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Notre-Dame-des-Landes : "trahison" ou "bonne nouvelle", les réactions des patrons du grand Ouest

Par la rédaction, le 17 janvier 2018

"Trahison", "tristesse", "deuil" ou "bonne nouvelle"... Des Bretons Roland Beaumanoir (groupe Beaumanoir), Hervé Kermarrec (Kermarrec Immobilier), Emmanuel Thaunier (CCI Rennes) aux Nantais Yann Trichard et Yoann Joubert (groupe Réalités), en passant par les Vendéens Philippe de Villiers (Puy du Fou), Jean-Michel Mousset (Groupe Mousset) et David Giraudeau (La Mie Câline), retrouvez les réactions tranchées des patrons du grand Ouest suite à l'annonce de l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Photo : Fotolia

Le Premier ministre Edouard Philippe l'a brandi comme un argument en faveur de l'abandon du projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, confirmé le 17 janvier. « Un tel projet d’aménagement ne peut se faire dans un contexte d’oppositions exacerbées entre deux parties presque égales de la population », a-t-il ainsi justifié. A l'instar de l'ensemble de la population des départements concernés de près par le projet, les chefs d'entreprise de Loire-Atlantique, de Vendée et d'Ille-et-Vilaine se sont longtemps affrontés.

"Non-sens économique" pour une grande partie des patrons du Sud Loire, le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes satisfaisait au contraire les dirigeants de Loire-Atlantique et de Bretagne. Passage en revue de réactions "à chaud" des patrons du grand Ouest.

"Deuil" et "consternation" pour les Nantais

"Fermé pour cause de tristesse". Avant même l'annonce officielle, Yann Trichard, dirigeant de Syd conseil et président de la CCI Nantes-Saint-Nazaire, changeait sa photo de profil sur Twitter :

Lui aussi est en deuil.  Yoann Joubert, le PDG du groupe immobilier Réalités, a tout de suite réagi à l'annonce d'Edouard Philippe

Même déception pour Carine Chesneau, présidente de Lambert Manufil et du CJD Pays de Loire, Pierre-Yves Loaëc, directeur associé de l'agence Nobilito ou encore Ingrid Berthé, dirigeante de l'agence nantaise Alphacoms :

"Déception" des patrons bretons

Roland Beaumanoir, PDG du Groupe Beaumanoir, à Saint-Malo (14 000 salariés, 1,5 milliard d'euros de CA en 2016) :
« Mon seul commentaire, c’est la tristesse. Je suis très triste, non pas pour ma génération, mais pour celles à venir. Il y a neuf millions de Bretons et de Ligériens qui vont se retrouver pénalisés dans les années à venir. Le jacobinisme français a encore frappé. N’est pas homme d’Etat qui veut… Pour reprendre une phrase de W.Churchill (parlant du gouvernement) : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ! (en parlant des zadistes) »

Hervé Kermarrec, président du groupe immobilier Kermarrec et de l’organisation patronale UE 35 (3 500 entreprises adhérentes, directes et indirectes) : « C’est une énorme déception car l’ensemble du monde économique et des élus s’étaient exprimés en faveur du projet NDDL. C’est un déni de démocratie. On n’écoute pas ce que le référendum a exprimé et les inquiétudes du territoire quant à la saturation de l’aéroport de Nantes Atlantique. (…) Nous avions besoin d’avoir un aéroport qui nous relie directement aux hubs européens sans avoir à passer par Roissy Charles-de-Gaulle. Ça n’est pas une bonne nouvelle pour les entreprises qui travaillent à l’Europe. On n’a absolument rien résolu dans cette non-décision, et notamment en termes d’attractivité du territoire.»

Joël Chéritel, président du Medef Bretagne, PDG de Retis (29 millions d'euros de CA, 150 salariés) :

« C’est une décision terriblement regrettable pour trois raisons : d’abord, le monde économique de l’Ouest est profondément déçu car il n’aura pas ce hub aéroportuaire européen dont il avait besoin pour être relié rapidement aux principales destinations internationales. Ensuite, nous sommes face à un véritable déni de démocratie au vu des décisions antérieures. Enfin, cet abandon de Notre-Dame-des-Landes ne règle en rien le problème de saturation de l’aéroport de Nantes-Atlantique. L’allongement éventuel de la piste nécessitera au moins 6 à 7 ans avant d’être réalisé. Quant au chantier « rail/air » évoqué par le Premier ministre, je suis très sceptique sur sa réalité. Pour ma part, je pense que la décision du gouvernement était prise avant même la commande du rapport de médiation à l’automne. Edouard Philippe y a d’ailleurs fait très peu allusion dans son discours. Nous perdons une chance de donner à l’Ouest une véritable impulsion économique : faute d’aéroport de taille européenne, nos entreprises mettront toujours deux jours pour aller à l’international, là où leurs concurrentes effectuent des trajets dans la journée. A terme, cela pourrait avoir un impact sur la localisation des centres de décision. »

