France

Conjoncture

Défaillances d’entreprises : une baisse historique mais en trompe-l’oeil en 2020

Par Elodie Vallerey, le 19 janvier 2021

Le nombre de défaillances d’entreprises a chuté de près de 40% en France en 2020, selon les enquêtes des prestataires en information économique et financière Altares et Ellisphere. Une aberration en pleine crise du Covid, largement provoquée par le déploiement sans précédent d'aides publiques.

Le ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce en 2020 à cause de la crise du Covid a notamment permis une chute de l’ouverture de procédures collectives.
Le ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce en 2020 à cause de la crise du Covid a notamment permis une chute de l’ouverture de procédures collectives. — Photo : CC0

"En baisse de près de 40 % (en 2020) par rapport à 2019, le nombre de défaillances est au plus bas depuis 30 ans." Le constat de l’enquête sur les défaillances d’entreprises en France d’Altares peut surprendre, à l’aune de la crise du Covid-19 et de la chute annoncée de 9 % du produit intérieur brut sur l’année.

Selon le prestataire en information économique et financière, 32 184 procédures collectives (sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire directe auprès d’un tribunal) ont ainsi été enregistrées en 2020, contre 52 002 en 2019, soit une baisse de 38,1 % (-16,7 % pour les PME de 50 à 250 salariés). Des chiffres comparables à ceux avancés par son homologue Ellisphere (31 417 procédures au total). Les procédures de redressement judiciaire enregistrent ainsi une chute de près de 50 % en 2020, les liquidations de 34 %.

Des entreprises "sous perfusion"

Pour les deux analystes, la forte baisse du nombre de défaillances d’entreprises doit largement être attribuée à une économie maintenue "sous perfusion" par les nombreux dispositifs d’aides mis en place par le gouvernement dès l’instauration du confinement en mars 2020. "Les mesures prises au printemps pour permettre aux entreprises de tenir, notamment le gel de la date des cessations de paiements dès la mi-mars, ont protégé les entreprises de la faillite jusqu’à la fin de l’été. Les deux derniers trimestres 2020 n’ont pas non plus été marqués par une hausse des demandes d’ouverture de procédures, grâce au nouveau plan de mesures déployé avant l’été (fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, exonération ou report de cotisations, activité partielle)", écrit ainsi Altares. "Point de miracle dans ces résultats, abonde Ellisphere, mais bel et bien l’effet cumulé du ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce, d’un soutien financier massif de l’État et des organismes financiers".

Une baisse de sinistralité dans tous les secteurs

Épaulés par les aides publiques, rares sont les secteurs d’activité à avoir enregistré une plus forte sinistralité : dans les services, les spécialistes en maroquinerie et articles de voyage (+21,7 % de défaillances selon Altares) et les agences de voyages (+3,1 %) payent l’arrêt total des déplacements ; dans l’industrie, c’est la transformation et la conservation de viande de boucherie qui a souffert de la crise (+16 %). Pourtant touchée par près de six mois de fermeture administrative cumulés, la restauration parvient à sauver les meubles en 2020 avec une baisse de 39 % de faillites par rapport à 2019 : moins de 1 900 restaurateurs traditionnels et 1 300 établissements de restauration rapide (-40,7 %) sont entrés en procédure.

Si le secteur du commerce d’habillement est également parvenu à garder la tête hors de l’eau avec une baisse de 30 % du nombre de défaillances d’entreprises en 2020 par rapport à 2019, il recense néanmoins les cas les plus parlants de sinistralité : La Halle, Camaieu, Orchestra-Premaman, Kidiliz Group ou encore Naf Naf. Des dépôts de bilan des grands noms de l’habillement qui laissent entrevoir les centaines de milliers d’emplois ainsi menacés au plan national en 2020 : 133 000 selon Altares (-23,5 % par rapport à 2019), 168 495 selon Ellisphere (-14,2 %).

D'un point de vue géographique, tous les territoires ont été épargnés. Cinq régions enregistrent même une baisse du nombre de défaillances d’entreprises supérieure à 41 % (Corse, Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Pays de la Loire et Centre Val-de-Loire).

Vers une vague de faillites en 2021 ?

Tous ces chiffres ne sont-ils que des trompe-l’œil ? Pour beaucoup d’analystes économiques, le recul des défaillances en 2020 s’apparente à une "anomalie statistique" et ne reflète pas la réelle santé financière des entreprises. "Naturellement nous devons anticiper une forte augmentation du nombre de défaillances […] ; a minima un retour à la situation de 2019 (52 000) et probablement davantage si aux accidentés du Covid devait s’ajouter un grand nombre des 20 000 entreprises épargnées de 2020", avance ainsi Thierry Millon, directeur des études Altares. Un constat partagé par Max Jammot, responsable du pôle d’études économiques chez Ellisphere : "La fin du premier trimestre 2021 risque d’enregistrer un premier pic de défaillances, suivi d’une augmentation constante due aux clôtures des comptes sociaux 2020 […]. Dans certains cas, les banques pourraient alors jeter l’éponge et refuser de soutenir leurs clients exsangues de trésorerie. Les estimations de défaillances pour 2021 s’échelonnent de 50 000 (retour au niveau 2019) à 62 000 (pic post-crise 2008) pour les plus optimistes".

Autre risque identifié pour 2021 et 2022 : celui de la hausse des défauts de paiement pour des milliers d’entreprises avec un effet domino sur les fournisseurs.

Le ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce en 2020 à cause de la crise du Covid a notamment permis une chute de l’ouverture de procédures collectives.
Le ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce en 2020 à cause de la crise du Covid a notamment permis une chute de l’ouverture de procédures collectives. — Photo : CC0

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