« Il y a un an et demi quand j'ai intégré Roux et Cie à Kervignac, cette société de sous-traitance d'équipements informatiques, je n'ignorais rien de la situation de cette entreprise. J'ai 16 ans d'expériences dans le secteur de l'électronique et depuis plusieurs années j'ai en tête de me lancer en reprise d'entreprise ou en création. Le fait d'être salariée de cette société, après plusieurs années d'interim, m'a permis de me positionner. »
« Aucune banque n'a voulu me suivre »
« En juillet dernier après la perte de notre client majeur, Roux et Cie a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lorient. J'ai alors commencé à travailler seule sur ce projet de reprise puis j'ai averti les salariés avant de déposer mon dossier devant la juridiction. Jusqu'au début décembre, j'étais la seule candidate. Le groupe tchèque BCG Capital est arrivé à l'avant dernière audience. Entre temps, j'ai peaufiné mon dossier et mes financements. J'avais un apport personnel avec la vente de ma maison. Malgré mon expérience, mon envie et le potentiel de cette entreprise qui fait plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires, aucune banque ne m'a soutenue. Si j'avais souhaité reprendre une boulangerie, ils m'auraient suivi, pas là. Qu'importe, j'ai poursuivi ma quête. »
1,3 millions d'euros mobilisé
« La Région a accepté de me suivre à hauteur de 400 000 euros sous forme d'un prêt remboursable sur six ans avec un différé de remboursement les deux premières années : de quoi sécuriser la trésorerie des premiers exercices. Un cadre de Roux et Cie a souhaité faire son entrée au capital de ma future société. Trois investisseurs me soutiennent : un dirigeant de Kervignac, un autre chef d'entreprise rennais et un proche qui intervient en gestion financière. Les réseaux Entreprendre et Initiative Lorient sont présents. Le reste a été apporté par une collecte lancée sur le marché de Noël de la commune en lien avec les salariés. L'élan a été extraordinaire. La collecte nous a permis de mobiliser 300 000 euros en deux jours. Au final, j'ai réuni 1,3 M?. Avec cette somme, je prévoyais de racheter le bâtiment de Roux et Cie, le stock et la clientèle pour 800.000 ? quand les Tchèques ont remporté le dossier pour un montant de 150.000 euros. Car oui, au final, le tribunal de commerce a choisi le dossier de BCG Capital. C'est ainsi, ils ont préféré un groupe (NDLR : 40 personnes ont été reprises). Dommage, le tribunal de commerce n'a jamais souhaité entendre le son de ma voix. »
Kertronics dans les starts
« Je m'étais préparée à cette décision donc la décision de créer mon entreprise est pleinement d'actualité. Elle s'appelera Kertronics. J'ai déjà visité des bâtiments sur la zone du Porzo à Kervignac. Notre coeur de métier sera toujours l'électronique de haute technologie pour le secteur naval, sécurité, peut-être à plus long terme pour la défense. L'autre volet sera d'avoir à développer nos propres produits via notamment notre bureau d'études. Si j'ai tenu à redistribuer aux donateurs les 300.000 euros reçus comme je m'étais engagée, je m'appuie sur mon apport personnel, mes investisseurs et le soutien des réseaux pour cette aventure. »
3 millions d'euros de pré-commandes
« Je possède déjà un carnet de commandes plutôt bien rempli pour débuter : pas moins de 3 millions d'euros actuellement. Mon souhait est de recruter mes anciens collègues car ils ont un vrai savoir-faire. Je commencerais avec une vingtaine de salariés au début puis je table sur le recrutement de cinq à dix personnes par an. Je prévois sur un premier chiffre d'affaires de 4,3 millions d'euros pour le premier exercice puis sur une croissance de 10 % chaque année. Actuellement, je planche sur l'outil de production qui conditionne le démarrage de l'activité. Je souhaite faire l'acquisition de machines d'occasion et il faudra sans doute les importer depuis les Etats-Unis. Kertronics devrait être sur les rails d'ici six moix à un an. »