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l y a s
ix ans, Bull à Angers suscitait beaucoup d'interrogations, en raison de difficultés financières. Où en est le site aujourd'hui?
Angers est devenu un site très fort pour nous. L'état d'esprit des collaborateurs y est très bon avec une vraie fierté de leur production. Il faut quand même remarquer que les équipes angevines viennent de battre deux records du monde: le premier est celui d'avoir réussi à construire simultanément, en 8 mois, Curie et Helios, deux machines pétaflops (NDLR: millions de milliards d'opération à la seconde), les 4e et 6e plus puissantes au monde. Le second exploit, c'est d'être le premier fabricant à avoir trois machines en service, deux en France et une au Japon. À chaque fois qu'on parle d'Angers dans le groupe, c'est plutôt comme un fer de lance. C'est un retournement de l'histoire...
Justement, quel avenir se dessine désormais pour ce site, seul centre de fabrication de Bull en France?
Quand je suis arrivé en 2010 (NDLR: Philippe Vannier est depuis 2004 président du directoire de la holding Crescendo Industries, principal actionnaire de Bull, et P-dg de Bull depuis mai2010), on m'a demandé si j'allais fermer l'usine voire même arrêter l'activité supercalculateurs lancée en 2004. J'ai dit: "Surtout pas!" Aujourd'hui, on a bien l'intention d'aller chercher des commandes sur ce marché des supercalculateurs. Il y a un bel avenir, même si c'est un marché très dur, avec des aides étatiques en Asie et aux États-Unis qui peuvent frôler le milliard de dollars (800M€), des montants dont nous ne disposons pas en Europe.
Qu'attendez-vous de l'activité supercalculateurs qui représente seulement 15% du chiffre d'affaires?
C'est très important pour nous au-delà de la rentabilité des affaires. Nous sommes lancés dans une course à la technologie et à la puissance qui nécessite beaucoup d'investissements en recherche et développement. Curie, installée au Genci à Toulouse, c'est emblématique. Idem pour Helios au Japon, un supercalculateur de 2 pétaflops, sur les terres du numéro1 Fujitsu. Ce n'est pas rien! On engage 60M€ d'investissement en R & D sur 2012. On déploie de gros efforts sur une activité qui représente pour nous 200M€ de CA sur 1,3milliard de CA total en 2011. Il est évident que la production de supercalculateurs ne remplacera pas l'activité dominante de Bull qui est l'infrastructure informatique et les applications liées au cloud computing. Mais ça conforte l'image de spécialiste de grosses infrastructures de calculs. Avec notre filiale Amesys, spécialisée dans la sécurité, on devient un acteur fort des systèmes critiques numériques. En ce sens, le contrat jusqu'en 2016 avec Eurocontrol, la plateforme de gestion du trafic aérien européen, est emblématique.
Fin février vous avez annoncé vos résultats avec un chiffre d'affaires en progression de 4,6% à 1,3 Md d'euros et un bénéfice opérationnel (EBIT) en hausse de 23% à 43,7M€ Quelle analyse en tirez-v
ous?
On est dans l'exécution du plan Bullway 2013 au travers duquel on affirme vouloir progresser 50% plus vite que le marché et doubler notre EBIT pour arriver entre 50 et 60M€. 2012 est une année particulière avec notamment les élections présidentielles en France. Néanmoins, on confirme nos objectifs de moyen terme et on vient de réaliser un mois de janvier record sur les dix dernières années (NDLR: Bull, entreprise cotée, ne communique pas ses chiffres mensuels). Les systèmes critiques sont des marchés exigeants mais porteurs. Même en période de crise, on a eu des fortes commandes, au Royaume-Uni notamment. C'est le gros avantage des technologies de l'information: on apporte des solutions de productivité au client. Nous avons une véritable offre de différenciation.
Vous avez malgré tout enregistré des pertes de 16,5M€.
C'est un mécanisme exceptionnel qui ne reflète pas l'exploitation de la société. Il n'y a pas eu de sortie de cash puisque pour un peu moins de la moitié, c'est lié à des modifications de règles fiscales. L'autre explication provient du marché de la défense où les décisions sont devenues plus longues. On a freiné nos ambitions sur ce marché.
Bull
(Angers) P-dg: Philippe Vannier 1,3, Md € de CA 8.600 employés (230 à Angers) Contact: 02 41 73 70 00