consolidations à faire en génétique animale. Aujourd'hui nous ne sommes plus que quatre opérateurs en génétique animale multi-espèces. Nous pensons qu'à moyen terme, il y aura encore des concentrations. La bonne nouvelle, c'est que l'on veut faire partie des participants à ces concentrations. Par ailleurs, après avoir acquis et redressé Hubbard depuis 2005 aux États-Unis, notre objectif est désormais d'avoir une base cochon en Europe pour devenir un acteur mondial. Il y a des contacts mais ce n'est pas simple car beaucoup de schémas porcins au niveau continental sont détenus par des coopératives. Mais on doit parvenir à réaliser une croissance externe au cours de l'année 2011. On a aussi en tête de produire en Inde où nous sommes déjà distribués. En biopharmacie, Vivalis, spécialisée dans les solutions innovantes de production de vaccins viraux et de protéines thérapeutiques, ouvre son nouveau laboratoire cet été et Filavie, autre filiale, va faire un investissement important fin 2011, lié à des perspectives porteuses. On a des idées techniques, des équipes de pointe mais cela nécessite des moyens considérables. Pour Vivalis, la croissance externe est guidée par des choix technologiques.
Dans l'opération, 15M€ du FSI sont dédiés à Vivalis qui a également fait appel au marché à la même hauteur. Fallait-il renforcer si tôt la structure financière de l'entreprise?
Ce n'était pas une urgence mais simplement ça nous donne de la sérénité pour les prochaines étapes. Nous gardons nos positions à 53% du capital. L'acquisition d'Humalys (en 2009) et la mise en synergie de nos technologies, pour devenir des développeurs de nos propres vaccins et anticorps, nécessite de moyens. On ne veut pas se retrouver trop court à mi-chemin. Nous ne serons plus seulement prestataires, mais aussi apporteur de solutions pré-cliniques ou cliniques en étant propriétaires des produits.
Vivalis est un succès avec des avancées techniques extraordinaires sur les lignées cellulaires de volaille. On est les seuls à détenir les brevets mondiaux, européens et américains
Aujourd'hui, c'est petit. On n'est pas encore arrivé au moment des revenus récurrents. Quand ce sera le cas, ce sera excitant car les effets multiplicateurs débuteront.
C'est une nouvelle étape clé de son développement que le groupe Grimaud de Roussay franchit avec l'arrivée comme actionnaire du FSI (fonds stratégique à l'investissement). L'augmentation de capital s'élève à 40M€. Ce renforcement des fonds propres doit permettre d'accompagner la stratégie offensive du deuxième opérateur mondial en génétique animale (production et distribution d'animaux reproducteurs). Frédéric Grimaud, son P-dg, confirme également les ambitions de Vivalis, la filiale nantaise de biopharmacie.
Thomas Giraudet