Longtemps considéré comme le pré carré de la mission publique, le développement touristique intéresse de près de nouveaux opérateurs privés. D'autant que la nouvelle législation en vigueur depuis 2009 facilite les démarches. Aujourd'hui, une simple immatriculation auprès d'Atout France - Agence de développement touristique de la France - suffit. Alors qu'auparavant hébergeurs, agences réceptives, autocaristes et offices de tourisme devaient négocier leurs licences, autorisations, habilitations ou agréments auprès des préfectures départementales.
Une entreprise qui dérange
En avril2010, une société commerciale a ainsi vu le jour dans le Morbihan: CDTO. Centre de développement touristique de l'Ouest. Son but? Vendre, via un portail internet qui sera lancé à la fin du mois des hébergements types gîtes et chambres d'hôtes auprès du grand public. Le CDTO ne s'en cache pas, il compte s'appuyer sur la collecte de données réalisées par les offices de tourisme et le comité départemental du tourisme - «avec qui nous sommes partenaires», soutient Martial Vautier, gérant. Commissionnée sur les ventes, la société ambitionne de réaliser 50.000euros de chiffre d'affaires par an. Un montant minoré selon certains spécialistes, qui estiment plutôt le marché autour de 500.000euros sur l'ensemble de la Bretagne. Région qui recense 6.000 gîtes et chambres d'hôtes.
Un système public en mutation
Oui mais voilà, la base de donnée utilisée par CDTO est issue d'organismes subventionnés par les collectivités. Et donc des contribuables. Un mariage arrangé public/privé qui n'est guère apprécié par les professionnels qui voient là «une concurrence directe sur un secteur marchand», selon l'un d'entre eux.
L'appui public au développement touristique ne serait-il pas en fin de course? Frédéric Paul, directeur de l'office de tourisme d'Arzon, reconnaît que «les offices de tourisme sont appelés à muter.Nous devons cesser de nous reposer sur les finances publiques, car c'est une manne qui diminue chaque année. Je suis convaincu que l'avenir des offices de tourisme passera par la privatisation totale». Si Frédéric Paul assume le caractère commercial des offices de tourisme, il ne tolère cependant pas la création d'une structure qui se repose entièrement sur le travail fourni par les organismes publics. C'est pourtant le modus operandi affiché par le CDTO. Entreprise créée au départ avec la participation au capital de la fédération départementale des offices de tourisme, dont Martial Vautier est président, «sans que nous ayons jamais été consultés», regrette Frédéric Paul. Finalement, «cette solution n'a pas été retenue», admet Martial Vautier. Or dans les statuts de démarrage, la fédération possédait plus de 44% du capital. Contrairement à ce que prétend aujourd'hui le gérant de CDTO, dans le premier tour de table se trouvait également Muriel Micoud, la femme du directeur du CDT du Morbihan, Jean-Jacques Micoud. Un mélange des genres dénoncé par les directeurs d'offices de tourisme d'Arzon et de Lorient auprès de Pierrick Nevannen, président du CDT et conseiller général. Muriel Micoud a finalement cédé ses parts.
Occuper le terrain
Constellation, le fournisseur technique du CDTO, également prestataire de solutions e-tourisme auprès du CDT, assure «ne pas jouer sur les deux tableaux: fournisseur technique et distributeur de produits touristiques», indique Gianni Ragona, directeur commercial. Pourtant, grâce à son réseau de plus de 900 offices de tourismes et comités départementaux clients en France, la société basée à Perpignan, présente à Rennes, qui dit réaliser 1,6million d'euros de chiffre d'affaires et employer 35 personnes, «pourrait très bien faire remonter les offres de la France entière». Et poursuivre ainsi son maillage territorial. Se positionnant en tant que leader incontesté de la vente en ligne de produits touristiques.
Développement touristique Adossé aux bases de données d'organismes publics subventionnés par les collectivités, un opérateur privé se lance dans la vente en ligne d'hébergements. Un mariage peu apprécié des professionnels du tourisme.