Écotaxe : Les transporteurs sur le qui-vive
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Écotaxe : Les transporteurs sur le qui-vive

Le feuilleton de l'écotaxe continue. Après avoir été maintes fois reportée, elle vient d'être suspendue par le gouvernement alors qu'elle devait s'appliquer au 1er janvier 2014. Malgré ce report, les professionnels restent sur leurs gardes.

Depuis août, le groupe Étoile Routière à La Flèche fait l'objet d'une procédure de sauvegarde. Les difficultés de ce transporteur qui réalisait en 2012 46 millions d'euros de chiffre d'affaires illustrent la fragilité d'une profession qui se sait toujours menacée par l'écotaxe, malgré sa suspension par le gouvernement le 29 octobre. Pour le transporteur choletais Ageneau (250 salariés, 37 millions d'euros de CA en 2012), cette suspension est évidemment « une bonne nouvelle. La mobilisation bretonne a fait reculer le gouvernement, mais c'est la raison officielle car de toute façon, la mise en place de l'écotaxe aurait été reportée. Rien n'est vraiment prêt aujourd'hui pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2014 », avance Jean-Pierre Ageneau, co-dirigeant de la société. Seuls 71.000 camions auraient ainsi reçu leurs boîtiers de la part du prestataire Ecomouv', aors que 800.000 véhicules sont concernés par cette obligation. « Le groupe Ageneau a enregistré 180 de ses camions auprès d'une SHT (Société habilitée au télépéage) dès janvier 2013. Or, à ce jour, nous n'avons toujours pas reçu nos boîtiers. Pourtant, nos véhicules sont prêts à être équipés », poursuit Jean-Pierre Ageneau.




« Bol d'air »

Représentant de la Fédération nationale des transports routiers

(FNTR) pour la Sarthe, Pascal Trubert a fait ses comptes. « J'ai 60 camions qui font plus de 6 millions de kilomètres par an. Selon mes calculs, l'écotaxe va nous coûter 400.000 euros par ans », explique le dirigeant dont l'entreprise Négo Transports réalise un chiffre d'affaires annuel de 10 millions d'euros. Avec des marges comprises entre 0,5% et 1%, difficile donc pour ces entreprises de répercuter une taxe qui pourrait représenter jusqu'à 5% du chiffre d'affaires. « Cette suspension nous amène également un vrai bol d'oxygène en période de négociations annuelles avec nos clients. Nous avions voté en août un système de répercussion obligatoire de cette taxe sur nos clients. Cette décision permet d'enlever un certain nombre de tensions ce qui va apaiser les négociations., », souligne Jean-Pierre Ageneau. Dans un secteur atomisé, avec beaucoup de PME, les chargeurs se sentent en effet en force. « Ce qui nous fait mal, c'est que nous n'arrivons pas à faire passer nos hausses de tarifs car les clients ont peur de l'écotaxe. Comme elle est toujours repoussée, ils continuent de refuser nos augmentations », précise Sébastien Duval, P-dg des Transports Duval à Château-du-Loir. Le Sarthois sait d'avance qu'il n'augmentera pas ses tarifs en 2014. « Les entreprises de transport tombent les unes après les autres. Si on ferme, les supermarchés ne seront pas livrés en péniche ! »




A la recherche de la mutualisation

Pourtant, selon Etienne Vincent, directeur du cabinet manceau de conseil en logistique, les chargeurs peuvent travailler différement avec les transporteurs. « Ils achètent le transport comme une marchandise qui doit être moins cher si l'on prend plus de volume. Or, si l'on veut baisser les coûts il faut aider le transporteur à remplir son camion. » Des initiatives déjà prises dans ce sens, notamment par Ageneau qui n'hésite pas à mutualiser ses moyens logistiques avec d'autres entreprises du secteur via les réseaux Tred Chariot et HortiTrace. Malgré ces efforts qui vont dans le sens des objectifs de l'écotaxe, la pilule du financement du transport multimodal a du mal à pa+sser chez certains professionnels. « Où est la volonté de la SNCF de développer le fret ? interroge Sébastien Duval. Il y a huit ans que la gare de marchandises de Château-du-Loir est fermée. Recevoir des trains, c'était mon meilleur business. Depuis, c'est cinq à six camions de plus que je met sur la route. » Un de ses confrères sarthois a pourtant fait ce pari. Depuis le printemps, les Transports Robineau exploitent une plateforme rail-route au Mans. Une quarantaine de conteneurs effectuent ainsi une rotation quotidienne sur un axe ferroviaire Château-Gontier - Le Mans - Vénissieux (69) - Miramas (13). Un mince filet « vert » au milieu de 15.000 kilomètres de routes écotaxables.

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