Vous avez signé fin 2025 votre quarantième opération dans les Hauts-de-France, avec la reprise de la pêcherie boulonnaise GLI par le réunionnais Réunimer. Que vous disent ces dossiers sur la manière dont les dirigeants préparent aujourd'hui la transmission ou le développement de leur entreprise ?
Vincent Boutillier : Notre rôle consiste à aider les dirigeants qui souhaitent céder ou s'adosser à un partenaire à trouver la meilleure contrepartie bien au-delà du seul sujet de la valorisation. Il y a dix ans encore, beaucoup d'opérations se faisaient encore de manière relativement informelle, sur une poignée de main. Aujourd'hui, les opérations se complexifient et les dirigeants perçoivent davantage l'intérêt de l'accompagnement structuré d'un professionnel de la fusions & acquisitions.
Le cas des Pêcheries des Hauts-de-France, de Norsea et de Stargel Seafood détenues par GLI est parlant. C'est une belle entreprise du Boulonnais, qui aurait probablement trouvé un repreneur dans son écosystème proche. Mais la mission qui nous a été confiée par les actionnaires consistait à identifier l'acteur qui porterait la meilleure vision de développement. Et ce partenaire ne se trouvait pas dans le premier cercle. Dans le cadre du process très large que nous avons piloté, c'est Réunimer, basé à La Réunion, et qui cherchait précisément une implantation en métropole qui s'est avéré être le meilleur acquéreur aux yeux des dirigeants.
Le capitalisme familial a longtemps prévalu dans les Hauts-de-France. Les lignes bougent-elles ?
Thaddée Willart : Oui, clairement. Nous avons vu évoluer les attentes et les pratiques des dirigeants. Pendant longtemps, la transmission familiale était perçue comme la seule issue envisageable. Aujourd'hui, les mentalités évoluent et de plus en plus de dirigeants sont convaincus que l'adossement à un partenaire — qu'il s'agisse d'un groupe industriel ou d'un fonds — n'est pas un renoncement. Au contraire, cela peut être un moyen de pérenniser l'entreprise et d'accélérer son développement. L'enjeu n'est plus seulement de transmettre, mais de définir la meilleure trajectoire pour l'entreprise. Et ça se ressent dans les chiffres : en 2024, 350 millions d'euros ont été investis par des fonds dans les PME des Hauts-de-France, dans une centaine d'opérations.
La crise sanitaire et les tensions économiques ont-elles accéléré cette évolution ?
V.B : La période récente a joué un rôle de révélateur. La crise du Covid puis les multiples perturbations internationales ont fait prendre conscience à beaucoup de dirigeants de la fragilité des entreprises face à ces chocs à répétition. Même des sociétés en bonne santé nous ont sollicité pour s'adosser à un groupe plus solide.
T.W : On observe aussi de plus en plus chez des dirigeants en " milieu de carrière " la volonté de transformer une partie de leur actif professionnel en patrimoine personnel. Après avoir beaucoup investi dans leur entreprise, ils souhaitent en effet sécuriser une partie de la valeur créée, tout en restant aux commandes. Ce type d'opérations (LBO - OBO)présentent également l'avantage de proposer aux cadres dirigeants d'accéder au capital… Ces solutions permettent ainsi aux dirigeants de céder une partie du capital et d'associer davantage leur équipe dirigeante. C'est une évolution importante qui s'accélère depuis plusieurs année dans la région.
Avec quarante opérations dans les Hauts-de-France sur une centaine réalisés par Capstone Finance depuis 2005, la région est-elle particulièrement dynamique ?
T.W : Elle est en tout cas stratégique pour nous. Les Hauts-de-France comptent environ 12 000 PME, soit environ 7,5 % du total national. Les études indiquent qu'environ 10 % d'entre elles devront être transmises dans les cinq ans, ce qui représente un enjeu économique majeur pour le territoire.
De notre côté, 2025 a été une année très dense, dans tous nos secteurs : l'alimentation, le service aux entreprises, le bâtiment, la santé ou encore la distribution, avec l'accompagnement d'opérations d'entreprises comme PCB (transformation de produits carnés), Compagnons des saisons (jardineries), GLI (transformation de produits de la mer) ou Elysis (ingénierie). De très beaux dossiers sont en cours ce qui illustre le dynamisme du tissu régional, mais aussi, le besoin croissant des dirigeants d'un accompagnement pour optimiser et sécuriser ces opérations.