Moselle

Industrie

Interview REC : « S'installer à Hambach, c'est nous rapprocher d'un marché européen en plein essor »

Entretien avec Cemil Seber, directeur général de REC Emea

Propos recueillis par Lucas Valdenaire - 15 décembre 2020

Le fabricant norvégien de panneaux solaires REC souhaiterait démarrer les travaux de sa future usine de panneaux photovoltaïques à Hambach, en Moselle, dès juin 2021. Un milliard d'euros d'investissements et 2 500 emplois nouveaux sont en jeu. En attendant les conclusions de la concertation publique lancée le 14 décembre, le directeur général de REC Europe, Moyen-Orient et Afrique (Emea) détaille les ambitions du groupe.

Cemil Seber, directeur général de REC Emea, filiale de REC Group basée à Munich.
« Une usine à Hambach serait l’opportunité de produire beaucoup plus près de notre clientèle et de les servir plus rapidement », explique Semil Ceber, directeur général de REC Emea. — Photo : REC

Pourquoi voulez-vous installer votre nouvelle grande usine de panneaux photovoltaïques à Hambach ?

Cemil Seber : Avec cette usine en Moselle, nous prévoyons de produire jusqu’à 9 millions de panneaux dès 2025. Ce projet est d’une ampleur inédite en Europe. Notre objectif n’est pas seulement de servir le marché français mais nous ciblons aussi le continent européen avec des produits fabriqués en France. Nous sommes basés en Norvège, nous sommes un acteur européen et nous avons toujours voulu être présents de manière forte sur ce marché européen en plein essor. Il connaît une croissance de 10 à 15 % par an depuis plusieurs années et nous pensons que cela va continuer. De plus, notre motivation principale pour venir en Europe, c’est de nous installer au plus près de nos clients. Aujourd’hui, nous produisons à Singapour et pour acheminer nos produits jusqu’ici, cela prend entre quatre et six semaines. Une usine à Hambach serait, pour nous, l’opportunité de produire beaucoup plus près de nos clients et de les servir plus rapidement. Nous pensons que notre projet tient la route et assurera la pérennité de notre société.

Aujourd’hui, la majorité des panneaux photovoltaïques commercialisés dans le monde viennent de Chine. Comment allez-vous faire la différence ?

Nous misons sur la qualité. Pour cela, nous utilisons une nouvelle technique de fabrication appelée hétérojonction (technologie permettant de joindre deux matériaux différents contrairement à l’homojonction basée sur un seul matériau, NDLR). Nous utilisons déjà cette technique présentant de meilleurs rendements dans notre unité de Singapour, mais à petite échelle. À Hambach, nous avons l’ambition de tripler voire quadrupler nos capacités de production par hétérojonction. C’est pourquoi nous avons noué un partenariat stratégique avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), au travers de l’Institut national de l’énergie solaire. Nous travaillons avec lui depuis plus d’un an et c’est lui qui est responsable des recherches sur les cellules à hétérojonction. Il est d’ailleurs reconnu comme leader mondial dans ce domaine.

Est-ce suffisant pour prendre le dessus ?

Nous existons depuis 1996 et nous avons une histoire, bien avant les Chinois. Nous n’avons jamais eu de problème sur ce marché très compétitif parce que nous avons nos atouts. Effectivement, la technique de l’hétérojonction n’est pas toute nouvelle mais elle est acceptée comme étant la plus efficiente. De plus, son coût de production n’est pas nécessairement beaucoup plus important. En revanche, la production d’électricité est d’une bien meilleure qualité. Tout cela, nous l’avons étudié et nos panneaux à hétérojonction, nous les vendons aux distributeurs et installateurs partout dans le monde : en Europe, aux États-Unis, en Australie ou encore au Japon. Enfin, nous comptons sur notre futur centre de recherche et développement, qui sera installé à Hambach.

Sur ce marché, il n’y a pas que la concurrence chinoise. En effet, le groupe suisse Meyer Burger a, lui aussi, l’intention d’installer une unité de production en Allemagne. Y a-t-il assez de place pour deux usines géantes en Europe ?

Le marché européen se situe aujourd’hui entre 20 et 21 gigawatts (GW). D’ici 2025, ce sera le double. À titre de comparaison, le marché français n’est seulement qu’à 1 GW et le gouvernement à l’objectif d’atteindre les 3 GW d’ici quelques années (pour atteindre les objectifs fixés dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie, il faudrait installer 2 GW de panneaux solaires par an d’ici 2028, NDLR). Et nous, nous parlons d’une usine de 2 à 4 GW. Au final, ce ne sera que 20 % de parts de marché en Europe. Le marché est d’une taille suffisante pour absorber notre production. D’autant que nous souhaitons également vendre dans des régions limitrophes, en Afrique et au Moyen-Orient.

Pour fabriquer ces panneaux, vous avez besoin de matières premières comme le silicium. Où allez-vous en trouver ?

Nous en fabriquons en Norvège et à terme, nous voudrions l’utiliser directement dans notre production en France. Mais pour le moment, nous nous approvisionnons en Allemagne, aux États-Unis, en Chine ou en Corée du Sud.

Cet acheminement de matières premières peut susciter la crainte auprès des riverains. Ce projet d’usine est-il vraiment sans danger pour la population ?

Les habitations les plus proches se situent à 500 mètres et nous n’allons pas redéfinir le terrain d’implantation. L’objectif est de limiter les rotations de camions sur les produits dangereux. Le site va donc en stocker un maximum. Une étude d’impact et une étude de danger de niveau Seveso sont en cours. Mais à ce stade, toutes les conclusions confirment que les impacts sur l’environnement et les populations sont acceptables.

À ce propos, où en sont vos demandes d’autorisations environnementales ?

L’ensemble de nos demandes concernant les installations classées ont été déposées au début du mois d’août et elles sont en cours d’instruction. Le processus se poursuivra au-delà de la concertation préalable lors de l’enquête publique.

Vous annoncez un milliard d’euros d’investissements : combien avez-vous déjà dépensé ?

Il est difficile d’apporter plus de commentaires à ce sujet. Plusieurs partenaires publics nous soutiennent, au niveau français et européen. Nous avons accès à différents fonds et nous les utiliserons tous.

Cemil Seber, directeur général de REC Emea, filiale de REC Group basée à Munich.
« Une usine à Hambach serait l’opportunité de produire beaucoup plus près de notre clientèle et de les servir plus rapidement », explique Semil Ceber, directeur général de REC Emea. — Photo : REC

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