« Do You Buzz est aujourd'hui la doyenne des start-up nantaises. Après dix ans d'existence, notre plateforme de CV en ligne compte 1,2 million d'utilisateurs et plus de 20.000 clients. Elle enregistre 500 nouveaux inscrits par jour et nous disposons d'une bonne notoriété. Pour autant, si la boîte est saine financièrement, nous ne sommes pas rentables et ne dégageons que 500.000 euros de chiffre d'affaires pour une dizaine de collaborateurs. J'estime qu'en dix ans de boîte 40 à 50 % de mon énergie a été dépensée inutilement. Pourquoi ? Parce que j'ai commis un certain nombre d'erreurs et qu'il m'a fallu sept ans pour arrêter de faire semblant d'être une start-up. Je m'explique. Au départ, mon objectif est d'aider les gens à décrocher un job et à en changer quand ils le souhaitent en leur donnant des outils pour créer un CV en ligne personnalisé et attractif, puis à le déposer en un clic sur les sites d'emploi, les réseaux sociaux et professionnels et à le référencer sur les moteurs de recherche. Sur ce concept, je crée avec deux associés Do You Buzz en 2007. Si je ne suis pas le champion du business, je suis le champion des aides et des levées de fonds. Nous effectuons une première levée de fonds de 300.000 euros en 2009, puis une seconde, moins importante en 2010, puis à nouveau 300.000 euros en 2013. Le réseau de business angels Abab souscrit, ainsi que des personnes physiques.
« Nous avons du cash et... nous faisons n'importe quoi »
Nous avons donc du cash et... nous faisons n'importe quoi. Notre équipe grossit à 13 personnes, ce qui est beaucoup trop. On lance une filiale aux États-Unis, on attaque tous les marchés de front : écoles, SSII, grands comptes... On ne segmente pas, on ne cible pas. La fête est belle mais on perd 30 à 40.000 euros par an. Au bout du compte, on est obligé de licencier pour revenir au noyau dur de six personnes.
« On arrête de se prendre pour une start-up et on remet tout à plat »
Et puis, en 2013, on arrête de se prendre pour une start-up et on remet tout à plat. On revoit nos bases techniques. Suite à la lecture du livre d'Isaac Getz, je m'aperçois que beaucoup de décisions passent par moi et je décide d'évoluer vers le modèle de « l'entreprise libérée », on développe une vraie culture d'entreprise. Surtout, surtout, je prends conscience qu'il ne suffit pas d'être amoureux de son idée de départ pour faire plier le monde. Je réalise que nous ne nous intéressons pas à nos clients. Nous ne savons pas les écouter, ni dialoguer avec eux pour mieux les servir. Nous transformons donc l'entreprise pour qu'elle devienne « customer centrée » et non plus autocentrée.
Une nouvelle levée de fonds pour développer l'entreprise Aujourd'hui, nous sommes concentrés sur deux sources de revenus. Les abonnements premium payés par les particuliers génèrent 50 % de notre chiffre d'affaires. Les applications aidant les sociétés de services à gérer leurs CV et à être plus réactives au niveau commercial y contribuent pour 30 %. Nous avons resserré notre business model autour de l'accompagnement des personnes en recherche d'emploi. Et nous venons de conclure une levée de fonds de 200.000 euros, complétée par 150.000 euros de concours bancaires qui vont nous donner, nous l'espérons, les moyens de développer l'entreprise ».
Propos recueillis par Caroline Scribe
Numérique Créée en 2007 par Ludovic Simon, la plateforme nantaise de CV en ligne Do You Buzz affiche plus d'un million d'utilisateurs et 22.000 clients. Pourtant son chiffre d'affaires et ses effectifs plafonnent. Pourquoi ? Retour d'expérience par son fondateur.