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Santé

Interview Coronavirus - Xenothera : « Nous prenons des risques entrepreneuriaux en avançant sans les financements »

Entretien avec Odile Duvaux, présidente de Xenothera

Propos recueillis par Caroline Scribe - 23 avril 2020

C’est dans une course contre la montre qu’est engagée la société de biotechnologies nantaise Xenothera. Elle a besoin de 3 millions d’euros pour tenter de mettre sur le marché début 2021 un traitement contre le Covid-19. Sans attendre l’obtention des financements, la start-up prend le risque d’avancer dans le développement de son candidat médicament Xav-19.

Odile Duvaux, présidente de Xenothera.
Odile Duvaux, présidente de la biotech nantaise Xenothera. — Photo : Xenothera

Le Journal des Entreprises : Vous avez annoncé mi-mars chercher à collecter 3 millions d’euros pour développer un traitement contre le Covid-19. Où en êtes-vous dans votre levée de fonds ?

Odile Duvaux : Nous pensons avoir une piste thérapeutique permettant de neutraliser le Covid-19 en l’empêchant de se multiplier dans l’organisme et en réduisant le phénomène inflammatoire. L’objectif est d’éviter l’aggravation de la maladie et l’entrée des malades en réanimation. Depuis la mi-mars, nous sommes engagés une course pour collecter des fonds. Nous avons, en effet, besoin de 3 millions d’euros pour financer le développement de notre candidat médicament Xav-19. Très rapidement, des personnes ont émis sur les réseaux sociaux le désir de nous aider. En réponse à ce souhait, nous avons lancé une première opération qui nous a permis de collecter 110 000 euros de dons en 15 jours et nous a donné de la visibilité. La Région Pays de la Loire a ainsi libéré une subvention de 200 000 euros et Nantes Métropole va nous accompagner sur un même montant dans le cadre du fonds métropolitain d’appui aux innovations liées à la crise sanitaire. Parallèlement, nous sommes en discussion avec Bpifrance sur des montants beaucoup plus importants.

Où en êtes-vous dans le développement de votre traitement ?

O. D. : Compte tenu de l’urgence sanitaire, nous avons pris des risques entrepreneuriaux en avançant dans la mise au point du médicament sans attendre d’avoir réuni les financements nécessaires. Une biotech dispose de moyens limités et l’état actuel de notre trésorerie ne nous permet pas de financer nos travaux au-delà de la fin avril. Nous espérons donc que les choses vont s’accélérer. Aux États-Unis, une société a réussi en 15 jours à obtenir un financement de 27 millions de dollars du gouvernement américain pour un produit moins bon que le nôtre. Nous commençons à élargir nos recherches et nous sommes, d’ailleurs, approchés par d’autres pays. Nous jouons toutes les cartes.

Sous réserve de l’obtention des financements nécessaires, quel pourrait être le calendrier ?

O. D. : Cela pourrait aller assez vite, car Xenothera a déjà lancé un premier produit sur l’homme. Destiné à empêcher le rejet des greffes, il est actuellement en essai clinique. Cela nous a permis de valider notre plateforme technologique de production d’anticorps dits « glyco-humanisés ». Nous pourrions donc nous appuyer sur ce procédé sécurisé et validé par les autorités réglementaires pour développer notre nouveau traitement. Nous avons déjà identifié un partenaire industriel en nous associant avec le groupe bio pharmaceutique LFB qui pourrait produire dans son laboratoire d’Alès un premier lot clinique courant mai. La libération de ce lot est envisagée pour la seconde quinzaine de juin. L’Agence nationale de sécurité du médicament a promis que les autorisations d’essais cliniques nous seraient rapidement accordées. Le premier pourrait impliquer quelques dizaines de patients du CHU de Nantes en juillet. En septembre, nous pourrions lancer un second essai sur 300 patients hospitalisés dans une quinzaine d’établissements. Nous visons une autorisation temporaire d’utilisation début 2021.

Et ensuite, seriez-vous capables de produire beaucoup de lots ?

O. D. : Nous sommes actuellement une quinzaine de personnes à travailler sur ce projet, dont les 8 salariés de Xenothera. Nous savons produire de façon sécurisée et importante, mais s’il s’agit de produire des millions de lots dès 2021, nous n’aurons pas le temps de « scaler » (changer d'échelle, NDLR). Si les essais cliniques sont encourageants, nous partirons rapidement sur l’industrialisation, soit nous-mêmes, soit via un accord de licence avec un laboratoire, par exemple.

Odile Duvaux, présidente de Xenothera.
Odile Duvaux, présidente de la biotech nantaise Xenothera. — Photo : Xenothera

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