Agronutrition : Terreau fertile pour l'innovation
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Agronutrition : Terreau fertile pour l'innovation

Dire qu'il y a eu un avant et un après AZF sonne comme une évidence. Mais pour Agronutrition, il a fallu se battre pour qu'un futur existe et trouver de nouveaux leviers pour rentabiliser l'activité de fabrication de compléments nutritionnels pour végétaux. Aline Gandy

Cédric Cabanes n'a ni gêne ni peine à l'admettre: sans la catastrophe d'AZF, le développement durable - fil rouge de la stratégie d'Agronutrition depuis la fin des années 90 - serait peut-être resté un bel argument de marketing. Mais le 21septembre 2001 a irréversiblement changé cette entreprise, ses salariés, son management, son positionnement. Telle une leçon de l'histoire, le dirigeant insiste quant à l'importance de maîtriser l'impact de son activité sur l'environnement. Et quand on sait à quel point Agronutrition a payé les erreurs et les négligences d'autres industriels, la «leçon» prend un goût de pacifique revanche... Ce vendredi 21septembre 2001, Cédric Cabanes prépare le lancement de la prochaine campagne commerciale d'Agronutrition. Il a pour cela réuni les deux tiers de ses troupes en séminaire à Banyuls, les préservant sans le savoir du drame qui va bientôt se jouer sur leur lieu de travail. Ancien Département Oligo-Fertilisants de la Société Commerciale des Potasses d'Alsace (SCPA), filialisée depuis le 1erjanvier 2000, la société est en effet installée dans l'ancienne cantine de l'usine Onia. «L'explosion a eu lieu dans un hangar situé à 250 mètres de nos locaux, les détruisant entièrement et blessant nos dix salariés restés sur place, dont un grièvement», résume Cédric Cabanes. Devant l'étendue des dégâts, la société-mère SCPA demande au directeur de réunir tout son personnel le lundi suivant et de lui annoncer la cessation définitive de l'activité. Elle est loin d'imaginer la détermination dont va faire preuve cette poignée d'irréductibles pour relancer la production...




L'entreprise rachetée par ses salariés en 2004

Huit ans après, force est de constater que celle-ci a porté ses fruits. Implantée sur le parc d'activités environnemental Activestre de Carbonne depuis mars2003, Agronutrition a retrouvé sa rentabilité en 2006. Elle a également changé de gouvernance, conformément au souhait de la SCPA de privatiser les diverses activités qui, au fil des années, étaient venues se greffer autour de son métier historique: l'exploitation des mines de potasse, en Alsace. Ne pouvant se résoudre à licencier des salariés, comme le prévoyaient toutes les offres de reprise arrivées sur son bureau, Cédric Cabanes a conduit, mi-2004, une opération de rachat d'entreprise par ses salariés (RES), avec l'appui du groupe agenais De Sangosse. «En plus d'entrer au capital, De Sangosse s'est porté caution de nos emprunts bancaires, souligne Cédric Cabanes, devenu président d'Agronutrition. Cette confiance n'allait pas de soi à une époque où nous faisions 4,5 M€ de chiffre d'affaires et perdions 600.000€ par an... » Au 31 août 2009, Agronutrition a clôturé son exercice avec 423.000€ de résultat pour un CA de 16,4 M€.




8% du chiffre d'affaires consacré à la R & D

Pour son président, cet équilibre retrouvé marque surtout la réussite d'une entreprise conduite «par les hommes, pour les hommes et inscrite dans le développement durable.» Certes, la chimie reste au coeur de son activité de conception, fabrication et commercialisation de compléments nutritionnels pour les plantes. Mais Agronutrition travaille depuis plusieurs années à l'élaboration de nouvelles solutions pour ses clients directs - les coopératives et négoces agricoles - qui distribuent ses produits auprès des agriculteurs. «Difficile de supprimer entièrement l'utilisation d'engrais chimiques classiques, juge Cédric Cabanes. Nos efforts visent plutôt à la réduire.» Ou comment améliorer le rendement des productions végétales, tout en minimisant l'empreinte de l'agriculture sur l'environnement. Un défi majeur qu'Agronutrition veut participer à relever. En 2008, ses dépenses de R & D ont représenté 8% de son chiffre d'affaires.

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