Médias : Faillite d'un contre-pouvoir ?
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Médias : Faillite d'un contre-pouvoir ?

Fossé qui se creuse entre les journalistes et les citoyens, défiance face aux médias, des sujets au coeur du livre «Médias, faillite d'un contre-pouvoir» qu'est venu présenté à Rouen Philippe Merlant.

Réconcilier le journaliste avec son public, mission impossible? Dans la course au scoop, à l'autocensure ou encore au suivisme, le journaliste s'est peu à peu coupé du lien qui l'unissait aux citoyens. C'est le point de départ de la réflexion menée par Philippe Merlant et Luc Chatel, tous deux journalistes et auteurs de «Médias, faillite d'un contre-pouvoir» qui tentent de comprendre la crise actuelle de la presse. Pour Philippe Merlant, le constat est clair: «C'est celui de la dégradation de la relation avec le public et la création d'un climat de défiance qui naît de la croyance à la collusion entre médias et monde politique, monde économique et pressions diverses, et qui empêcheraient le journaliste de faire son métier. Nous ne disons pas que cela n'existe pas, seulement que ça n'est pas si fréquent».




Une plongée dans le monde de l'information

Pour comprendre le phénomène, les auteurs ne se contentent pas de pointer les dérives, elle décrit précisément, le fonctionnement des rédactions, la problématique de la condition journalistique qui se paupérise et entraîne de la souffrance, et l'impact des impératifs de rentabilité et de rapidité mais aussi les conditions de formation des journalistes, souvent issus des mêmes milieux sociaux de catégories supérieures. «Cela peut contribuer à l'uniformisation du traitement de l'information que l'on constate aujourd'hui, ainsi qu'à une forme de suivisme, un processus d'imitation de plus en plus important qui limite les espaces de débat». Pour Philippe Merlant, l'une des solutions possible pour éviter cet écueil, c'est Internet: «Un espace de débat et de réactivité plus fort, une possibilité d'échapper au conformisme». Le livre s'interroge aussi sur la définition d'une information citoyenne qui doit aider le public à exercer sa responsabilité citoyenne: «Pour cela, il faut trois ingrédients: les aider à exercer leur esprit critique, l'incitation à l'action et que les médias servent à construire du débat public». Autre difficulté à surmonter, la perte de la proximité entre les journalistes et leurs sujets: «C'est surtout vrai dans le milieu parisien des grandes rédactions qui fonctionne de plus en plus en vase clos. On a remplacé le contact direct avec le lecteur par des études. Il y a donc une moins bonne connaissance du lectorat et du public et de ses attentes».




Quelles solutions?

Plusieurs pistes sont à suivre. Parmi celles-ci, le recrutement pluraliste pourra permettre une plus grande richesse de point de vue chez les journalistes, l'abandon du marketing à court terme: «Éviter de définir un lecteur type qui n'existe pas et favoriser les échanges entre journalistes». Retrouver le terrain pour mieux comprendre son public est une autre piste. En ce sens, Philippe Merlant met en place des réunions en régions pour dialoguer et travailler avec le public et retrouver de la proximité. «La machine s'est peu à peu industrialisée. Tout ce qui peut contribuer à décloisonner sera une richesse pour la profession».



S.C

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