Bas-Rhin

Industrie

Würth France investit 60 millions d'euros pour renforcer sa logistique

Par Charlotte Stiévenard, le 27 avril 2021

Le groupe allemand d'outillage et de quincaillerie professionnelle pour le bâtiment Würth investit 60 millions d’euros dans la modernisation et l’agrandissement de sa plateforme logistique d’Erstein, dans le Bas-Rhin. Il vise 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2026, dont un milliard réalisé par la filiale française.

À Erstein, Würth France construit trois nouveaux bâtiments qui vont permettre de renforcer sa logistique d'ici à 2024.
À Erstein, Würth France construit trois nouveaux bâtiments qui vont permettre de renforcer sa logistique d'ici à 2024. — Photo : Würth

Würth France n’avait pas connu pareil investissement depuis sa création en 1967. 60 millions d’euros vont lui permettre de moderniser et d’agrandir sa plateforme logistique d’Erstein, dans le Bas-Rhin où se trouve son siège. "Nous sommes la première filiale étrangère de Würth", rappelle Claude Kopff, président du directoire de Würth France. Le groupe allemand (CA 2020 : 14,7 milliards, 79 000 collaborateurs) est spécialisé dans le matériel et l’outillage pour les professionnels du bâtiment.

En 2020, sa filiale commerciale française a réalisé 596 millions d’euros de chiffre d’affaires (-3,5 % par rapport à 2019) pour 4 000 collaborateurs répartis, notamment, entre ses plateformes logistiques d’Erstein dans le Bas-Rhin et de Montélimar dans la Drôme, mais aussi ses 170 points de vente en propre. La production est assurée par le groupe en Allemagne, en Autriche, en Suisse mais aussi en Asie.

Un bâtiment hautement automatisé

Avec cet investissement, le site d’Erstein, dont l’empreinte au sol actuelle est de 34 000 m², passera à 40 000 m². Le début des travaux est prévu en 2022 pour une mise en service courant 2024. "Ce qui va véritablement changer, c’est la partie préparation des colis", décrit Claude Kopff.

Trois nouveaux bâtiments seront construits. Un bâtiment fonctionnel, d’une surface de plancher d’environ 5 000 m² sur cinq niveaux, sera équipé de formeuses à cartons ainsi que d’une vingtaine de stations de préparation des commandes. Un deuxième bâtiment, d’environ 5 600 m² de surface de plancher, deviendra le nouvel emplacement du service expédition avec douze nouveaux quais, une palettisation automatique et des chapeauteuses pour fermer les colis avant envoi.

Enfin, Würth France va se doter d’un "shuttle", un entrepôt d’une surface de 1 800 m² et équipé d’une capacité de 120 000 bacs. Il permettra le stockage temporaire des colis. Si une commande comporte plusieurs colis, ceux qui sont déjà prêts attendront les autres dans ce bâtiment. Les différentes stations de préparation des commandes seront ensuite alimentées grâce à des navettes. "C’est un système de convoyage et de gare de tri hautement automatisés, avec beaucoup d’informatique, des robots. Mais ce qui fait sa particularité, c’est son système de protection anti-incendie", appuie le dirigeant de Würth France.

L’hypoxie contre les incendies

Jusqu’ici, la plateforme logistique était équipée d’un système de sprinklage, une installation fixe d’extinction automatique à eau qui fonctionne en cas de chaleur excessive. "Le désavantage, c’est qu’il faut qu’il y ait un feu pour qu’il se déclenche, et quand l’arrosage se met en route, les produits peuvent être détériorés, expose Sébastien Bach, le chef de projet logistique. Le shuttle sera équipé d’un système de stockage sous hypoxie. Normalement, le taux d’oxygène dans l’air est de 21 %. Il va être abaissé entre 13 et 14 %. Dans ces conditions, aucun feu ne peut se déclarer."

Des recrutements sont prévus pour Erstein, "en fonction de la croissance du chiffre d’affaires de l’entreprise", indique Claude Kopff, le président du directoire, sans s’avancer sur un nombre.

Une refonte globale de la logistique

A ces investissements de 60 millions d'euros en Alsace, pourrait s'ajouter l'extension du site de Montélimar, dans la Drôme, où se situe l'autre plateforme logistique du groupe dans l'Hexagone. Sous réserve d'acceptation par les actionnaires, le site devrait être agrandi de 16 000 à 21 000 m² d'empreinte au sol, mais sans un programme de modernisation aussi développé qu'à Erstein. "La logistique sur notre site drômois a quinze ans de moins que celle de notre siège du Bas-Rhin", estime Claude Kopff. Selon lui, "à Montélimar, c’est surtout une question de place. Nous ne pouvons stocker que 16 000 références sur les 27 000 commercialisées par Würth France. Si la marchandise n’est pas disponible sur cette plateforme, elle est envoyée depuis Erstein. C’est problématique quand nous voulons livrer Biarritz par exemple. Depuis Erstein, il faut 10 à 12 heures, depuis Montélimar, le trajet est réduit de moitié."

Si la conjoncture se maintient, cette deuxième partie du projet Evolog sera présentée à la famille Würth, actionnaire majoritaire du groupe, entre juillet et septembre 2021. Si le projet est accepté, la construction devrait avoir lieu entre fin 2022 et début 2023. "Nous souhaiterions finir les travaux à Montélimar avant la mise en service à Erstein, afin de faciliter la transition", précise le dirigeant. Avec cet agrandissement du site drômois, Claude Kopff espère ainsi "réduire la pression sur Erstein", qui assure 70 % des livraisons à l’heure actuelle. L’objectif, à terme, est d’arriver à 55 % depuis Erstein et 45 % depuis Montélimar.

S’adapter à la stratégie commerciale du groupe

Cet investissement permet également d’appuyer la stratégie commerciale du groupe de quincaillerie industrielle en France. "Nous avons développé des points de contact ces dix dernières années, il faut bien les remplir", justifie Claude Kopff. En poste depuis 2016, le président du directoire a participé à l’accélération de la stratégie multicanal de Würth en France.

Würth compte aujourd’hui 170 Proxishops dans l’Hexagone (le groupe en compte 1 800), des magasins en propre qui permettent d’avoir un contact avec le client. Ils ont été lancés en 2008. Par ailleurs, la stratégie numérique a été renforcée avec quatre à cinq millions d’euros d’investissement par an depuis cinq ans. Sur cette période, l’équipe en charge de ce secteur est passée de 2 à 35 personnes. Enfin, le groupe, travaille sur le développement de sa relation avec les grands comptes. Certains de ses 2 300 conseillers commerciaux (30 000 au niveau du groupe) ont été appelés à se spécialiser sur les grands comptes, dont la part est passée de 13 % à 23 % du chiffre d’affaires en dix ans.

Cet investissement dans les plateformes logistiques de Würth en France s’inscrit également dans la stratégie globale du groupe. Alors que la famille Würth s’était fixée pour but d’atteindre 25 milliards de chiffre d’affaires en 2025 avant la crise du Covid, elle a repoussé son objectif d’un an et vise désormais 2026. À cette date, la filiale française devra atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Un palier que Würth pourra atteindre grâce à sa part de marché de 10 à 12 % dans l'Hexagone, plus solide que les 7 à 8 % de part de marché du groupe dans son ensemble en Europe.

À Erstein, Würth France construit trois nouveaux bâtiments qui vont permettre de renforcer sa logistique d'ici à 2024.
À Erstein, Würth France construit trois nouveaux bâtiments qui vont permettre de renforcer sa logistique d'ici à 2024. — Photo : Würth

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