Chefs d'entreprise : Si j'étais président...

Chefs d'entreprise : Si j'étais président...

Pragmatiques, idéalistes, parfois provocateurs... les patrons girondins nous confient, à quelques semaines de la présidentielle, les mesures qu'ils prendraient s'ils étaient au pouvoir. Leurs idées trahissent surtout les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien.

Jean-Baptiste Bourotte,Vignobles Bourotte(Libourne)

Se battre contre les droits de douane
«Les produits français sont de plus en plus taxés par des droits d'importation. Le Mercosur a décidé de faire passer ses droits de douane de 27 à 57% pour le vin. La réponse n'est pas de monter notre niveau de protectionnisme, car cela pourrait entraîner l'économie mondiale dans une spirale de protectionnisme. Nous n'allons pas tous nous barricader! Il faut que la France soit plus active pour faire baisser les droits de douane des autres pays. Il ne faut pas hésiter à taper du poing sur la table. Certains y parviennent: l'Afrique du Sud et l'Australie viennent d'obtenir une baisse de leurs droits de douane en Chine. Pourquoi la France n'y arrive pas?»

Lutter contre l'Euro fort
«L'Europe doit cesser de s'arc-bouter sur l'Euro fort. Ma société réalise plus de 55% de son activité à l'export, et elle est largement pénalisée par notre monnaie. Notre politique monétaire européenne doit quitter le dogmatisme pour le pragmatisme»

Un discours positif sur le vin
La filière viticole est un business gagnant à l'export, une attraction touristique et une partie du patrimoine culturel français. Il faut donc défendre nos couleurs, en France comme à l'étranger, et éviter de ne projeter qu'une image "problème de santé publique" sur le vin.

Philippe Dizier, Le Bélier (Vérac)

Assurer notre indépendance énergétique «La France a besoin d'une politique énergétique plus forte. Les prix actuels du baril plombent notre balance commerciale. Et la pénurie de pétrole sera un problème majeur dans 30 ou 40 ans. Il s'agit donc d'un enjeu majeur à moyen et long terme. Tous les moyens de production qui ne sont pas liés au pétrole et au charbon doivent être étudiés et développés: nucléaire, biomasse, hydrolien, hydroélectrique... Et même le gaz de schiste. Il faut traiter ces sujets sans évacuer les problèmes de sécurité, mais en ayant bien à l'esprit que dans 50 ans les ressources fossiles disponibles ne seront situées qu'en Chine, Australie, États-Unis et Russie. Comment ferons-nous le poids face à ces géants?

Alléger le coût du travail

Le vecteur principal de la création d'emploi est le soulagement du coût du travail. On entend souvent que la France doit se focaliser sur le "premium", le haut de gamme. Mais pour que les entreprises françaises fassent du "premium", il leur faut investir et faire de la Recherche & Développement. Et pour cela il faut une situation économique favorable. Surtout, ne croyons pas que seules les entreprises exportatrices souffrent de problèmes de compétitivité. Les entreprises locales ou nationales sont elles aussi confrontées à des entreprises qui importent.

AGNÈS PASSAULT,AQUITEM(LE BOUSCAT)



Revaloriser le travail et l'esprit d'entrepreunariat auprès des jeunes
«Je trouve que notre société dévalorise trop le travail, le voit trop souvent comme une contrainte, une obligation, comme une source de mal-être. Or le travail doit être vu comme un épanouissement. Les médias parlent trop souvent du travail sous un aspect négatif. Il ne s'agit pas de faire une loi à ce sujet bien sûr mais je pense qu'il faudrait mieux communiquer auprès des jeunes sur la valeur travail.


Établir plus de relations entre le monde de l'entreprise et l'enseignement
«Cela rejoint ce que je disais précédemment. Revaloriser le
travail et l'esprit d'entreprendre cela passe par l'éducation. Il faudrait établir des échanges entre les jeunes et le monde de l'entreprise avant le post-bac, que les jeunes puissent avoir des interlocuteurs qui leur parlent de l'entreprise au lycée par exemple. Tous les
enseignants devraient faire un
stage un mois par an dans une entreprise. Ils pourraient ainsi voir ce qu'est le monde de l'entreprise et aussi donner des exemples d'application de leur matière à un métier.»

CHRISTIAN BAULME, BRICORELAIS(BORDEAUX)



Dégraisser le train de vie de l'État, des collectivités locales et des politiques
et interdire le cumul des mandats. «Il y a trop de strates administratives en France. Je suis pour la suppression des communes et des départements. Ainsi nous pourrions faire des économie
s. Nous ne sommes pas assez rigoureux avec l'argent public. Avant de demander aux gens de se serrer la ceinture, l'État devrait être exemplaire et faire de même. J'interdirai aussi le cumul des mandats et diminuerais le train de vie des politiques.»


Redéfinir le sens
de l'expression "Éducation nationale" «Il faudrait revenir à une éducation plus citoyenne. Aujourd'hui les gens disent: "j'ai le droit avant je dois". Être citoyen c'est avoir des devoirs et parce qu'on respecte les règles, on peut prétendre à des droits. Il faudrait une loi qui réintroduise des cours de droit et d'éducation civique pour inculquer aux gens un comportement civique et citoyen.»

LaurentBourgitteau-Guiard,Snapp'(Pessac)



Restaurer les avantages de la jeune entreprise innovante
«Avec le statut de jeune entreprise innovante (JEI), il était possible de diminuer le niveau de ses charges grâce aux dépenses liées à la R & D. Hélas, la réforme intervenue en 2011 rend le statut beaucoup moins intéressant. Mettre l'accélérateur sur les JEI apportait une aide précieuse pour les jeunes PME qui embauchent et se développent»


Lutter contre la ségrégation technologique
«L'accès au haut-débit est devenu indispensable pour monter son entreprise. Il faudrait donc garantir une égalité d'accès aux nouvelles technologies. Beaucoup trop de villages ne bénéficient pas des mêmes services que les grandes villes».

Isabelle Fauvet,IF Coaching(St-Médard-en-Jalles)



Assouplir le Code du travail
«Dans les PME, nous connaissons bien nos salariés. Par ailleurs, en ce qui me concerne, je privilégie les CDI aux CDD. Bref, on ne crée pas une entreprise pour virer ses collaborateurs! Pourtant, nous devenons très prudents dans nos embauches à cause de la rigueur du Code du travail. Une baisse d'activité ou un mauvais recrutement peuvent déstabiliser une PME, qui aura peu de recours pour faire face. La crainte des prud'hommes est devenue un véritable frein à l'embauche. Il faudrait mettre un peu de souplesse dans le système».


Mieux orienter les jeunes
«Les jeunes qui sortent des études ne sont pas assez formés en fonction des besoins du marché du travail. Il faudrait plus valoriser la filière professionnelle et instaurer un véritable dialogue entre le monde de l'entreprise, d'une part, et l'école et l'université d'autre part. On entend encore trop souvent des entrepreneurs qui se plaignent de
ne pas trouver de main-d'oeuvre».