Ils seront 40 à être formés à Oullins, à proximité du siège de CitéCréation, dès la rentrée 2012-2013. Ces premiers étudiants, futurs professionnels "peintres muralistes urbains" héritent de l'expertise d'une école d'art lyonnaise, Émile Cohl, et d'une entreprise créée sous forme de Scop en 1978 à Oullins, CitéCréation, leader dans la création de murs peints, fresques et autres trompe-l'oeil dans le monde entier. «L'idée est née à Shanghai lors de l'exposition universelle, explique Gilbert Coudène, cofondateur de CitéCréation avec onze autres artistes et codirecteur d'ÉCohlCité avec Philippe Rivière, directeur de l'École Émile Cohl. Les Chinois m'ont demandé de former 3.000 peintres en trois ans...» Une demande un peu folle qui n'a pu aboutir. Pourtant, parmi les étudiants d'ÉCohlCité, quelques Chinois feront bien partie de l'aventure. «Ces jeunes acceptés après bac pour trois ans d'études à plein-temps ont vocation à devenir de futurs cadres et à participer à la structuration du métier, avance Gilbert Coudène. Ils auront des cours de dessin mais aussi d'anglais, de gestion et des séminaires dédiés à l'habitat social ou à la création d'entreprise. L'objectif est de transmettre un savoir-faire et un savoir-être.»
Fondation Savoir-Fresques
«C'est le plus vieux métier du monde, avance l'artisan. Rhône-Alpes est précurseur puisque le territoire abrite la Grotte Chauvet et les plus anciennes peintures murales.» La Région et la Ville d'Oullins ont soutenu l'initiative. La première finance le matériel de l'école (quelque 150.000€). La deuxième met à disposition les locaux dans le parc Chabrières et assure leur rénovation pour environ 200.000€. Le budget de fonctionnement, près de 750.000€ sur trois ans, provient des frais de scolarité, financés en grande partie par la fondation Savoir-Fresques sous l'égide de la fondation pour l'université de Lyon. «Les entreprises partenaires ont conclu un contrat de trois ans à raison de 10.000€ par an, détaille Gilbert Coudène. Ce sont principalement des clients de CitéCréation comme la Banque populaire Loire et Lyonnais, EDF, Zolpan, Aciès, Alliade Habitat, Sud Architectes, Bernard Matériaux, les Éditions lyonnaises d'art et d'histoire... Et puis nous avons, à ce jour, récolté quelque 12.000 € de particuliers qui envoient spontanément des chèques de 100 à 1.000€. Il s'est créé une vraie dynamique autour de ce projet.Nous ne solliciterons pas de subventions publiques, l'objectif est de garder notre autonomie financière.»
530 oeuvres dans le monde
Les jeunes qui bénéficieront de cet enseignement s'ouvrent un bel avenir, à l'image du parcours international de la scop. «CitéCréation a réalisé, à ce jour, 530 oeuvres dans le monde, affirme Gilbert Coudène. Nous disposons de bureaux de représentation à Moscou, Jérusalem et Shanghai, hébergés par Erai, et de filiales à Québec depuis douze ans, MuraleCréation, et à Berlin depuis quatre ans, DekorativeCity. Des bureaux sont en cours d'installation au Japon et au Brésil.» À l'horizon 2050, près des trois quarts de la population mondiale vivront en milieu urbain. «Depuis nos débuts, nous estimons que l'intégration des populations en milieu urbain passe par l'esthétique mais aussi la culture, l'histoire, la mémoire collective, analyse le dirigeant. Les projets sont donc longs à mettre en place car ils laissent une large place à la concertation avec les habitants d'un quartier, les élus mais aussi des historiens, des architectes, des urbanistes...» En Allemagne, l'entreprise se positionne sur une problématique d'envergure qui pourrait rejaillir sur toute l'Europe. «L'Allemagne de l'Est est contrainte de rénover une grande partie de son parc d'habitations pour des économies d'énergies. Des millions de m² d'immeubles se verront recouverts d'une enveloppe isolante qui entraîne une uniformisation des sites, explique Halim Bensaïd, en charge de DekorativeCity. La peinture murale est une réponse à ce type de problématique.» Le chiffre d'affaires de CitéCréation croit de 30 à 40% par an sur ce marché allemand. Pour ses clients privés, près de 80% de son activité, la scop a développé un business model original. «Ce sont les boutiques du rez-de-chaussée ou les marques dessinés qui paient l'ensemble de l'image, détaille Gilbert Coudène. La Fresque des Lyonnais par exemple, créée en 1995, a coûté près d'1,2million de franc. Elle a été financée par six partenaires, dont Decitre, Vachon, les vins du Beaujolais qui ont chacun mis 200.000F. Leur marque se retrouve sur les photos de touristes venus du monde entier...» Les murs peints à Lyon sont la troisième visite demandée à l'office de tourisme.
CitéCréation
(Oullins) Cogérants: Odile Michel et Jean-Michel Boucher Chiffre d'affaires 2011: 1,4million d'euros, dont 40% à l'international
20 salariés+80 indépendants partout dans le monde @email