Quand certains dirigeants chaussent leurs baskets pour décompresser, c’est plutôt derrière sa batterie que se glisse Nicolas Quilliet. Grand amateur de musique et surtout de rock, le fondateur et dirigeant de l’agence digitale lilloise Wokine (18 salariés, 1,5 M€ de CA) pratique son instrument depuis l’adolescence. Une passion à laquelle il s’efforce de rester fidèle dans un quotidien chargé, et qui l’a mené jusque sur le devant de la scène, en drôle de compagnie.
"Quand Wokine a intégré le programme Boost du Réseau Entreprendre Nord (REN), en 2017, on m’a dit :"tu verras c’est sympa, on organise un tournoi de golf entre lauréats, ça crée du lien." Bon moi le golf j’ai toujours trouvé ça très chiant (sic)," rigole Nicolas Quilliet. Qui voit plutôt l’occasion de renouer avec la pratique de la batterie, mise entre parenthèses depuis le lancement de Wokine, en 2004. "J’ai proposé qu’on mette quelque chose sur pied, autour de la musique. Quelques semaines après on était 25 dirigeants à se retrouver pour une première séance studio."
"Les groupes de départ ont souvent évolué au fil des années, mais des liens solides perdurent. Ce sont de belles aventures."
C’est le lancement du projet REN Music Live : organiser, une fois par an, une soirée caritative, au cours de laquelle se produisent des groupes composés de lauréats du Réseau Entreprendre Nord, association qui accompagne les créateurs et repreneurs d’entreprises. Un projet qui dure, puisque la sixième édition a eu lieu le 30 janvier dernier. Au programme : du rock, des reprises, pas mal de bonne humeur et beaucoup d’énergie. Et au passage, la création de liens durables, au fil des répétitions qui souvent se terminent autour d’une bière.
Business en musique
"Il paraît que le golf c’est bon pour le business, mais c’est parce qu’on n’a rien à faire d’autre que discuter. Alors que nous en répèt' on bosse dur, et c’est après que tout se joue, sourit Nicolas Quilliet. On ne se connaissait pas ou peu au début, maintenant on est une solide bande de copains." Constitué autour d’arrangements rock de grands titres de la musique pop, son trio de cœur, The Undercover, rassemble ainsi Rudy Houque, le cofondateur de BlueGriot, start-up lilloise qui développait des objets connectés, et Bertrand Delgrange, le fondateur des parcs de loisirs indoor Koezio. "On a bossé ensemble à l’occasion, ou on s’est envoyé des clients. Et c’est pareil pour les autres : les groupes de départ ont souvent évolué au fil des années, mais des liens solides perdurent. Ce sont de belles aventures."
En concert devant 50 000 personnes au Stade de France
Musiciens amateurs, dirigeants très occupés, rares sont les 25 rockeurs du REN qui avaient déjà eu l’occasion de monter sur scène. En tout cas, pas devant les 1 000 personnes rassemblées un vendredi soir de novembre au Bistrot de Saint-So, à Lille, pour la première représentation du REN Music Live, en 2018.
"J’ai été retenu pour faire partie des batteurs qui ont joué avec M ou Richard Kolinka au Stade de France. Cela restera un grand souvenir de ma vie !"
Galvanisé, Nicolas Quilliet reprend ensuite des cours de batterie, après une quinzaine d’années d’arrêt. Et s’autorise des défis inédits, comme de postuler pour participer à Rock in 1000, un concert rassemblant 1 000 musiciens, au Stade de France, en 2022.
"Clairement sans le REN Music Live, je n’aurais jamais eu la confiance de me porter candidat. Mais j’avais l’expérience pour moi, les petites vidéos tournées lors des live… j’ai été retenu pour faire partie des 200 batteurs qui ont joué avec M ou Richard Kolinka devant 50 000 personnes et ça, ça restera le grand souvenir de ma vie — derrière la naissance de mes enfants !", se rattrape in extremis le dirigeant.
Créateur du webzine "Lille la Nuit"
Musique et business, un combo décidément gagnant pour Nicolas Quilliet, qui doit à sa passion son premier projet entrepreneurial. C’est en effet pour pouvoir annoncer les concerts de ses groupes amateurs qu’il crée, au début des années 2000, Lille la Nuit, un webzine recensant tous les rendez-vous culturels dans le Nord. Toujours en activité, le site est aujourd’hui adossé à Wokine, et compte une audience de plusieurs dizaines de milliers de personnes.
"Je vois clairement des liens entre mes rôles de batteur et de dirigeant : dans les deux cas, c’est celui qui est derrière, qui tient la baraque et soutient les autres"
Pour autant, la pratique musicale, exigeante et chronophage, n’est pas toujours simple à intégrer dans un agenda chargé. "C’est par phases, il y a des périodes où je joue beaucoup et d’autres plus du tout", note le dirigeant. Ce dernier a par exemple dû poser les baguettes depuis deux ans, pour se consacrer pleinement à Wokine, dans un contexte économique durci. Mais son trio se reforme pour des répétitions avant les dates importantes — la prochaine fête de la musique par exemple. "Je sais ce que la pratique musicale m’apporte : du temps pour moi, où je suis 100 % concentré sur une tache, quitte à répéter le même passage 100 fois jusqu’à ce que ça rentre. Et ce, pour ma seule satisfaction perso. Et puis je vois clairement des liens entre mes rôles de batteur et de dirigeant : c’est celui qui est derrière, qui tient la baraque et qui soutient les autres. Et qui accélère parfois quand il ne faut pas," grimace le dirigeant.
Et même quand il n’en joue pas, le rock rythme toujours le quotidien du dirigeant, qui s’abreuve de musique, enregistrée ou en live. "Certains écoutent des podcasts, moi dès que j’ai un peu de temps je mets de la musique… souvent les mêmes groupes bien sûr, mais j’essaie de rester ouvert à de nouvelles choses aussi !", glisse Nicolas Quilliet. Et même si la période est loin où le jeune Nicolas pouvait collectionner "200 tickets de concerts sur une année", le quarantenaire parcourt aujourd’hui l’Europe pour aller voir les grands noms qui ont fait vibrer son adolescence, de Metallica à System of a Down… L’esprit rock, intact !