Vannes - Le Poulfanc : Vers un no man's land
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Vannes - Le Poulfanc : Vers un no man's land

Le Poulfanc: zone sinistrée. Le terme est un peu fort mais à peine exagéré. Sur la commune de Séné, à l'Est de Vannes, le vide s'installe.Conséquence directe de la crise économique et d'un manque de volonté politique.

Un lifting des façades de la zone commerciale du Poulfanc s'est terminé il y a quelques jours. Une réponse à la charte Qualiparc mise en oeuvre dans ce secteur. Les travaux, qui ont perturbé encore un peu plus une économie déjà bien chahutée, suffiront-ils à sauver de la noyade la zone du Poulfanc? À l'Est de Vannes, le Poulfanc est au carrefour de plusieurs zones, industrielles, artisanales et commerciales: Le Prat, Saint-Léonard et Atlantheix. À l'origine, un homme est derrière la création de ce parc d'activités. Jean-Pierre Le Roch, créateur d'Intermarché, a réussi à convaincre la municipalité de Séné d'y implanter son enseigne à la fin des années 70. Des entreprises de transports déjà présentes à proximité ont joué en sa faveur. Si la zone devait alors accueillir des artisans, elle s'est finalement transformée en pôle commercial, faute de preneurs. Mais aujourd'hui, face à l'évolution commerciale galopante à l'Ouest de Vannes, la zone du Poulfanc fait figure d'enfant malade. Plus de 20 cellules commerciales sont des coquilles vides. Des centaines de mètres carrés d'entrepôts et de magasins, avec vue sur l'axe Vannes-Nantes, sur lesquels les panneaux ?A louer? ou ?A vendre? fleurissent. Finalement, la trop grande polyvalence de la zone est peut-être une des raisons de sa désaffection...




Deux Foire Fouille sinon rien

Côté Ouest de Vannes, les zones de Kerlann, Laroiseau et Parc Lann connaissent un essor commercial exponentiel. Laroiseau 1, Laroiseau 2, l'espace Copernic, Atlanparc et Atlanville font rougir Kerlann, la zone commerciale historique de Vannes, devenue aujourd'hui vieillissante. Peugeot et Décathlon ont choisi de déménager de ce côté-là de la ville, là où les terrains sont encore à bâtir. Lidl, Jouetland et Roche Bobois viennent d'ouvrir dans la nouvelle unité commerciale Copernic, face au centre Leclerc. D'ailleurs un nouveau magasin Electro-Dépôt de 1.800m² va bientôt les rejoindre. Même la Foire Fouille, locomotive de la zone du Poulfanc, doit ouvrir un second commerce à Parc Lann. Le maintien du magasin de la zone Est constitue une condition sine qua non sans laquelle le gérant n'aurait pas eu le sésame de la CDAC (commission départementale d'aménagement commercial). Et pourtant, à demi-mot, Muriel-Henri Péron reconnaît qu'il ne sait pas ce qu'il adviendra de l'enseigne de Séné. Propriétaire de quatre franchises la Foire Fouille, (Caudan, Séné, Auray depuis juin et bientôt Vannes, neuf millions d'euros de chiffre d'affaires, 40 collaborateurs), il aimerait pourtant devenir «une adresse incontournable à l'Ouest».




Conséquences directes de la crise économique

Ainsi, au Poulfanc le pôle commercial est en train de se vider. Depuis six mois, les magasins ferment les uns après les autres. Parmi les plus emblématiques et ceux qui pourraient ressembler aujourd'hui à des friches commerciales en attente d'acquéreurs: Troyes Diffusion, à l'abandon depuis plus d'un an, le restaurant asiatiquefermé après un an d'exploitation, l'Ameublier, Home Stock... Ces commerces subissent directement les conséquences de la crise économique. «Certains ont résisté un an de plus, mais après le second bilan, ils ont été obligés de baisser le rideau», commente Jean-Claude Chomet, directeur de La Grande Récré à Séné. D'après lui, «les magasins de meubles ont été les premiers touchés».




Zone mal dessinée, loyers trop élevés

Beaucoup reconnaissent que les rues d'Alsace, de Lorraine, d'Irlande et des Vosges ont été très mal dessinées, dès le départ, sans voie d'accès depuis Saint-Léonard. «Avec des petits bâtiments en tôles pas chers», observe Armel Mahé, ancien cadre de la Cecab investi dans des associations de consommateurs (CLAC). «On y a accueilli des commerçants aux compétences inégales», continue-t-il. Pour Marcel Carteau, membre du CLAC et ancien maire de Séné, l'autre problème majeur réside dans le prix des loyers des commerces. «Les prix sont tels que les commerçants préfèrent partir à la fin de leur bail. Voilà pourquoi il y a tant de turn over dans cette zone.S'ils avaient la possibilité d'acheter, ils n'hésiteraient pas». Pourtant, comparativement, il semblerait que les prix soient moins chers qu'à l'Ouest. Mais le volume d'activité y est incomparable. Une idée partagée par Muriel-Henri Péron pour qui le manque de réserve foncière est au coeur de la désertification commerciale du Poulfanc. «Aucune nouvelle locomotive n'a la capacité de venir s'installer à l'Est de Vannes», constate-t-il avec une pointe d'amertume. En cause: la proximité des marais, secteur protégé et une loi littoral trop contraignante. S'ajoute à cela, une mésentente politique qui n'est pas pour favoriser le développement d'une zone déjà sinistrée.

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