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ean-Christophe Giroux, Manitou annonce un chiffre d'affaires de 562M€ au premier semestre 2011, en hausse de 45% par rapport à 2010. C'est la confirmation du redressement du groupe?
«La croissance a été soutenue au premier semestre avec des volumes de production importants. Cela nous a permis de passer le point mort avec un résultat net de 15M€, contre une perte de 14M€ au premier semestre 2010. Sur le plan du redressement financier, nous avons six mois d'avance. La dette nette du groupe s'établit à 92M€ contre 478M€ début 2009, et nous avons reconstitué nos fonds propres. Ce qui est également intéressant, c'est que nos trois divisions, Manutention tout terrain, Manutention industrielle et Équipement Compact sont toutes profitables. L'acquisition de l'américain Gehl, qui a pu être un temps décriée, porte aujourd'hui ses fruits puisque Gehl enregistre la plus forte progression. On tourne clairement la page des difficultés Pour le groupe, ces bons résultats s'expliquent par un gros effet de rattrapage dans les pays développés, en particulier aux États-Unis. Il y a également une demande organique importante en Amérique Latine mais surtout en Europe de l'Est, avec de grosses perspectives en Russie, en Ukraine et en Pologne. Sur ce dernier pays, on bénéficie notamment d'un plan d'aide de la Communauté européenne pour les achats d'outils de mécanisation.
Quelles sont vos perspectives?
«Pour le second semestre, nous avons quasiment toute l'activité en carnet. Notre chiffre d'affaires devrait donc être proche du premier semestre. Pour 2012, c'est encore difficile de faire des projections dans le climat économique actuel. Mais nous devrions encore bénéficier de l'effet rattrapage et continuer notre expansion sur certains pays.
Les énormes marchés indiens et chinois sont-ils des cibles pour vous?
«Ce sont deux marchés quasiment vierges pour nous car nos machines y sont peut-être jugées sophistiquées et complexes. Le travail manuel y prédomine encore. L'Inde et la Chine ne sont pas encore mâtures pour nos machines. Mais à moyen terme cela nous offre d'énormes perspectives, à l'image de ce qui s'est passé avec l'Europe de l'Est.
Le gros point noir, ce sont les retards de livraisons de certains de vos fournisseurs...
«Nous en sommes désolés, car au final ce sont nos clients qui trinquent. Pour les modèles de coeur de gamme, cela s'est amélioré. Nous sommes sur des délais de livraison de 10 à 12 semaines. Ce qui est surtout pénible, c'est que les motoristes ne nous ont pas livré la quantité de moteurs commandée. Nous avons dû nous adapter et trouver des solutions de substitution. Le paradoxe, c'est que l'on annonce de bons résultats mais que l'on aurait pu faire beaucoup mieux sans ces retards.
Les sous-traitants doivent faire face à votre montée en charge mais depuis la crise de 2009, vous les mettez en garde quant à une trop forte Manitou-dépendance. N'est-ce pas contradictoire?
«Prenons l'exemple de Leduc qui vient de sortir courageusement de son plan de redressement. Leduc continue bien sûr de travailler pour nous mais
leur plan de progrès passe par une diversification de leur clientèle. Aujourd'hui, nous sommes en discussions permanentes avec nos différents fournisseurs pour effectivement éviter de dépasser un seuil de dépendance à notre activité. C'est une question d'équilibre.
Du point de vue de la R & D, qu'elles sont vos priorités?
«Nous sommes mobilisés sur le changement de motorisation voulue par la législation européenne. Les nouveaux moteurs Euro 3B remplaceront progressivement en 2012 les moteurs actuels. Nous devrons gérer au mieux l'impact tarifaire de ce changement mais nous ne passerons pas les hausses de prix à l'euro près aux clients car pour eux un moteur 3 B ou pas, cela n'est pas une priorité.
Avec le contexte économique mondial, vos bons résultats ne sont pas salués en Bourse...
«On le regrette pour les actionnaires. La Bourse traverse actuellement un climat électrique et ne réagit pas forcément aux fondamentaux des entreprises. Là, les investisseurs anticipent d'hypothétiques mauvaises prévisions mondiales pour 2012-2013. On est dans de l'effet d'entraînement. Dès qu'il se passe quelque chose, tout est amplifié mais je n'y vois pas de signal. Ce sont des mouvements techniques pas très significatifs, en tout cas au regard de nos résultats.»
Manitou
(Ancenis)
Dg: Jean-Christophe Giroux CA 2010: 838M€ 2.800 salariés www.manitou.com