Compte pénibilité : « Inapplicable ! »
# Conjoncture

Compte pénibilité : « Inapplicable ! »

Directeur du service juridique et social de Plasti Ouest (plasturgie) et de l'UIC Ouest (chimie), Gérard Méret juge la loi sur la pénibilité inapplicable et ubuesque.

« Depuis le 1er janvier, quatre des dix facteurs de la loi sur la pénibilité sont entrés en application ; les six autres le seront en 2016. Sur cette thématique pénibilité, nos cessions de formation sont actuellement complètes. Tous les jours, des entreprises nous interrogent. Elles sont inquiètes et très remontées. En décembre, une délégation patronale conduite par le président du Medef Bretagne a offert un arbre de la pénibilité au préfet à l'attention du premier ministre : un bonzaï avec, en guise de boules de Noël, des poids représentant les outils indispensables pour mesurer les facteurs de pénibilité : thermomètre, balance, chronomètre, rapporteur. Autant de symboles pour exprimer les difficultés de mise en oeuvre en entreprise. Comment mesurer la pénibilité ? Est-ce que le fait de cliquer sur une souris à longueur de journée est un geste répétitif ? Chaque situation donne lieu à interprétation et l'entreprise n'a pas de réponse sécurisée. On a pondu une loi inapplicable, ubuesque, absconse. C'est à la fois une véritable usine à gaz et une boîte de Pandore. Si l'objectif est louable, l'application est impossible. Une entreprise d'Ille-et-Vilaine, par exemple, a été obligée de recruter deux personnes pour pouvoir évaluer ces contraintes et tenir des compteurs. Nous sommes en train de créer des emplois totalement improductifs. Autre conséquence : le DRH d'une filiale bretonne d'un groupe étranger craint les conséquences de cette réforme sur de futurs choix stratégiques, notamment en matière d'investissements. En continuant ainsi, nous allons faire fuir les investisseurs !




« Des rapports sur la simplification, j'en ai plein mon bureau »

Nos organisations professionnelles et les entreprises se battent car les enjeux sont énormes. Nous avons saisi les parlementaires. Aujourd'hui, tout le monde attend les rapports de juin prochain, car on devrait s'orienter vers une évaluation collective plutôt qu'individuelle. Il y a une quinzaine d'années déjà, j'ai dénoncé la complexité du bulletin de paye... Il tient encore aujourd'hui parfois sur deux pages ! Des rapports sur la simplification, j'en ai plein mon bureau et je désespère un peu. Les commissions mises en place par Jacques Barrot (commission Turbot) et Frédéric Lefebvre, j'y ai participé mais elles ont accouché d'une souris. Il ne reste que des bonnes intentions. Ainsi, si on veut réellement simplifier, il faut impérativement réduire le nombre d'assiettes sur le bordereau Urssaf et pas seulement sur le bulletin de paye. Certes simplifier c'est compliqué, mais il ne faut pas se contenter de faire des annonces. »





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