Désormais tout le monde le sait, le reportage mettant en scène un agriculteur morbihannais taguant des QR Codes sur ses vaches pour vendre ses produits laitiers était faux. Vue plus de 36.000 fois, la vidéo a été relayée par de nombreux médias depuis fin novembre. «La vraie histoire, c'est que tout est faux, mais tout est possible», explique Laurent Sanchez. L'homme par qui le buzz est arrivé.
Des vaches taguées
Administrateur du blog QR Dress Code et par ailleurs directeur général du groupe Méaban à Vannes, Laurent Sanchez est un vrai "geek". Adepte des flash codes, codes 2D et autres codes barres qui s'immiscent dans la vie quotidienne. Il a réuni autour de lui une véritable équipe professionnelle dans le but de goûter à l'expérience inédite du buzz internet. Le scénario est plausible. L'histoire d'un agriculteur morbihannais qui tague des QR Codes géants sur le flanc de ses vaches pour promouvoir ses fromages, crèmes fraîches et autres produits laitiers. Des badauds scannent ensuite les codes avec leurs téléphones portables, accèdent à un jeu par lequel ils peuvent gagner un t-shirt floqué d'un QR Code et vont retirer leur bien dans la boutique en vente directe de l'exploitation. Ce regard sur une agriculture moderne et décomplexée séduit. Depuis, deux agriculteurs ont affirmé leur volonté de tromper l'imposture en intégrant réellement les QR Codes dans leurs outils de communication.
Des complices
Laurent Sanchez n'a pas commis son méfait tout seul. Il était entouré de complices. Bénédicte Lanfrey, experte en marketing, a créé la marque Marie Ben et vient de lancer MyQreation, site de vente en ligne du fameux t-shirt à l'effigie d'un QR Code personnalisable. Sophie Bégot, directrice de la communication de la Chambre d'agriculture, a su convaincre deux agriculteurs de prêter leurs vaches. Geekette, la mascotte, est elle-même tirée de livres pour enfants qu'elle édite. Et Pascal Goyet, gérant de Plurielle Communication à Lorient, était aux manettes du tournage et du montage de ce faux reportage estampillé An Oriant TV.
LCI, Rue 89, Europe 1
Un faux reportage visiblement plus vrai que nature puisqu'il a été repris par l'ensemble des médias nationaux et internationaux dès sa diffusion sur Youtube, Facebook et Twitter. Un blog anglais, Presse Citron (blog de référence en matière de technologies) puis LCI, Rue 89 et Europe1. Le reportage est vu plus de 25.000 fois en cinq jours. Et là, premier doute. Le journal Sud-Ouest reconnaît l'agriculteur: Gildas Puget est en réalité acteur professionnel au sein de la troupe Quality Street. «On a négocié avec eux un embargo pour que le buzz puisse continuer», note Bénédicte Lanfrey. Gaëlle Stevant, attachée de presse et figurante de cette mise en scène, pousse l'information auprès de ses contacts médias. Beaucoup tombent dans le panneau. France Inter, RTL, Le Télégramme et Ouest-France, eux, s'interrogent avant de publier quoi que ce soit. «Le deal était de leur donner la primeur de la révélation s'ils acceptaient l'embargo», poursuit Bénédicte Lanfrey. «Ils ont trouvé génial ce flirt entre le possible et l'improbable et encore plus excitant que Rue 89 soit tombé dedans!». «Dès le départ, le but était de faire du buzz», ajoute Pascal Goyet, complété par Laurent Sanchez : «Si on atteint 100.000 vues, ce sera viral».
reportage viral En associant leurs compétences en audiovisuel, communication, marketing et technologie, Pascal, Sophie, Bénédicte et Laurent ont créé le buzz.