Bâtiment : « On nous prend pour des imbéciles »
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Bâtiment : « On nous prend pour des imbéciles »

À l'heure où le projet de loi Duflot est examiné à l'assemblée, les fédérations du bâtiment expriment leur ras-le-bol envers le gouvernement.

On a connu les entrepreneurs du bâtiment moins grognons. En septembre, dans différentes villes de France, ils ont même été manifester leur ras-le-bol dans la rue à l'appel de la Capeb. Ce syndicat regroupant des artisans pestait contre la hausse de la TVA, l'empilement des réglementations ou la concurrence jugée déloyale des auto-entrepreneurs et de la main-d'oeuvre étrangère low-cost. Président régional de l'autre fédération des entreprises du bâtiment, la FFB, Jean-Philippe Bérard n'est pas descendu dans la rue. « Parce qu'on préfère être à la table des négociations », explique l'entrepreneur choletais. Le président de la FFB des Pays de la Loire n'en reste pas moins un homme en colère. Et n'y va pas par quatre chemins pour le faire savoir : « On nous prend pour des imbéciles », s'emporte-t-il. Cible des critiques : les hommes politiques, et notamment l'actuel gouvernement accusé de torpiller par ses atermoiements toute l'industrie française du bâtiment. Au centre de la polémique, les dispositifs législatifs censés relancer le secteur. Comme la loi Duflot, sur l'investissement locatif dont on parle depuis plusieurs mois. « On en est quand même à dix ou douze réunions au niveau régional, avec à chaque fois 80 personnes autour de la table. Et on ne connaît toujours pas le zonage de la loi ». Dans les Pays de la Loire, on sait seulement que Nantes entre dans le champ d'application de la loi. Pour pouvoir bénéficier du Duflot, les autres villes de la région sont soumises à une dérogation accordée par la préfecture. « On attend toujours la liste... Pendant ce temps-là, les clients attendent et les promoteurs attendent. Résultat : tout est bloqué », s'insurge Jean-Philippe Bérard. Chiffres à l'appui. Au deuxième trimestre, « il y a eu 300 ventes de logements neufs à Nantes, 33 à Angers et une dizaine à Saint-Nazaire », poursuit l'entrepreneur choletais, avant de conclure en soupirant : « On a vraiment affaire à des amateurs! » Au-delà de la loi Duflot, ce sont les « gesticulations politiciennes » qui agacent le président de la FFB. « Tous les mois, on nous annonce des règles qui changent. J'en ai ma claque de ces gens qui nous dirigent qui prennent des décisions pour faire plaisir à leur électorat ou qui prennent des mesurettes! »




3.000 destructions d'emploi?

La violence de la crise qui touche le secteur explique la sortie musclée du président de la FFB des Pays de la Loire. Car mis à part le dynamisme de l'agglomération nantaise et des projets de la grande distribution, le bâtiment souffre. Fin juillet, les autorisations de permis de construire étaient en baisse de 16 % sur un an, quand les mises en chantier plongeaient de 18 points. Conséquence, les trésoreries des entreprises sont exsangues et certaines belles PME comme Tijou à Nantes ou Adhénéo à Angers ont déposé le bilan. Entre les lois et la crise, inutile de dire que Jean-Philippe Bérard ne verse pas dans l'optimisme : « L'an passé, le bâtiment a perdu mille de ses 75.000 emplois dans les Pays de la Loire. Cette année, on prévoit d'en perdre trois mille.

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