Réussir à rester indépendant tout en continuant à conserver des ventes stables voire à progresser, c'est le tour de force que réussissent La Manche Libre et Le Courrier Cauchois, deux hebdomadaires normands. Avec une diffusion à 75.000 exemplaires, 7 éditions locales, 18 journalistes et 130 correspondants, La Manche Libre a réussi à limiter ses pertes publicitaires à 2% en 2009, là ou le reste de la presse hebdomadaire se situe entre -15% et -20%. «La publicité redémarre, explique François Gillot, rédacteur en chef de La Manche Libre, mais on doit se faire à l'idée qu'on ne va plus progresser en terme de ventes pendant quelques années. Seules des événements comme les élections peuvent nous apporter un plus». Un constat approuvé par Ghislain Anneta, rédacteur en chef adjoint au Courrier Cauchois: «Il va falloir se battre pour conserver nos positions».
La force de la proximité
Avec 130 correspondants, La Manche Libre couvre 900 communes, une véritable force: «Nous sommes en concurrence avec Ouest France qui lui, a fait le choix d'augmenter ses informations magazines et nationales au détriment du local. Notre spécificité s'est donc naturellement accentuée. Du coup, notre progression est en proportion de la baisse du quotidien Ouest France», se félicite François Gillot. La proximité, une vraie stratégie pour Ghislain Anneta dont le journal se veut: «Le reflet du territoire». «La recette, c'est une implication locale forte et une exigence sur le travail des correspondants. Ainsi, notre récent passage en couleur nous oblige à avoir des photos de meilleure qualité. L'idée, c'est de dépasser le côté «petit journal du coin» avec des sujets d'enquête, la capacité à rebondir sur l'info régionale ou nationale avec des focus sur notre zone. Notre fond de commerce, c'est la promotion du territoire».
Les hebdos demain
Pour assurer leur pérennité, les deux hebdos peuvent compter sur la forme de leur actionnariat. Familiale pour La Manche Libre avec à sa tête la famille Leclerc dont le grand-père Joseph a créé le journal en 1944 et qui s'est depuis transmis sur deux générations. Précédemment tenu par la famille Bettencourt, Le Courrier Cauchois compte aujourd'hui sur deux actionnaires, Jean-Michel Maussion (ancien directeur) et François Passet. Une configuration qui donne l'indépendance aux deux journaux et permet de créer «une identité maison». «Sur le plan économique, tous les bénéfices sont réinvestis dans l'entreprise. Ne pas dépendre d'un groupe c'est maîtriser la gestion de son entreprise. Être indépendant oblige à se battre à tous les niveaux: avoir un centre d'impression indépendant, une régie publicitaire, son propre système de distribution... C'est ce qui nous a permis de résister aux groupes de pression et de nous développer. Mais cela peut aussi être notre faiblesse, car en cas de déficience de l'actionnaire, on est tout de suite en danger», précise François Gillot. Pour la suite, la voie du plurimédia lui apparaît comme une évidence: «Depuis 2009, nous avons formé nos journalistes pour une mise en oeuvre rédactionnelle sur divers supports d'une même collecte d'informations, comme Internet ou notre filiale radio. Avec la baisse de la publicité, il nous semble que pour maintenir le journal, il faut créer des supports qui puissent soutenir financièrement le support papier». Un pas que Le Courrier Cauchois peine à franchir s'interrogeant sur le modèle économique: «On ne veut pas cannibaliser le papier et on ne veut pas non plus que nos journalistes deviennent plurimédia car ce sont des métiers différents. Il faut d'abord bien réfléchir au contenu et savoir quelles recettes on peut tirer ou pas d'Internet».
Sébastien Colle
Champions de la presse hebdomadaire régionale, La Manche Libre et le Courrier Cauchois font partis des derniers grands hebdomadaires indépendants de France. Gros plan sur les recettes de leur succès.