Offres, contre-offres, lobbying, contretemps, occupation des locaux de Ouest France et de Presse Océan par des salariés au bord de la crise de nerf, ambitions politiques... Après près de trois mois d'un feuilleton riche en rebondissements, Nantes 7 a enfin un nouveau propriétaire. Le 25novembre dernier, le Tribunal de commerce de Nantes a choisi le projet porté par la chaîne associative Télénantes pour reprendre sa voisine privée, en dépôt de bilan depuis la mi-août, et sa régie publicitaire, elle aussi en cessation de paiements. L'offre formulée par Télénantes prévoyait un versement de 75.000 € pour la reprise ainsi que la conservation de 16 des 30 salariés des deux sociétés. Cette reprise ne signifie aucunement la fin de Nantes 7 en tant que chaîne. En vertu des règles imposées par le CSA lors de l'ouverture du canal nantais, celui-ci doit être occupé par deux structures distinctes, tant en termes capitalistiques qu'éditoriaux. L'exploitation de Nantes 7, dont le nom demeurera, sera donc confiée à N7TV, une SAS dont Télénantes est actionnaire majoritaire avec 38% des parts. À ses côtés on retrouve le Crédit Mutuel Laco (25%), la société TV Loco (15%) l'API (15%), l'école nantaise Sciences Com (6%) et le Centre de communication de l'Ouest (1%). Éric Warin, directeur adjoint de Sciences Com, est nommé président de Nantes 7.
750.000 € d'aides publiques
L'offre portée par Télénantes coiffe une proposition de dernière minute, portée par 15 salariés - principalement des techniciens - de Nantes7 associés à des entreprises et entrepreneurs nantais (Proservia, M-Stream, DPC Interactive, Matthieu Saudubray et Éric Bibolet). Ce projet se distinguait par son «mieux disant social», avec la reprise de 20 salariés et un montant de reprise de 65.000 €. Mais les incertitudes relatives à un modèle de fonctionnement 100% privé ont pesé lourd. C'est en effet celui-ci qui est tenu responsable des déboires de Nantes 7, lâchée par des actionnaires exclusivement privés - dont le principal était le groupe de presse Ouest France - lassés d'éponger un déficit qui a atteint 10M€ en cinq ans. À l'inverse, le projet porté par Télénantes (dont le budget de 1,6M€ est apporté à 90% par les collectivités) mise sur un modèle alliant subsides publics et recettes publicitaires. 750.000 € des 1,25M€ du budget monté par N7TV prennent en effet la forme d'aides publiques accordées dans le cadre de conventions d'objectifs et de moyens. À titre de comparaison, le budget de Nantes 7 atteignait dans sa dernière forme 2M€. «Télénantes et Nantes 7 disposent désormais d'un budget en phase avec la réalité économique du territoire pour les trois ans qui viennent», estiment dans un communiqué Éric Warin et Elisabeth Clément, la présidente de Télénantes. Cerise sur le gâteau, les deux chaînes disposent maintenant de moyens mutualisables: un plateau, apporté par Nantes 7, qui faisait défaut à sa voisine, pendant que le car régie de Télénantes offrira des capacités de captation sur site aux deux «soeurs».
«Bravo, monsieur le maire!»
Tout cela n'empêche pas des réserves, plus ou moins affirmées, sur le dossier de reprise. La première porte sur les questions de canaux de diffusion. «Le dossier perdant ouvrait des perspectives sur les nouvelles technologies. Cela écartait le simple champ de diffusion d'une chaîne hertzienne. L'avenir audiovisuel est là-bas», commente Michel Cellier, l'ex dg de Nantes7. La seconde dénonce une mainmise des collectivités sur la télévision, et donc l'information, locale. «Bravo monsieur le Maire, bien joué», commente un très ironique Daniel Augereau, président du groupe Synergie - seul actionnaire souhaitant continuer à renflouer Nantes 7 - et opposant farouche de Jean-Marc Ayrault. La télé locale n'en a pas fini d'attiser les passions.
Le Tribunal de commerce de Nantes retient le projet de reprise de la chaîne télé privée Nantes 7 et de sa régie publicitaire, toutes deux en dépôt de bilan, par sa voisine associative Télénantes. Les sociétés reprises sont placées sous l'égide de la SAS N7TV, dotée d'un budget de 1,25M€.