Groupe Doux : Le Morbihan en première ligne
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Groupe Doux : Le Morbihan en première ligne

AGROALIMENTAIRE Placé en redressement judiciaire, le groupe de Châteaulin (29) inquiète le Morbihan qui compte 60 % de ses effectifs bretons. Un dossier brûlant dont les pouvoirs politiques, de tous bords, s'emparent pour démêler une situation délicate.

Placé en redressement judiciaire pour six mois, le groupe de Châteaulin doit désormais répondre à trois interrogations: le sort de ses salariés, le paiement de ses fournisseurs et l'assainissement de sa situation financière.




1.160 salariés en Morbihan

À lui seul, le département du Morbihan concentre 60% des effectifs du groupe Doux en Bretagne, soit 1.160 emplois répartis sur quatre sites industriels. À Plouray pour les poulets congelés, Sérent et Pleucadeuc pour l'abattage et la découpe de poulet et de dinde, et La Vraie-Croix spécialisé dans la préparation de produits élaborés panés. Un site dont la valeur ajoutée liée à la transformation pourrait d'ailleurs intéresser LDC, candidat à la reprise de certaines activités du groupe Doux. Pour le reste du groupe, dans un contexte économique déjà peu favorable à l'emploi, l'inquiétude est grande. «La plupart des salariés n'ont pas de diplômes et le bassin d'emploi dans la région n'est pas très riche», s'inquiète Christiane Legouesbe, déléguée centrale CFDT. Les pouvoirs publics, eux, sont déjà à la manoeuvre. Marylise Lebranchu et Jean-Yves Le Drian, élus locaux et nouvellement ministres, en tête. François Goulard, président du conseil général, se mobilise également dans le Morbihan pour apporter des solutions aux éleveurs et à l'ensemble de la filière. «La sauvegarde de la filière avicole est fondamentale pour la région», lance un proche du dossier.




Pression des fournisseurs

Si les salariés morbihannais sont inquiets depuis l'annonce de la mise en redressement judiciaire du volailler, le 1erjuin, le travail dans les usines s'est poursuivi normalement. «Nos emplois sont en jeu. On continue à travailler du mieux qu'on peut pour sauver l'entreprise», indique une salariée du groupe. Les fournisseurs ont pourtant mis la pression sur les approvisionnements, notamment à La Soprat à La Vraie-Croix la semaine précédant l'annonce. Par peur de ne pas être payés. «Les délais de paiement ont été rallongés, certes, mais ils sont bien payés», confirme-t-on. Une réunion à Châteaulin avec les acheteurs devrait être organisée très prochainement pour trouver un terrain d'entente. Car, la livraison de la marchandise doit continuer en direction de la grande distribution et de la restauration hors domicile. «Nos clients continuent d'être livrés, l'activité se poursuit», assure une salariée.




Une dette colossale

Jusqu'à ce fameux vendredi noir 1erjuin, les pouvoirs publics et le principal partenaire bancaire du groupe, Barclays, espéraient éviter le dépôt de bilan. Mais Charles Doux, et son fils Jean-Charles, respectivement P-dg et directeur général délégué du groupe, ont préféré cet ultime remède qui leur permet de geler provisoirement la dette sans avoir à céder le groupe aux financiers. Une dette colossale de 400millions d'euros, selon les dernières estimations de la CGT. Dont 294millions émanent de la filiale brésilienne du groupe, Frangosul. Pour un chiffre d'affaires stagnant à 1,4milliard d'euros depuis deux ans.




Une décision «unilatérale

» Pas question pour Charles Doux de voir son groupe, dont il est actionnaire à 80% (20% appartenant à la BNP-Paribas) aux mains de financiers, être «dépecé». Le plan d'aide, négocié à l'arraché par les pouvoirs publics et les partenaires bancaires du groupe prévoyait pourtant l'apport de 35millions d'euros en capital, notamment de la Barclays, et l'allégement de la dette. Insuffisant pour Charles Doux. «Le plan de refinancement proposé repose sur des solutions à court terme qui n'offrent pas de garanties suffisantes sur la continuité et la préservation des intérêts régionaux historiques du groupe», expliquait Jean-Charles Doux pour justifier sa sortie des négociations. Et Louis Silvestre, porte-parole du groupe, de poursuivre: «Ces 35millions d'euros sont en dessous de nos besoins. Ils ne permettent pas d'assurer la pérennité et l'unicité du groupe à long terme. Le redressement judiciaire nous assure une protection par rapport à nos créanciers». Et aussi «un cordon sanitaire autour de la dette et notamment du Brésil». «Une décision unilatérale», fustige la Barclays dans un communiqué. Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif n'a pas caché sa déception: «Charles Doux a pris la décision personnelle de refuser cette solution qui garantissait l'apport de 35millions d'euros au groupe».




Problèmes de liquidités

Restent des interrogations. Le plus urgent: l'assainissement de la situation financière. Avec un tel trou de trésorerie, le volailler aura à court terme un problème de liquidités. Les 800 éleveurs qui gravitent autour du groupe sont les premiers concernés. Certains, excédés par les retards de paiements depuis quelques mois, seraient déjà partis à la concurrence. Sans eux, les usines ne peuvent pas tourner. Devant la grogne, la direction a assuré que «les éleveurs et producteurs» étaient, avec ses salariés, sa «priorité». Le groupe devait mettre en place dès le 4juin «un plan d'aide destiné aux fournisseurs stratégiques et aux éleveurs afin qu'ils ne subissent aucune difficulté». Des réunions en préfecture, auxquelles se sont joints deux émissaires du gouvernement de région à Nantes et Rennes, étaient programmées.

Doux



(Châteaulin) P-dg: Charles Doux Effectif: 3.400 salariés Chiffre d'affaires 2011: 1,4milliard d'euros Tél.: 02 98 86 69 00.

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