Emmanuel Thaunier, dirigeant d'E-Solutions et président de la CCI de Rennes :

« Au moins, une décision est prise, même si ce n’est pas celle que nous soutenions. Nous avons perdu dix ans dans ce dossier, une décennie qui sera difficilement rattrapable. J’entends le Premier ministre souhaiter le développement de l’aéroport de Rennes, mais ce ne sont pas les pouvoirs publics qui décident du marché aéroportuaire. L’extension de l’équipement est déjà programmée au vu de la croissance de la fréquentation et l’arrivée de nouvelles compagnies, comme Easyjet en octobre dernier. Nous allons également avoir besoin de parkings supplémentaires, puisque le métro n’arrive pas jusqu’à l’aéroport ! Nous avons du foncier disponible, et je pressens que Matignon va faire pression sur les ministères de la Défense et des Affaires étrangères pour libérer des terrains occupés à proximité par leurs services plus rapidement que prévu. Enfin, c’est sans doute le moment de relancer le projet ferroviaire Liaisons Nouvelles Ouest Bretagne - Pays de Loire (LNO-BPL), notamment sur l’axe Rennes-Nantes. La bataille continue ! »

Frank Bellion, président de la CCI métropolitaine Bretagne ouest :

« Je me réjouis que dans la communication de la décision de l’Etat, le Premier Ministre ait annoncé un traitement équivalent pour les dessertes des aéroports de Brest, Rennes et Nantes même si, hélas, les financements ne semblent prévus que pour les aéroports de Rennes et de Nantes. La communication d’Edouard Philippe en matière ferroviaire n’a concerné que les métropoles de Rennes et de Nantes. Je pense utile de rappeler au gouvernement la nécessité pour les villes de Brest et de Quimper d’être aussi reliées au monde par une desserte ferroviaire digne du XXIe siècle. »

Mériadec Le Mouillour, directeur général de la société Aéroports de Bretagne Ouest (ABO), concessionnaire de l’aéroport Brest Bretagne :

« Nous nous réjouissons que dans la communication de la décision de l’Etat, le Premier Ministre se soit engagé à ce que l’aéroport de Brest à l’égal de celui de Nantes et de Rennes dispose de liaisons faciles avec les autres métropoles européennes, et qu’il soit mis en place au départ de Brest des liaisons rapides avec les hubs longs courriers internationaux. »

"Satisfaction" des patrons vendéens

La pétition initiée par Jean-Michel Mousset contre le projet d'aéroport a recueilli 70 000 signatures. Le patron des transports Mousset ne cachait pas sa joie :

Grande satisfaction également de Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou, qui raconte au Journal des Entreprises comment il pense avoir influé sur la décision d'Emmanuel Macron et Edouard Philippe ces dernières semaines :

Franck Thiébaut-George, président de l'entreprise Maison Bleue, à La Rabatelière, en Vendée : « Je prends l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes comme une bonne nouvelle. Si les travaux avaient dû démarrer dans un an, par exemple, tout l’équilibre de la filière béton aurait été perturbé. Déjà à l’heure actuelle les travaux du Grand Paris saturent la production de béton et de ciment dans cette région et les donneurs d’ordres s’approvisionnent dans le Grand Ouest. Même en sable, les stocks sont à la limite… »

David Giraudeau, directeur général de La Mie Câline (166 millions d'euros de CA en 2017 ; environ 300 salariés) :

« En tant que Vendéen je suis satisfait car l’aéroport actuel est facilement accessible depuis la Vendée. Je suis également conscient qu’il faudra améliorer et aménager cet équipement pour le rendre plus performant mais cela devrait se faire sans trop de problème… Il fallait en finir avec cette histoire. Dans ce dossier enlisé depuis tant d’années, il n’y avait pas de bonne décision. Je suis satisfait que le gouvernement ait eu le courage de trancher rapidement et d’argumenter. Comme le font les chefs d’entreprise qui sont confrontés au quotidien à des décisions à prendre et dont on sait qu’elles ne seront pas à 100 % satisfaisantes, mais qu’il faut prendre pour avancer. »

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