En enregistrant un trafic céréalier en hausse de 9,6% à 8,3 Mt, le port de Rouen flirte avec les sommets! Certes, l'absence de la Russie et de l'Ukraine dans la compétition internationale a donné du grain à moudre aux ports français qui ont bien profité de la situation, du moins en ce qui concerne les exportations de céréales à paille que sont le blé et orge -qui constituent précisément le fonds de commerce traditionnel des silos Rouennais. Avec une part de marché des exportations céréalières de l'Union européenne en progression de 4 points à 29%, l'établissement des rives de la Seine domine très largement les autres acteurs portuaires céréaliers de l'Hexagone (1).
Principal débouché le Maghreb
Exploités par quatre opérateurs, les huit silos qui s'égrènent sur les deux rives de la Seine offrent une capacité globale de stockage atteignant 1,2 Mt. Ils ont tourné à plein régime durant la campagne 2010-2011 qui s'est soldée fin juin à Rouen par un record d'exportations des blés principalement destinés à l'alimentation humaine (qualité meunière ou fabrication de pâtes et de semoules). Le bilan de la campagne est impressionnant avec 8,3 Mt dont 7,1 Mt de blé (+6,2%) et 1,1 Mt d'orges (+33%) exportées. Un total qui renoue avec les sommets historiques de l'époque où l'Union soviétique était le principal débouché des céréales «rouennaises». Aujourd'hui, ce sont les pays du Maghreb qui en sont les principaux acheteurs. Lors de la campagne 2010-2011, 5 Mt ont quitté les rives de la Seine à raison de 3 Mt vers le Maroc (+43%), 1,8 Mt vers l'Algérie (- 5%), et 200.000 tonnes vers la Tunisie (+85%). Dans le même temps, seulement 800.000 tonnes (+1%) étaient livrées à nos partenaires de l'Union européenne.
Évolution du préacheminement
Un autre aspect de la filière céréalière rouennaise réside dans l'évolution multimodale de la logistique terrestre d'approvisionnement des silos. Certes, les camions pourvoient encore à 70% du préacheminement terrestre, mais on assiste à une montée en puissance des modes alternatifs. La part du fluvial s'est hissée à 20% tandis que celle du ferroviaire se maintient à 10%. L'évolution est spectaculaire chez Socomac (groupe Soufflet) qui a chargé cent soixante navires (céréales et malt de brasserie) durant la campagne 2010-2011 via ses installations -silos et malterie- situées à Dieppedalle-Croisset (Canteleu) livrées à hauteur de 50% par la voie d'eau. «Il s'agit là d'un choix pour le groupe dont le siège est à Nogent-sur-Seine», souligne Régis de Bracquilanges. Et celui-ci rappelle que «4,5M€ ont été investis en 2010 dans l'aménagement d'un quai spécifique et l'achat d'un nouveau portique» qui ont permis de traiter 1.100 unités fluviales durant cette période. Senalia, le plus gros opérateur rouennais s'intéresse aussi au fluvial et a amélioré ses postes de déchargement spécifiques à la presqu'île Elie dont la desserte par camions est confrontée aux projets de développement urbain de Rouen sur la rive gauche. André Laude, son directeur général, a évoqué à plusieurs reprises le projet du groupe de s'implanter en Picardie sur l'une des plateformes logistiques qui émailleront le trajet du futur canal à grand gabarit Seine-Nord. Chez Lecureur SA, Patrick Chevallier fait état d'une «bonne campagne avec 1,2 Mt exportées dont 90% de blé et le reste d'orge». Le fluvial a pesé 30% des apports et le ferroviaire 10%. De l'autre côté de la Seine a Petit-Couronne, Simarex a expédié «1,15 Mt de blé sur soixante-dix navires», indique Charles Védié. L'opérateur qui reçoit 20% de son approvisionnement par rail et 80% par route étudie le perfectionnement de son appontement pour y accueillir des péniches. Avec 950.000 tonnes au terme des deux premiers mois (- 22%) la campagne en cours aurait cependant démarré sous de moins bons auspices. Sécheresse printanière oblige! (1)LaRochelle (3,5 Mt), Dunkerque (2,3 Mt), Nantes/Saint-Nazaire (1,9 Mt)
En affichant un trafic d'exportations maritimes de céréales de 8,3millions de tonnes en croissance de 9,6% pour la campagne 2010-2011 achevée le 30juin, le port de Rouen a signé sa meilleure performance spécifique depuis vingt ans et la deuxième de son histoire.