Stade toulousain : Business modèle

Stade toulousain : Business modèle

Alliant excellence sportive et entrepreneuriale, le Stade toulousain est un véritable modèle de réussite dans le monde du sport professionnel. Et ce, sans y perdre son âme... Aline Gandy et Omar Mahdi

Impitoyable, le sport professionnel sacrifie très souvent des gens aux compétences reconnues sur l'autel de la rentabilité immédiate. Tout, tout de suite, très vite... Intérêts économiques énormes, attentes du public: les raisons ne manquent pas pour justifier cet état de fait. Contre-exemple absolu, la réussite du Stade toulousain. La philosophie du rugby que ce club développe et maintient depuis plus de vingt ans pourrait à elle seule expliquer les succès sur le pré, succès dont découle presque logiquement le virage réussi vers le professionnalisme, longtemps un gros mot dans le monde de l'ovale! On pourrait aussi invoquer les noms glorieux de ceux qui ont porté les couleurs toulousaines, soit un véritable Panthéon du rugby: de Villepreux à Médard, en passant par Rives, Skrela, les frères Portolan, Charvet, N'tamack, Castaignède, Labit, Pelous, Michalak, excusez du peu ! Mais ces explications n'en resteraient pas moins incomplètes. Le Stade toulousain, c'est avant tout des hommes. Et des trajectoires atypiques dans une société à laquelle on reproche souvent d'user les individus comme on le ferait de simples outils et de les jeter une fois obsolètes.




Homme du sérail

Au Stade, le président Bouscatel est en poste depuis 1992. Une éternité. À la barre, résistant aux crises (assez rares) et aux «promesses» de déclin annoncé par des concurrents finalement moins jaloux qu'admiratifs. Son alter ego sur le terrain, Guy Novès, est à la tête des Rouge et Noir depuis 1989. Homme du sérail puisqu'il y fut joueur - et, déjà, vainqueur de deux titres de champion de France en1985 et1986 -, sa longévité démontre surtout qu'à l'instar des grandes entreprises, le Stade toulousain base sa réussite sur la confiance qu'il accorde aux personnes en qui il croit- et auxquelles il permet de s'épanouir et de progresser en son sein- et que cette confiance n'est pas de celles qui s'émoussent au premier orage. Et Dieu sait que la personnalité de Guy Novès est tout sauf consensuelle! Volontiers ombrageux et intransigeant, le technicien l'est avant tout avec lui-même. Jamais véritablement satisfait malgré un palmarès incomparable (8 championnats sur les 17 que totalise le club, 3 titres européens) et un effectif qui ne l'est pas moins, sa quête de l'excellence peut paraître un brin extravagante au vu des résultats obtenus. Il est vrai qu'à Toulouse, une saison comme en 2004 où le club échoue en finale européenne et n'est «que» demi-finaliste du championnat de France est considérée comme une mauvaise année!




S'appuyer sur l'existant

Mais c'est justement cet amour inconditionnel de la ville et de ses supporters pour leur club, cette volonté de le voir au sommet partout et tout le temps qui poussent ses responsables, à tous les niveaux à «ne rien lâcher» pour reprendre une terminologie sportive à la mode! Là où d'autres clubs s'impatienteraient et remettraient tout en question, imitant en cela les dérives les plus déplorables du football professionnel, le Stade s'appuie sur l'existant, procède à des ajustements nécessaires (comme par exemple l'amélioration constante du stade Ernest-Wallon et des infrastructures attenantes depuis le début des années 2000) mais ne bouleverse jamais rien de fond en comble. Il en résulte des presque paradoxes qui expliquent pourtant tout: être titulaire au Stade est difficile, même pour des stars internationales (on citera les frères Maka, Gareth Thomas et, bien sûr, Byron Kelleher), mais toutes veulent y jouer et mettent leur ego de côté quand elles sont sur le banc! Le club a tout gagné mais vit chaque saison comme un promu qui découvre le haut niveau et veut prouver qu'il existe! La sérénité glanée sur le pré nourrit le développement de l'entreprise Stade toulousain. L'assise économique rassure, pérennise des idées et les hommes qui les font vivre. De cette assurance naissent de nouvelles victoires. Un mouvement perpétuel, en somme. À l'image de vagues de trois-quarts Rouge et Noir déferlant sur l'adversaire...