Occitanie

Transport

Safra se place en pionnier du bus propre modulable

Par Fleur Olagnier, le 25 mai 2018

La société Safra, basée à Albi (Tarn), réalise plus de 20 millions d'euros de chiffre d'affaires par an grâce à ses activités de maintenance de flottes de véhicules collectifs, de voiture de particuliers et de... création de meubles en bois. Plus singulier encore : avec son Businova, l'entreprise part à la conquête du marché du bus "propre" urbain.

Safra développe Businova, la première structure d’autobus dont l’architecture permet de passer très facilement de la technologie électrique-hybride à la technologie électrique-hydrogène.
Safra développe Businova, la première structure d’autobus dont l’architecture permet de passer très facilement de la technologie électrique-hybride à la technologie électrique-hydrogène. — Photo : Safra

A l'origine, la société albigeoise Safra carrossait des châssis d’autocars vendus aux constructeurs automobiles. Soixante ans plus tard, elle invente le bus du futur : elle a conçu la seule structure de bus au monde qui s'adapte aussi bien à une propulsion électrique-hybride qu’électrique-hydrogène.

Créée en 1955, Safra est avant tout spécialiste de la grande maintenance pour le transport urbain. L’entreprise aux 190 collaborateurs est une des rares en France à réceptionner des lots de véhicules des collectivités dans ses entrepôts afin de les entretenir. Cette activité, étendue à la rénovation de métros et de tramways depuis 2000, a rapporté à la société 12 M€ en 2017, soit près de la moitié de son chiffre d’affaires global.

Safra gère également la maintenance automobile des véhicules particuliers (6 M€ de chiffre d’affaires). La société effectue 6 000 dépannages et répare 10 000 véhicules individuels chaque année. Depuis 2010, elle traite d’ailleurs les sinistres de masse (orages de grêle par exemple) avec son garage mobile et temporaire. Cette activité saisonnière, de mai à septembre, concerne de 3 000 à 10 000 véhicules par an.

Des voitures aux meubles en bois

« Dans les années 50, la société fabriquait des pièces automobiles en bois », retrace Vincent Lemaire, président de Safra depuis 2007. « Ce matériau fut vite remplacé et le fondateur de Safra, Roger Bodoira, a alors eu l’idée d’utiliser son bois pour créer… des meubles ! ». Aujourd’hui, le pôle meubles design pour les professionnels regroupe 50 collaborateurs, génère 5,5 M€ de chiffre d’affaires et fournit notamment Leclerc, McDonald’s, Leonidas, des hôtels de luxe ou encore les laboratoires Pierre Fabre. Mais ce dont tout le monde parle aujourd’hui, c’est Businova. « Nos trois métiers nous poussent sans cesse à innover. En 2011, nous avons donc décidé de nous démarquer dans le bus urbain propre », s’enthousiasme Vincent Lemaire.

Une même structure, deux propulsions

Businova est une structure unique dans laquelle peut facilement être installé soit un mode de propulsion électrique-hybride, soit une propulsion électrique-hydrogène. « Notre bus électrique-hybride se constitue d’une grosse batterie lithium-ion de 140 kWh et d’un petit moteur thermique - 3 litres de cylindré. Il est possible d’utiliser le Businova en mode 0 émission, décrypte le président de Safra. Notre solution répond aux attentes de la loi de transition énergétique pour 2020, qui imposera aux villes d'acheter un bus "propre" sur deux, puis tous en 2025 ».

Avec Safra, une seule autre entreprise en Europe fabrique des autobus électriques-hybrides, et la société albigeoise en a déjà vendu 10, à Albi, Castres et Marseille. Mais l’innovation apportée par Businova, c’est une plateforme très évolutive : une architecture de véhicule qui permet de passer très facilement d’une technologie à une autre.

En l’occurrence, Safra lance en parallèle une version électrique-hydrogène de son bus, qui comportera une pile à combustible à la place du moteur thermique. Cet élément, que l’entreprise compte se procurer chez Michelin, ne rejette que de la vapeur d’eau. Pour l’instant, six bus électrique-hydrogène ont été commandés.

150 M€ de CA dans cinq ans

Si un autobus classique au diesel coûte environ 280 000 €, il faut multiplier ce montant par 1,5 pour un bus électrique-hybride et par 3 pour un bus électrique-hydrogène. Plus tard, Safra envisage de fabriquer des bus 100 % électriques. Et d’ici 2020, la société prévoit la construction d’une extension de 5 000 m2 entièrement dédiée à la production des Businova, en plus des 17 000 m2 d’entrepôts qu’elle possède déjà.

« Nous pensons - et c’est notre objectif - que l’activité bus propres dominera toutes nos autres activités d’ici cinq ans, projette le président de Safra. Avec une production estimée de 200 véhicules par an – soit 5 % de parts du marché européen – nous visons un chiffre d’affaires de 150 M€ rien que pour Businova. Nous discutons d’ailleurs déjà avec la Belgique, l’Allemagne et la Slovénie. Si notre plan fonctionne, Safra deviendrait une ETI ».

Pour lancer son projet, l’entreprise finalise une levée de fonds de 5 M€ auprès notamment de business angels de grandes écoles comme les Arts & Métiers (formation d’origine de Vincent Lemaire) et Polytechnique, et de fonds privés. « Il n’en faut pas moins pour nous attaquer à nos principaux concurrents Mercedes, Alstom, Bolloré ou les chinois Yutong et BYD », conclut Vincent Lemaire.

Safra développe Businova, la première structure d’autobus dont l’architecture permet de passer très facilement de la technologie électrique-hybride à la technologie électrique-hydrogène.
Safra développe Businova, la première structure d’autobus dont l’architecture permet de passer très facilement de la technologie électrique-hybride à la technologie électrique-hydrogène. — Photo : Safra

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