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Alain Bessaudou quitte la direction d'un grand groupe pour le homard
Loire-Atlantique # Agroalimentaire

Alain Bessaudou quitte la direction d'un grand groupe pour le homard

C'est à Noël qu'il réalise son chiffre de l'année. Lui qui exportait avant des tubes pour l'industrie pétrolière vend désormais des tonnes de crustacés. Histoire de la reconversion d'Alain Bessaudou, ancien directeur d'un grand groupe, devenu patron d'une TPE de vente de crustacés.

Y aura-t-il du homard et des langoustines à Noël ? Et à quel prix ? Alain Bessaudou aimerait bien, lui aussi, avoir la réponse. Ce patron d'une TPE d'import de crustacés installée à Saint-Herblain devra pourtant attendre jusqu'au 23 décembre à 7 h du matin et le retour de ses pêcheurs écossais pour avoir une idée de l'arrivage et du prix. « C'est très stressant », confie celui qui se dit extrêmement impatient. « Il va falloir prier pour qu'il n'y ait pas de tempêtes en Ecosse, ni de grève en France, voire même de neige sur les routes. » Noël, c'est la période de l'année où le patron de France Fish réalise un cinquième de son chiffre d'affaires. « Pendant 10 jours, les poissonniers, les chefs de rayon des magasins m'appellent non-stop. Alors que d'habitude, c'est plutôt moi qui appelle. Certains me commandent jusqu'à 80 kg de homard. Mais, jusqu'au dernier moment, je ne peux rien leur garantir », raconte Alain Bessaudou. Il va donc surveiller de très près la météo du côté de Glasgow où quatre pêcheurs travaillent pour lui sur des petits catamarans. Il sait qu'ils feront tout pour lui rapporter du poisson « Il faut vraiment que ce soit une grosse tempête pour qu'ils ne sortent pas. Pour eux, à 60 km/h, il n'y a pas de vent », insiste, impressionné, le patron nantais qui va pêcher avec eux une fois par an.

60 tonnes de langoustines

S'il leur fait autant confiance, c'est parce qu'il ne voit quasiment jamais le poisson. Les homards, langoustines et tourteaux vivants partent directement chez des grands chefs de Saint-Tropez, Cannes, Paris ou encore dans les poissonneries de Talensac, voire dans les rayons des magasins professionnels. Chaque année, France Fish distribue 61 tonnes de langoustines, 26 tonnes de tourteaux, 12 tonnes de homard, 20 tonnes de saumon sauvage, dix tonnes de turbots et trois tonnes de grenouille. Ses 90 clients ont une seule exigence : que les homards et langoustines arrivent vivants. Pour cela, les pêcheurs écossais ont bien pris soin de placer chaque homard pêché au casier dans un tube afin qu'il ne blesse pas les autres avec ses pinces. Les plus petits sont rejetés à la mer. Rien à voir avec la pêche aux homards pratiquée en France, où ce sont des chaluts qui remontent les crustacés, sans trier les petits et les gros, et sans leur épargner ensuite le panier de crabes.

Une reconversion à 55 ans

Alain Bessaudou a appris ces techniques de pêche il y a sept ans, quand il a racheté France Fish. Rien ne prédisposait cet ancien dirigeant d'un site de multinationale qui exportait des tubes aux industries gazières et pétrolières, à vendre des langoustines. À 55 ans, après avoir déménagé 24 fois de l'Iran au Brésil, en passant par la Yougoslavie, Alain Bessaudou avait un peu le cafard à Dunkerque où il avait été muté depuis trois ans. Ça, et un désaccord éthique avec ses nouveaux actionnaires le décident à tout plaquer pour monter sa boîte, à Nantes. En 2009, il rachète, après avoir vu une annonce Adexa, une centrale d'achat pour industriels africains. La paperasse n'est pas un problème pour celui qui est passé, en tant que salarié, par tous les postes, de commercial à contrôleur de gestion.

« Les banquiers ont eu peur, pas moi ! »

Depuis son bureau de Saint-Herblain, avec ses trois salariés, Alain Bessaudou rend l'affaire rentable. Mais un an plus tard, alors qu'il aurait pu commencer à profiter de sa préretraite, le P-dg décide de racheter une autre entreprise. Sans idée précise, il consulte régulièrement les annonces. Quand une connaissance lui propose de racheter France Fish, il n'hésite pas longtemps. « Intellectuellement, ça m'a plu. Les banquiers ont eu peur, mais pas moi ! C'était de l'export à l'international, où j'ai fait toute ma carrière. Et puis vendre du poisson ou des tubes, c'est avant tout du service, de l'écoute des clients », observe le patron de deux TPE. Aujourd'hui Alain Bessaudou exporte aussi 800 kg d'huîtres de Bouin jusqu'aux hôtels 5 étoiles de Bangkok, des turbots sauvages à Singapour, Dubaï ou encore Toronto. 40 % de son chiffre d'affaires est réalisé à l'étranger. Il n'a pas vraiment d'idée de celui-ci puisque tout ce décidera en cette période de Noël. L'an dernier, il était de 2,6 millions d'euros.

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