Didier Pezier : Le fédérateur

Didier Pezier : Le fédérateur

Chef d'entreprise, Didier Pezier a très vite senti qu'il avait tout à gagner en s'ouvrant à l'extérieur. Après diverses responsabilités, il vient de prendre la tête de Seinari, l'agence de l'innovation régionale avec pour objectif de fédérer les acteurs de l'économie.

«La réussite n'a de valeur qu'à l'image des hommes qui constituent l'entreprise. Sans ses musiciens, le chef d'orchestre n'est rien». Humilité, le terme semble caractériser Didier Pezier, le nouveau patron de Seinari, l'agence de l'innovation régionale, tant celui-ci se définit plus comme un «animateur» que comme le patron: «Ma vision est celle du dialogue direct avec mes salariés. Le droit d'être à l'écoute mais aussi d'être écouté: l'échange est pour moi la base de la relation de travail». Humble mais fonceur: en vingt-deux ans, le chef d'entreprise a créé sept sociétés pris dans: «Une dynamique entrepreneuriale faite de nombreuses opportunités». 1986 reste une date déterminante dans sa carrière: c'est la création de Sernelec, société de génie électrique à Saint-Etienne du Rouvray, trois ans après avoir obtenu son diplôme de l'Esigelec à Rouen. «Après une première expérience dans une PME, j'avais envie d'un challenge. Ce qui m'intéressait, c'est la réussite d'une équipe qui se construit et grandie».




Un tournant

Alors qu'il est l'un des premiers à mettre en place une structure qualité ISO 9.000 et que son entreprise est l'une des premières à être MASE en 1995, il devient leader dans son domaine d'activité en 2005. En 2007, Sernelec s'engouffre dans une spirale ascendante, et Didier Pezier perçoit le fort besoin de croissance externe de son entreprise: «Il fallait aller chercher au-delà de la région mais avec une structure plus importante pour assurer ce développement». Une réussite qui attire la convoitise. Trois groupes se manifestent pour reprendre Sernelec (Bouygues, Eiffage et Vinci) mais Didier Pezier prend son temps car il considère Sernelec comme son troisième enfant, après ses fils Jean-Nicolas et Marc-Antoine: «Je n'ai pas joué les enchères, ce qui m'importait, c'était le facteur d'intégration de mes équipes et la complémentarité. Dans mon entreprise, je gérais la partie RH, pour moi, c'est le facteur principal de la réussite au même titre que le commercial». Rattaché au groupe ETDE (filiale de Bouygues), suite au rachat de Sernelec en 2007, Didier Pezier devient directeur du développement commercial: «Ma mission est de développer l'activité nucléaire et depuis trois ans, j'ai ouvert de grands comptes avec Areva ou encore le CEA. Un vrai challenge car j'ai dû me réapproprier une culture d'échanges avec une direction. Mais de toute façon, lorsqu'on est entrepreneur, on a toujours quelqu'un au dessus: les banques, les experts-comptables et bien sûr, le client!»




S'ouvrir aux autres

Ne pas s'enfermer, aller voir à l'extérieur des murs de l'entreprise pour se développer et s'enrichir au contact des autres. Très tôt, le jeune entrepreneur sent qu'il peut trouver des idées ailleurs. Pour cela, il intègre en 1991 la CCI de Rouen mais aussi le CJD. «Le CJD est important pour les jeunes entrepreneurs car il apporte une bouffée d'oxygène et du retour d'expérience. C'est une vraie école de formation des dirigeants». Commence alors la prise de responsabilités dans diverses organisations, comme la Fédération française des installateurs électriciens de Seine-Maritime (FFIE), dont il devient le président en 1993. De 1996 à 1998, il prend la présidence du CJD de Rouen et depuis avril2009, il est président de l'Esigelec de Rouen, après avoir été quinze ans au sein du conseil d'administration. «Mon ambition est de renforcer les liens de l'école avec les entreprises et de développer notre représentativité».




L'épicurien

6,5 hectares dans le Faugères en Languedoc-Roussillon, c'est la taille du petit vignoble que s'est offert Didier Pezier en 2009, avec quelques amis, un moment important dans sa vie: «C'est la rencontre de mon côté épicurien et de la découverte d'un autre métier, rude, dur, mais qui peut évoluer. Le mas d'Engels va sortir sa première récolte cette année grâce à une méthode artisanale et bio. On essaye de travailler en reprenant les méthodes à l'ancienne, tout à la main avec des récoltes du raisin au soleil levant et au soleil couchant pour créer des vins rouge et rosé». Né à Rouen, Didier Pezier grandit en tissant un lien fort avec son père ingénieur d'affaires et sa mère qui reste au foyer. Il développe aussi de solides amitiés qu'il entretient fidèlement: «C'est pourquoi je ne supporte pas la rupture. L'amitié c'est mon carburant, j'aime échanger et découvrir ensemble. Pour pouvoir grandir, il faut donner avant de recevoir. Mais, quand je suis déçu par l'amitié, ça me fait mal». La convivialité, l'amitié mais aussi les voyages, sont des piliers nécessaire à Didier Pezier: «Les voyages permettent de relativiser sur la vie que l'on mène au quotidien. Découvrir d'autres cultures, d'autres façons de vivre, c'est s'ouvrir aux autres, une vraie richesse».



Sébastien Colle