Monica Beltrametti : Multiculturelle

Monica Beltrametti : Multiculturelle

La directrice du centre de recherche européen de Xerox nous vient d'Italie, d'Allemagne, du Canada... À la tête d'un centre d'une quinzaine de nationalités, Monica Beltrametti est à la croisée des cultures. Vanessa Genin

Italien, allemand, anglais, français. «Mes enfants disent que j'ai quatre deuxième langue!» lance Monica Beltrametti dans un sourire quand on lui demande combien de langues elle parle. La directrice du centre de recherche européen de Xerox basé à Meylan est en effet à la croisée des cultures depuis toujours. «Mes parents voulaient déjà que j'aie une éducation internationale. Je suis donc allée au lycée allemand. Et j'ai passé ma thèse d'astrophysique en Allemagne.» Puis elle travaillera aux États-Unis, au Canada... Elle est en lien avec les départements de la Défense, qui utilisent les premiers ordinateurs. Et c'est d'abord en tant que cliente qu'elle collabore avec Xerox. Monica Beltrametti travaillait alors pour une société de services de l'université, qui gérait beaucoup de télécopieurs...




Université sans mur

«C'était l'époque où l'on commençait à parler d'université sans mur, se souvient-elle. En numérisant les documents, on pouvait créer une bibliothèque virtuelle. Et en 1993, Xerox m'a invité à Palo Alto en Californie pour me proposer d'ouvrir un centre de recherche en Europe pour réaliser ces idées!» Le but est alors de créer une petite Europe de la recherche. Même si aujourd'hui, avec une centaine de personnes qui représentent une quinzaine de nationalités, le centre s'est ouvert à d'autres pays comme la Chine, l'Inde ou l'Amérique latine. «Le centre réunit des cultures très différentes, acquiesce la directrice. Mais depuis 1993, la situation a beaucoup évolué. Aujourd'hui, internet domine. Les jeunes se rencontrent plus facilement, grâce notamment aux programmes d'échanges universitaires comme Erasmus. Mais à l'époque, tout cela n'existait pas. Par exemple, nous demandons aux salariés de prendre des initiatives sur certains projets. Les chercheurs des pays de l'Est avaient alors bien du mal à prendre des décisions. Cela ne faisait pas partie de leur culture. Aujourd'hui, ces différences n'existent plus!»




Des petites différences

Les programmes de recherche européens ont aussi grandement participé à ce rapprochement des peuples et des cultures. «Bien sûr, il existe des petites différences qui nous font d'ailleurs bien rigoler! Mais globalement, il existe une culture européenne.La mondialisation participe aussi à ce phénomène. Aujourd'hui, toutes les villes du monde ont leur Chinatown!» Néanmoins, Monica Beltrametti se réjouit des différences. Car «dans un projet, c'est très enrichissant d'avoir des avis divergents!» La langue influence d'ailleurs la façon de réfléchir et de s'exprimer. «On ne dit jamais exactement la même chose dans une langue ou un autre, commente-t-elle. Par exemple, aux États-Unis, l'humour doit être utilisé dans certaines situations dans le milieu professionnel. Il faut être fun! Alors que l'humour anglais est très particulier. Certaines remarques peuvent ainsi être mal interprétées.»




Des racines... italiennes

Aussi internationale soit elle, Monica Beltrametti n'en reste pas moins Italienne. «Quand on bouge beaucoup, il est d'autant plus indispensable d'avoir une colonne vertébrale solide, d'avoir des racines. Les miennes et celles de mes enfants sont en Italie. Même si j'en ai un à New York et l'autre à Londres!» Quant à l'exploit d'être à la fois une femme scientifique et à un poste de top management, Monica Beltrametti répond simplement qu'il faut «avoir le bon partenaire à la maison» pour partager. Elle milite aussi dans le réseau européen «Women in science» pour encourager les jeunes femmes à choisir des filières et des carrières scientifiques. Une façon de changer l'avenir.