Frédéric Amoros-Routié aurait pu diriger une brigade dans un restaurant, des acteurs sur une scène de théâtre... mais la vie et les rencontres en ont décidé autrement. Il a créé en 2003 Nexio, entreprise spécialisée dans la compatibilité électromagnétique. Et s'il a pour l'instant emprunté ce chemin, il espère toujours ouvrir un restaurant et réaliser un film. «Mon parcours, c'est le résultat de personnes qui m'ont fait confiance et/ou qui m'ont fait découvrir de nouvelles disciplines. Ce sont ces exemples que je perpétue dans les réseaux, clubs et associations auxquels je participe», résume-t-il.
La soif d'apprendre
«Je suis un pur produit de la République», annonce-t-il. Comprenez par là qu'il a pu poursuivre ses études en informatique grâce à des bourses de l'État. «Opter pour cette formation était, selon moi, la voie la plus rapide pour trouver un travail». Et il avait vu juste: en 1988, il intègre la société Comtech. «J'étais la sixième personne à entrer dans l'entreprise», remarque-t-il. Il y restera quinze ans. Entré comme ingénieur d'études, il en sortira directeur du département Systèmes d'information et informatique industrielle, en charge d'une cinquantaine de personnes. «Si l'on est motivé par un projet, on peut y arriver même s'il faut du temps», assure-t-il. Cet état d'esprit le guide toujours aujourd'hui et il donne ainsi leur chance à ceux qui ont le désir d'avancer. «Quand je recrute, les diplômes ne sont pas le critère le plus important. Je regarde surtout les compétences et les valeurs telles que le plaisir dans le travail ou encore la capacité à aller hors de son champ d'application.»
Le désir de créer
En 2002, Frédéric Amoros-Routié démissionne de Comtech. Plusieurs raisons le motivent: le dirigeant part à la retraite, la société est rachetée par un grand groupe et enfin la compatibilité électromagnétique a de beaux jours devant elle. Ayant gardé de bons contacts avec ses clients et, poussé par certains de ses anciens collègues, il décide en 2003 de créer Nexio avec trois d'entre eux. Il rachète à Comtech le logiciel Bat-EMC qu'il avait mis au point pour développer une activité sur un marché de niche: la compatibilité électromagnétique. La suite, selon lui, a pu s'écrire grâce à différentes personnes qui lui ont fait confiance. Parmi eux: des clients, PSA ou Continental, son banquier, etc. En 2004, quand il subit une déconvenue, il l'analyse après coup comme une aubaine. «Nous avons perdu un important marché public. Il nous aurait donné un an de chiffre d'affaires. Mais nous n'étions que quatre et nous aurions dû nous consacrer à ce projet pendant un an.» Frédéric Amoros-Routié décide alors d'ouvrir une agence à Paris où se trouvent la plupart de ses clients potentiels, issus en particulier du secteur automobile. En 2005, la société a doublé son chiffre d'affaires. «Nexio a avancé grâce à un échec», souligne-t-il. Et depuis la société se développe doucement mais sûrement. «Ce qui me sécurise, c'est d'avoir une stratégie à long terme. Plus j'avance, plus ma vision s'allonge.» Sa démarche à l'export en est un bel exemple (cf. interview ci-contre). S'il reconnaît avancer à pas mesurés et être parfois trop prudent, les résultats parlent pour lui.
La nécessité d'échanger
«Quand j'ai créé Nexio, j'ai très vite essayé de voir comment faisaient les autres.» Hébergé en pépinière, il va à la rencontre des autres entreprises pour échanger. Il intervient lui-même à la CCI ou dans des écoles comme l'Insa pour partager son expérience. En 2003, il participe à la création du club RH de la CCI de Toulouse. Et quand il suit la formation Métier Dirigeant, il veut prolonger ce lien tissé avec d'autres chefs d'entreprises. Il co-fonde Réseau-Dirigeants.net, qui compte aujourd'hui une cinquantaine de membres. Dernier réseau dans lequel il s'est engagé: le Club des entreprises primo-exportatrices, créé en mars dernier par la CCI de Toulouse. Dès que les clubs qu'il contribue à lancer sont sur les rails, il cède sa place. Discret en toutes circonstances, il préférera toujours que les honneurs aillent à Nexio.
Frédéric Amoros-Routié, dirigeant de la société toulousaine Nexio, est le premier président du Club des entreprises primo-exportatrices. Si son entreprise commence à se développer à l'export, il entend emmener d'autres PME dans son sillage.
Marie Lepesant