Une véritable filière cinéma serait-elle en train d'émerger à Rennes? Plusieurs événements semblent le confirmer. D'abord l'explosion de deux sociétés de production de films d'animation - Vivement lundi! et JPL Films - dont les réalisations connaissent un véritable engouement. Ensuite, Mille et Une Films, toujours à Rennes, qui se lance dans la production de son premier long-métrage. Et enfin des sociétés de postproduction, comme AGM Factory, qui décident de venir s'installer dans la capitale bretonne en y investissant 1,1 million d'euros.
Deux millions d'euros d'aides de la Région
Dans ce contexte, «on réfléchit avec les autres à la mise en place d'outils pour que la filière films et séries d'animation se développe», confirme Gilles Padovani, fondateur et patron de Mille et Une Films. «Car on est arrivé à un moment où quelques sociétés passent un cap.» Et pour ce faire, fragilité du secteur oblige, les acteurs locaux se tournent aujourd'hui vers les décideurs politiques. En effet, à travers le Fonds d'aide à la création cinématographique et audiovisuelle (FACCA), la Région accorde déjà plus de deux millions d'euros d'aide par an depuis 2008. De l'argent public pour le cinéma, il y en a donc.C'est pour cela qu'on «demande d'abord de redessiner une politique, en phase avec le nouveau paysage», poursuit Gilles Padovani.
Une trentaine d'acteurs de la production
Une démarche qui semble se justifier. Rennes, comme la Bretagne, a en effet un vrai savoir-faire en matière d'audiovisuel. En cinéma, pas encore, mais dans le domaine du documentaire, son expérience est indéniable, grâce à la forte impulsion de France 3, qui, il y a 15 ans en produisait 40 par an. Aujourd'hui, ce chiffre tourne autour de 15. «Le territoire est réellement riche en sociétés de production, avec une trentaine d'acteurs», confirme Céline Durand, directrice générale de Films en Bretagne, union des professionnels du cinéma et de l'audiovisuel bretons. Une terre riche de festivals. Sans oublier l'action de l'unité de programmes des télévisions locales de Bretagne, ou des unités de formation comme l'Esra (École supérieure de réalisation audiovisuelle) et la filière Arts du spectacle de Rennes 2. «Tout ceci constitue aussi un soutien à la filière», assure Céline Durand. Reste que soutenir une filière, c'est bien, mais encore faut-il qu'elle soit pérenne d'un point de vue économique. Si on dénombre 20 à 30 sociétés de production bretonnes, combien pèsent-elles? Aucun chiffre - tant en terme d'emplois que de chiffre d'affaires - n'est connu. Par sa propre expérience - et maison - Gilles Padovani donne quelques éléments de réponse. Avec trois équivalents temps plein, Mille et Une Films devrait réaliser cette année un chiffre d'affaires de 800.000 euros. «Mais c'est une année exceptionnelle», prévient le dirigeant. Côté marge, dans le métier, elles sont relativement faibles. De l'ordre de 5%. «Et des budgets toujours tendus», insiste Gilles Padovani. Si la filière cinéma et documentaires ne pèse pas grand-chose à l'échelle régionale, il faut toutefois préciser qu'elle génère des retombées économiques non négligeables. Également en terme d'emplois, avec les intermittents du spectacle.
Retombées économiques
Catherine Delalande, responsable de l'association Accueil des Tournages en Bretagne, un service de la Région, cite l'exemple d'un tournage qui s'est tenu en 2010 dans le Finistère. Les 72 jours de tournage ont ainsi généré 900.000 euros de retombées: «210.000 euros pour l'hébergement (hôtel, location maison et appartement à Quimper); 120.000 euros de dépenses pour les équipes et les comédiens; 250.000euros pour la location de décors, véhicules et matériel; et 350.000 euros pour les techniciens et les figurants», liste la professionnelle. Et de rappeler qu'en 2010, 77 films ont été tournés en Bretagne.
filière Tournage d'un long-métrage, explosion des films d'animation, implantation d'acteurs de poids dans la postproduction.
Le cinéma breton veut peser dans l'économie régionale.