C'est une étude accablante que l'UFC-Que Choisir a rendue publique fin février. Dans un document d'une quarantaine de pages, l'association de consommateurs épingle le secteur du financement participatif et les plateformes internet spécialisées dans ce mode de financement, en particulier les prêts de particuliers. En Bretagne, voici deux visions sur le sujet.
Contre ce mode de financement dans la promotion immobilière
Pour le dirigeant rennais Jean-Paul Legendre (Groupe Legendre), « il est évident qu'une majorité des sociétés de crowdfunding vont dans le mur ». Son explication est claire : « Les entreprises qui n'arrivent pas à se financer par les réseaux bancaires se tournent vers le crowdfunding. Cette incapacité à se financer par les banques ne vient pas du fait du coût, car les taux sont extrêmement bas. Le problème vient du fait que les banques refusent de financer par manque de garantie ou parce que le modèle économique est fragile voire très risqué », explique l'entrepreneur du BTP qui en connaît un rayon sur le besoin de financement dans l'immobilier, secteur très capitalistique. « Il faut reconnaître que quand une banque prête de l'argent à une entreprise à 2 %, il vaut mieux être certain que le client soit solvable. Un client défaillant sur 50 et la marge est nulle, calcule Jean-Paul Legendre. Tant que ces sociétés de crowdfunding financent des projets de particuliers ou d'auto-entrepreneur qui empruntent quelque centaines ou milliers d'euros, pas de problème. Les sommes en jeu ne provoqueront pas de séisme en cas d'échec. »
Très risqué
Problème : « Le modèle économique ne fonctionne pas car les flux financiers sont très faibles et aucune structure n'est viable avec de tels flux », analyse Jean-Paul Legendre qui évoque son secteur en particulier. « Aucune banque ne suivra un promoteur non crédible financièrement, analyse-t-il. Des promoteurs qui ne peuvent accéder aux circuits classiques se sont tournés vers le crowdfunding. Ce qui les fragilise encore plus car les coûts sont prohibitifs. Un promoteur solvable va se financer auprès d'une banque à environ 3 % tout compris. Certaines sociétés de crowdfunding se vantent de pouvoir lever un million en 24 heures pour un promoteur. Coût pour le promoteur : 10 % de commission pour la société qui a levé la dette et 10 % d'intérêts pour le coût de l'argent. Cela revient à payer l'argent à un taux de 20 % sur un an et 15 % sur deux ans. C'est tout simplement intenable car entre cinq et sept fois le coût normal. Et cela ne fait que renchérir le coût de l'immobilier à la vente. Autant dire que le risque pour le prêteur de ne jamais revoir son argent est très important. »
Pour une plateforme de proximité responsable
De son côté, Karim Essemiani prône un crowdfunding responsable. Fondateur de la plateforme bretonne GwenneG - l'une des rares à avoir les trois casquettes : prêt, don, capital (la CCI de Rennes a bien essayé avec Kiosk To Invest, qui s'est d'ailleurs repositionnée, mais n'a réalisé aucun dossier) -, il se défend : « Nous mettons un point d'honneur à rencontrer tous les porteurs de projets. C'est un élément clé !, explique-t-il. Nous avons ainsi une autre lecture du dossier qu'un site web... Beaucoup de plateformes de crowdfunding sont elles-mêmes des startups qui n'ont pas les moyens de se déplacer. Or, rien ne vaut les échanges directs. Nos contributeurs rencontrent aussi les porteurs de projets autour d'une galette-saucisse informelle. La proximité amène la confiance qui amène la bienveillance », ajoute Karim Essemiani qui défend aussi le « Human to Human ou H to H ». Adhérent de la première heure à l'association Financement Participatif France et contrôlé par l'Autorité des marchés financiers (AMF) après un audit poussé, Karim Essemiani y voit un gage de sérieux. « Notre taux de sélection chez GwenneG est très bas : cinq dossiers sur cent sont retenus. Il en va du sérieux de notre plateforme », insiste-t-il sans casse à ce jour : 290 emplois créés et maintenus sur le territoire, pour 60 dossiers financés représentant 1,3 million d'euros (tout confondu). « Nous avons maximisé le filet de sécurité. Forcément il y a un risque monétisable et des canards boiteux », reconnaît-il. « Mais il est trop facile de taper sur des mécanismes qui apportent des solutions à des entreprises qui ne peuvent pas se financer. Nous ne mangeons pas dans la poubelle des banques ! »