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ue pensez-vous du projet de Nyse Euronext de créer cette année la «Bourse de l'entreprise», en regroupant au sein d'une filiale les valeurs moyennes des compartiments B et C d'Euronext et d'Alternext?
C'est un bon début. Cette filiale ne va s'occuper que des capitalisations inférieures à un milliard d'euros, un segment que Nyse Euronext avait tendance à délaisser, car moins rentable que celui des entreprises du Cac 40. On peut donc s'attendre à ce que ce dispositif favorise l'accès au marché des PME et des ETI qui ont besoin d'être attirées et préparées par des gens ayant des compétences small et mid caps. À Nantes, comme ailleurs en région, nous sommes prêts à relever les manches et à accompagner ce renouvellement du marché.
Ce dispositif va-t-il vraiment pousser les PME vers la Bourse? Les moyens annoncés par Nyse Euronext - 18millions d'euros - ne semblent pas très importants par rapport aux objectifs fixés...
C'est vrai que Nyse Euronext ne met pas sur la table des moyens déments. La Bourse de l'entreprise devrait en effet disposer de 15% de moyens supplémentaires, et elle devra faire trois fois mieux. On crée un empaquetage marketing, mais il est important dans un pays où seules 1% des PME se financent en Bourse. Ce qu'on espère aussi, c'est que les moyens de Nyse Euronext seront vraiment mis au service des régions. 70% des PME qui sont en Bourse sont aujourd'hui originaires d'Ile de France, alors que plus de 70% du PIB est réalisé dans les régions. Après, ce qu'il ne faut pas non plus oublier, c'est que ce projet n'est pas le seul point capital car, pour que la Bourse fonctionne, il faut aussi des investisseurs. On s'apprête à refaire le moteur; il faut aussi penser à mettre du carburant.
Et comment sentez-vous le marché du côté des investisseurs?
La société de Bourse Portzamparc a lancé «Puissance PME», une formule d'investissement dédiée aux small et mid caps. Cela marche moyennement... Le drame actuel, c'est que l'épargne sans risque est mieux traitée que l'épargne à risque. Il faut arrêter cette réglementation trop favorable au Livret A. On marche sur la tête! Niveau fiscalité, les pouvoirs publics matraquent à coup de hache les plus values. C'est aberrant! Aujourd'hui, pour payer moins d'impôts, des gens préfèrent acheter des tableaux plutôt que d'investir dans l'économie...
Que proposeriez-vous pour raviver l'intérêt des investisseurs pour la Bourse?
Les places financières régionales et l'Amafi (NDLR: l'association française des marchés financiers) défendent la notion d'un «PEA PME». L'idée serait que l'investisseur puisse investir jusqu'à 180.000euros dans la Bourse de l'entreprise, en bénéficiant des mêmes avantages que ceux d'un plan d'épargne en actions. En compensation, l'État n'a qu'à baisser le taux du Livret A! Il faut vraiment qu'il crée un élan car, aujourd'hui, les signaux sont mauvais pour les investisseurs. Et le problème, c'est que les PME vont avoir demain du mal à se financer.
Vous faîtes référence aux nouvelles réglementations bancaires?
Oui. On estime que, si les accords de Bâle 3 s'appliquent dans les conditions actuelles, 150milliards d'euros seraient fragilisés à trois ans. Cela engendrerait 15% de financements en moins pour les entreprises. Les PME vont donc devoir se financer en Bourse de façon incontournable. Dans l'Ouest, une cinquantaine d'entre elles aurait la taille et les caractéristiques pour être candidates.
Pour Philippe de Portzamparc, président de Portzamparc, le projet de «Bourse de l'entreprise» porté par Nyse Euronext est «un bon début». Mais ne règle pas tout.